Le blog : billets sur l'actualité des idées 

Pour Werner Heisenberg la physique du XIXe siècle a conservée le réalisme spontané de la pensée commune, le monde physique étant considérée comme une entité matérielle qui existe indépendamment de l’activité scientifique. Selon ce paradigme il s'agit de décrire mathématiquement l’évolution des constituants de la matière qui constituent le monde physique. La mécanique quantique et la physique de la relativité montrent l'insuffisance de cette image intuitive pour comprendre ce qu'est un objet scientifique : dorénavant, il ne s’agit plus de décrire des choses naturelles présentes d'évidence dans la réalité, mais de construire des objets de recherche grâce à l'interaction entre la théorisation et expérimentation permettant de produire des faits grâce à une technique qui peut être très sophistiquée.

Gaston Bachelard, a pris acte de cette évolution, et en a conclu qu'il faut « substituer aux métaphysiques intuitives et immédiates les métaphysiques discursives objectivement rectifiées ». Les notions qui s’ancrent dans l’intuition immédiate doivent être rectifiés par les nouveaux principes issus de l'évolution scientifique. L’intuition ordinaire du simultané, celle de la localisation dans l’espace, le concept intuitif de force ou encore le principe de non contradiction sont autant de notions qui se voient démises de leur statut d’évidence première : elles doivent être problématisées et soumises à la rectification des apports scientifiques. C'est ce dont toute une partie de la philosophie n'a pas pris la mesure, restant assise sur la croyance selon laquelle le perception phénoménale immédiate, y compris subjective, serait un guide fiable. 

Au regard des avancées de la science contemporaine, la réalité n’est plus compréhensible comme un ensemble de choses présentes et immédiatement observables, mais comme le résultat d'une interaction avec le concret utilisant si besoin des moyens techniques. L'Univers n’est plus un ensemble de choses plus ou moins vastes, mais un ensemble de faits qui existent grace aux interactions humaines (produites de manière contrôlée dans les sciences). Une réception philosophique conséquente de la physique conduit à ne plus considérer la réalité comme donnée immédiatement par la perception de phénomènes préexistant. Ce questionnement mène vers une nouvelle ontologie plus sophistiquée.

Pour certains (Heisenberg, Cassirer, Kuhn, Feyerabend …) le statut indirect des faits scientifiques prouve la relativité de la connaissance scientifique, pour d’autres (Einstein, Meyerson, Weyl…), au contraire, il est le signe d’un travail rationnel impliquant une référence à une réalité qui préexiste à ce même travail. Les débats contemporains opposent ceux qui tiennent au réalisme scientifique (Engel, Tiercelin, Psillos…) à ceux qui y préfèrent un certain relativisme épistémique (Laudan, Van Fraassen…).

La frontière entre science et philosophie n’est pas une frontière hermétique et doit être le lieu d’un dialogue. Poser la question du réalisme, c’est poser un problème central dont l’étude donne l’occasion de nouer un « rapport de fécondation réciproque » entre science et philosophie. L’histoire de la physique du XXe siècle nous apprend que la réalité n’est pas un ensemble de choses déjà là, présentes devant nous, et pouvant être être saisies de manière adéquate selon le réalisme spontané et l'intuition immédiate.

 

Un colloque sur "Le réalisme scientifique à l'aube du 20e siècle" se tiendra à l'Université de Paris Nanterre les 2 et 3 décembre 2021.

 

Proposition de participation de 2000 signes maximum à proposer à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. au plus tard le 15 septembre 2021.

Selon John Locke, les idées correspondent à « tout ce qui est l’objet de notre entendement lorsque nous pensons ». S’interposent-elles entre l’esprit et l'environnement concret (notre perception des choses étant biaisée par les idées), ou correspondent-elles à la manière dont les objets extérieurs apparaissent à notre esprit ? Dans le premier cas, notre entendement est faussé par les idées, car nous ne pouvons pas vérifier leur ressemblance avec l'environnement concret. Inversement, si les idées correspondent à la manière dont les choses se présentent à notre esprit, elles sont une source fiable d'information. Dans le premier cas, un doute sceptique s'installe et dans le second cas c'est l'option empiriste qui prévaut :  il existe un environnement concret extérieur à notre esprit et la perception nous permet de le connaître.

