Karl Bühler (1879-1963) est un psychologue et théoricien du langage allemand qui fut membre actif de l'« École de Wurzbourg », puis directeur de l'Institut de psychologie de Vienne.

Depuis sa parution en 1934, le livre de Karl Bühler, Théorie du langage La fonction représentationnelle, a été l’objet de nombreuses rééditions en allemand, ainsi que de traductions dans plusieurs langues. Il est considéré comme un classique de l’histoire de la linguistique au 20ᵉ siècle.

Karl Bühler

Karl Bühler considérait la pensée et le langage comme étroitement interconnectées. Pour Bühler, le langage sert pour la communication, mais aussi pour organiser la pensée. Il le voyait comme le médium à travers lequel les concepts et les idées prennent forme. Il a développé le concept de « fonction symbolique » du langage, soulignant que les mots servent de symboles pour les choses et les concepts.

Bühler a été dans les années 1970 considéré comme précurseur du tournant sémiotique de la linguistique et, depuis 1980, on le voit également comme un initiateur de la pragmatique.

Dans une conférence du mardi 9 avril 2024, Janette Friedrich a proposé une reconstruction de la Sprachtheorie qui s’éloigne de ces interprétations et reste très proche de ce que Bühler a annoncé comme l'idée centrale de son livre, à savoir le rôle du concept de « champ » pour la compréhension des phénomènes langagiers.

Avec ce concept de champ Bühler tente d’identifier le point d’intersection entre ce qui intéresse le linguiste et ce qui intéresse le psychologue. Pour Bühler une explication ou une compréhension des phénomènes langagiers n’est guère possible sans ce concept. Bühler distingue deux types de champs, l'une déictique et l'autre symbolique. Le champ déictique organise l'espace et permet de comprendre les signes déictiques à l’aide des auxiliaires sensibles mobilisés par locuteur. Le champ symbolique est organisé à travers les sphères des mots qui elles guident la compréhension des unités verbales. 

Quelle est la nature de ces sphères des mots ? C’est un point important de la doctrine. L'auteur n'est pas dans un réalisme naïf. Ces sphères des mots ou facteurs contextuelles témoignent d’un ordre noétique,  existant sous forme de pensée ou de savoir des locuteurs. Pour que les locuteurs se comprennent, il faut que leurs sphères de signification soient relativement congruentes. Concernant cet aspect, Bühler se sépare de nombre de linguistes. Il fait intervenir la dimension noétique, celle de la connaissance, de l'intelligence. En termes modernes, on dirait le niveau cognitif.

On peut attribuer cette façon de voir à la participation de Bühler à l’École de Wurtzbourg qui a développé une psychologie de la pensée au début du XXe siècle. Dans cette école, la méthode est l'observation des processus cognitifs à l'aide de l'introspection. On examine notamment les associations et les processus de pensée déclenchés par des stimuli donnés. Une découverte importante a été que l'activité de la pensée humaine a une nature non-représentationnelle, elle serait une pensée sans images.

Janette Friedrich s'interroge également sur la langue en tant que mediales Gerät (instrument intermédiaire) « dans lequel des médiateurs (Mittler) déterminés interviennent comme facteurs organisateurs ». Dans cette reconstruction, elle veut montrer pourquoi Bühler, malgré son attachement disciplinaire, n’élabore pas une psychologie, mais une théorie du langage qui conduit à une vision épistémologique encore aujourd'hui intéressante pour les recherches sur la langue.

 

Ce compte rendu a été revu par Janette Friedrich, rédactrice de Studia philosophica  (Revue suisse de philosophie).

 

Studia philosophica : https://www.schwabeonline.ch/schwabe-xaveropp/elibrary/start.xav#__elibrary__undefined__1712995228674
Publications des travaux de Karl Bühler :  https://karlbuehler.org/pub-216558 https://karlbuehler.org/pub-216559