Le BLOG de Philosophie, science et société

 

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L'œuvre anthropologique de Françoise Héritier est conséquente et pas toujours facile d'accès, aussi une introduction peut-elle être utile. C'est ce que permet le dialogue entre Emmanuel Terray, Marc Augé et Caroline Broué.

Françoise Héritier a produit des résultats originaux dans quatre domaines de la recherche anthropologique : les systèmes de parenté, les interdits sexuels, la place du corps et, enfin, la différence des sexes.

Son travail a porté sur les systèmes de parentés "semi-complexes", ceux ne comportant pas de prescription de mariage, mais seulement des interdits. Elle a montré que, tout en respectant les interdits, le choix du conjoint se fait généralement au plus près du lien de parenté.

Concernant les interdits incestueux, elle a mis en évidence l'existence d'interdits indirects liés aux humeurs corporelles. Dans ces interdits, les proches ne peuvent avoir le même partenaire sexuel du fait du risque de mélange des fluides corporels jugé inacceptable.

Elle a aussi montré que le corps est le premier objet de réflexion humaine (plus précisément la vie biologique avec ses temps de procréation, naissance, maladie et la mort) et que la perception sensible fournit les catégories qui permettent de penser.

Sur la différence des sexes, elle a mis en évidence la hiérarchie retrouvée partout, hiérarchie qui dévalorise le féminin, ce qu'elle appelle la "valence différentielle des sexes".

 

Une révolution anthropologique

Pour Jean-Pierre Castel, « on ne peut mathématiser le monde que lorsqu’on a identifié les bons concepts physiques, l’outil mathématique n’intervenant qu’après coup, en vue de leur formalisation et de la description de leurs relations ».

Comme argument à sa thèse, il se centre sur le problème de l'inertie. « Depuis l’époque hellénistique, la mathématisation de la physique est en marche, mais la théorisation du mouvement est restée en panne ; c’est la découverte du principe d’inertie comme principe proprement physique, au XVIIème siècle, qui a permis de débloquer la situation ».

L’étrange efficacité des mathématiques peut ainsi trouver une explication. Ce qui conditionne la réussite de l’application des mathématiques, c’est la découverte des bons concepts physiques.

Plutôt que mathématisation de la nature, n’est-ce pas plutôt celle de la physique comme connaissance applicable au monde dont il s’agit ? La physique produit une couche de concepts mathématisables applicables au monde. Elle sert d’intermédiaire en opérant une simplification empirique interprétée conceptuellement qui permet au formalisme logico-mathématique de s’appliquer.

Indépendamment de ce que les auteurs eux-mêmes en disent, puisque certains sont attirés par un idéalisme de type platonicien (supposant une ontologie mathématique), on peut avancer que les changements fondamentaux dans la connaissance du monde tiennent, d'abord et avant tout, à l'invention de concepts physiques.

« Science Moderne, Principe d'Inertie et Mathématisation » sera publié dans le prochain numéro (139, septembre 2018) de la Revue de Philosophie des Éditions de Minuit.

Stéphane Courtois définit le totalitarisme comme un système de pouvoir fondé sur le cumul de quatre monopoles par un parti unique :

- le monopole des compétences gouvernementales et administratives de l’État,
- le monopole, par ce même parti, de la diffusion et du contrôle d’une idéologie,
- le monopole sur les moyens de production et de distribution des biens économiques,
- le monopole de la violence à travers l'utilisation de la police, de l'armée et des services secrets.

Complémentairement, le gouvernement s'appuie sur la suppression de la propriété privée et, de façon plus fondamentale, sur l'indistinction entre l’espace public et la sphère privée. Autre indistinction, celle entre l'idéologie et les autres domaines symboliques – philosophie, sciences, histoire, arts, etc. L'idéologie prônée a un côté messianique, il s'agit d'instituer une ère nouvelle, une nouvelle civilisation à vocation universelle, le surhomme. Le parti utilise la peur, voire la terreur de masse, comme moyen de gouvernement.

À l'occasion de sa biographie de Lénine, Stéphane Courtois montre que ce dernier a pensé, puis instauré un totalitarisme en Russie en s'opposant non seulement aux libéraux et aux démocrates, mais aussi à toutes les tendances socialistes.

Courtois S., Lénine, l'inventeur du totalitarisme, Paris, Éditions Perrin, 2017.

Le lien vers la conférence de Stéphane Courtois à l'Académie royale de Belgique en novembre 2017 pour présenter son ouvrage : https://youtu.be/1mf8WqHWiwo?t=2m30s

 

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Avec La démocratie des crédules (Paris, PUF, 2013), Gérald Bronner tente une analyse de l'interaction entre la crédulité et le web qui provoque une amplification des mythes et des croyances diverses. Divers facteurs sont à l'œuvre.

Les conspirationnistes n'hésitent pas à s'exprimer haut et fort et sans relâche sur le net où ils sont sur-représentés et très actifs, bien plus que les scientifiques et vrais experts à même de démonter les raisonnements fallacieux. De plus, il est plus facile d'adhérer aux croyances que de lire et comprendre les comptes-rendus d'expériences scientifiques. La croyance est présentée toute faite, elle est prête à l’emploi. De plus, elle fait appel à l'émotionnel et au sensationnel, qui sont plus séduisants.

De nombreux biais sont induits par notre usage du web, notamment dans le choix des mots utilisés dans les moteurs de recherche et les liens convergents des réseaux sociaux. Les individus entrent dans une sphère de croyances dans laquelle les informations rencontrées ne cessent de confirmer les hypothèses (ou préférences politiques). L'auteur explicite les différents biais et mécanismes par de nombreux exemples.

Les difficultés viennent aussi des média. Du fait de la course au scoop, il arrive que le travail de vérification ne soit pas réalisé par les journalistes, qui, en toute bonne foi, colportent et donnent ainsi du crédit à des fausses nouvelles et à des théories spécieuses.

Livres enchaînésLes revues - il vaudrait mieux dire leurs éditeurs - jouent un rôle ambigu eu égard à la diffusion scientifique. Là où il suffirait de mettre un contenu sur un site ou un blog, pour qu’il soit accessible à tous gratuitement, les revues impriment les textes et les vendent, tout en restreignant leur diffusion.

Si l’impression classique sur des "revues papier" a pu être dans le siècle passé un excellent moyen de diffusion, ce n’est plus le cas aujourd'hui. Accéder à un texte imprimé est beaucoup plus compliqué et coûteux qu’accéder à un texte numérique. Même quand ils sont obligés de mettre leurs contenus en version numérique, les éditeurs de revues essayent d’en limiter l’accessibilité avec toutes sortes de barrières – version payante, embargo, barrières mobiles ou fixes, etc. Le problème étant qu'il s'agit d'entreprises commerciales dont le but n'est pas la diffusion du savoir et la stimulation de la recherche, mais la rentabilité.  

Bien sûr, il y a des exceptions, certaines revues permettent un libre accès à leurs contenus, mais l'édition scientifique est généralement une manière de faire des profits financiers.

MaisonLa maison est notre coin du monde. Elle est (…) notre premier univers. Elle est vraiment un cosmos. Un cosmos dans toute l'acception du terme. Vue intimement, la plus humble demeure n'est-elle pas belle ? Les écrivains de l'humble logis évoquent souvent cet élément de la poétique de l'espace. Mais cette évocation est bien trop succincte. Ayant peu à décrire dans l'humble logis, ils n'y séjournent guère. Ils caractérisent l'humble logis en son actualité, sans en vivre vraiment la primitivité, une primitivité qui appartient à tous, riches ou pauvres, s'ils acceptent de rêver. (…) Par les songes, les diverses demeures de notre vie se compénètrent et gardent les trésors des jours anciens. Quand, dans la nouvelle maison, reviennent les souvenirs des anciennes demeures, nous allons au pays de l'Enfance Immobile, immobile comme l'Immémorial. Nous vivons des fixations, des fixations de bonheur. Nous nous réconfortons en revivant des souvenirs de protection. Quelque chose de fermé doit garder les souvenirs en leur laissant leurs valeurs d'images. Les souvenirs du monde extérieur n'auront jamais la même tonalité que les souvenirs de la maison. En évoquant les souvenirs de la maison, nous additionnons des valeurs de songe ; nous ne sommes jamais de vrais historiens, nous sommes toujours un peu poètes et notre émotion ne traduit peut-être que de la poésie perdue. (Gaston Bachelard)

L’interprétation causale de la mécanique quantique est liée au matérialisme de certains physiciens. En effet, au cours des années 1950, le groupe de physiciens impliqués dans le programme causal autour de Jean-Pierre Vigier et Louis de Broglie à l’Institut Henri Poincaré est majoritairement constitué de sympathisants communistes.

Leurs travaux sont influencés par les critiques soviétiques contre l’interprétation dominante de la mécanique quantique dite de « Copenhague ». Jean-Pierre Vigier déplore l’abandon du réalisme scientifique en faveur d’une attitude positiviste. Cela montre qu'il y a des interactions entre les recherches scientifique et les présupposés philosophico-idéologiques que l'on peut situer comme un arrière plan, sur fond duquel se déroule les recherches.

Cet arrière plan est formé de grands principes qui sont, d'une part les idées qui conditionnent la démarche de connaissance (réalisme ou positivisme) et, d'autre part, l'ontologie utilisée (les présupposés concernant le réel ici le matérialisme ou pas). Ces principes sont "premiers", au sens où ils influent sur l'ensemble de la recherche (ils l'orientent). S'ils sont souvent implicites, par contre, dans le cas présent, il ont été exposés et débattus.

Bourdieu FoucaultChristian Laval, dans son ouvrage de 2018, Foucault, Bourdieu et la question néolibérale (Paris, Éditions de la Découverte, 2018), nous offre une comparaison entre les approches faites par Michel Foucault et Pierre Bourdieu de ce fait social global. Pierre Bourdieu et Michel Foucault partagent l’idée que la transformation néolibérale de la société qui est en train de s’opérer correspond à un moment historique. Elle comporte deux versants : la transformation de l’homme en homo œconomicus (humain voué et dévoué à l’économie) et la levée des règles, lois, freinant le marché, ainsi que la construction de nouvelles normes, de nouvelles institutions. Ils abandonnent l’idée marxiste d'un mouvement premier et autonome de l’économie, considérant que cette transformation néolibérale procède d'un levier politique et d'une action institutionnelle, normative et symbolique.

DiablewebSuite aux récentes révélations sur l'utilisation des données de facebook, et autres réseaux dits "sociaux" du même type, Philosophie, science et société a décidé de supprimer les liens vers toutes ces plateformes.

Comme on ne le sait pas forcément, les informations mises sur ces médias deviennent la propriété des opérateurs et servent de toile de fond aux publicités. De plus, les informations sur les utilisateurs y sont collectées en continu sur toutes les interfaces de navigation utilisées (ordinateurs, tablettes, téléphones mobiles).

Enfin, les données provenant de sites web reliés par un bouton « se connecter avec » contribuent au pistage des internautes. S'inscrivant dans la démarche du libre accès, Philosophie, science et société ne peut admettre de contribuer à nourrir le Big Brother et a décidé de supprimer ses liens vers les réseaux sociaux.

 

Lire l'article : Web et libre accès

La francophonie est enfin remise à l'honneur en France ! La francophonie est un merveilleux vecteur pour la culture, la science et la philosophie. Oui, vive la francophonie ! À titre d'exemple, Philosophie, science et société est lu, par ordre de fréquence, dans les pays francophones suivants : France, Canada, Maroc, Haïti, Belgique, Sénégal, Côte d’Ivoire, Algérie, Cameroun, Suisse, États-Unis, Congo, Madagascar, Gabon, Tunisie, Guinée, Burkina Faso.
Mais, si l'on veut que la langue française soit largement employée, il faudrait en rendre l'orthographe moins arbitraire, moins discriminante et un peu plus rationnelle. Le français écrit a été truffé de pièges. Connaître l'orthographe donne accès à l’écrit, qui est indispensable pour tous, alors que sa difficulté est en même temps un instrument de distinction sociale. Mais cet aspect de distinction et d'exclusion, on ne veut pas le reconnaître. Des académiciens aux amuseurs publics, en passant par les politiques, tout le monde est d'accord pour ne - surtout pas ! - améliorer les règles (il vaudrait mieux dire les non-règles en forme de chausse-trapes), d'écriture du français.

 

Lire l'article : L'ortografe, ça sert à koi ?

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