Philippe Hamou distingue divers emplois du mot idée, terme dont l'acception est réputée très floue chez Locke. Il distingue une définition empiriste (l’idée comme l’effet de l’impression d’un objet sur nos organes sensoriels), une définition sémiotique (l’idée comme signe d’un état du monde), et une définition purement phénoménale (l’idée comme état de conscience, manière d’être affecté).

Les sept articles d'auteurs différents réunis dans l'ouvrage proposent un débat sur Locke et son Essai sur l'entendement humain autour du thème idées, perception et réalité. Ils articulent l'approche historique et contextuelle, qui vise à restituer l’intention philosophique de Locke avec une approche qui pose le problème en général. L'histoire n’exclut pas la prise en compte de la logique interne des problèmes et les auteurs montrent que l'on peut articuler reconstruction historique et reconstruction rationnelle.

Philippe Hamou, Idées, perception et réalité. Essais sur Locke, Ithaque, Paris, 2021.

L’épisode du jour (20 minutes de dialogue) du podcast produit par Iris Deroeux est dédié à la testostérone, une hormone associée à des comportements masculins voire virils est convoquée pour expliquer l’agressivité, l’appétit sexuel, ou encore la compétition.

Pour comprendre ce qu’est la testostérone, ce qu’on en sait vraiment par delà l'opinion, comment elle influence nos corps et nos comportements, la neurobiologiste Catherine Vidal apporte des informations sérieuses. Elle tempère l'idée d'un déterminisme biologique hormonal et, en négatif, montre l'idéologie qui en exagère l'importance.

Un podcast produit par The Conversation France

 

Écoutable ici :  https://play.acast.com/s/les-mots-de-la-science/t-comme-testosterone

La notion de Nature est au programme du baccalauréat 2021. Fanny Bernard, professeure de philosophie au lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles propose un sujet :

La nature est-elle une illusion ?

Elle le traite dans Les chemins de la philosophie sur France Culture.

Proposition de plan :

I - Certes, la nature est une réalité évidente

  • Opposition nature / artifice (référence à Aristote)
  • La nature comme cosmos harmonieux finalisé dans lequel chaque être trouve sa place (référence à Marc-Aurèle)
  • La nature humaine : la nature est universelle, par opposition au culturel qui est relatif et particulier (référence à Lévi-Strauss)

II - Mais le concept de nature, cette évidence, est une construction culturelle

  • Ce qui nous apparaît comme naturel est en réalité culturel chez l'être humain (référence à Simone de Beauvoir)
  • Le mythe de la wilderness : la nature sauvage est inventée par les colons de l'Amérique (référence à Callicott)
  • Il y a de la culture dans ce qu'on nomme nature (référence à Dominique Lestel)

III - Donc la nature séparée de l'être humain est une illusion, mais il existe bien une dynamique du vivant qui nous permet de penser l'écologie

  • Le dualisme nature/culture est contingent et relatif (référence à Philippe Descola)
  • Le “vivant” à la place de la “nature” (référence à Darwin)
  • Contre le mythe paternaliste de la nature fragile (référence à Baptiste Morizot

 

Écouter le podcast : https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-chemins-de-la-philosophie-emission-du-mardi-25-mai-2021
 Alors que des crises sanitaires, environnementales, sociales et économiques se succèdent, la parole et les connaissances de scientifiques sont mises en avant dans la légitimation des décisions politiques tout en étant souvent remises en cause dans l’espace public ainsi que sur les réseaux sociaux. Les discours et les pratiques des scientifiques peuvent apparaître instrumentalisés, mal-compris ou inappropriés, selon les contextes.

Désireux d’être utiles, de nombreux membres de la communauté académique s’impliquent sur des sujets de recherche en relation avec des enjeux sociaux. Parallèlement, le pilotage des recherches scientifiques vers les « bons » sujets par des outils incitatifs (financement, postes ciblés), coercitifs (menace d’enquête) ou dissuasifs (sous-financement) se développe. Si l’on considère que l’autonomie des chercheurs est la condition d’une construction de l’objectivité des faits scientifiques, comment l’articuler avec leur responsabilité sociale et les besoins collectifs de nos sociétés ? Comment se constituent aujourd’hui les nouveaux savoirs qui allient des communautés scientifiques avec la participation d’individus ou de collectifs extérieurs au monde académique ? Que peuvent dire et faire les différentes sciences, et les scientifiques, qui soit pertinent pour interroger ou résoudre les problèmes contemporains ? Comment sont repris certains savoirs scientifiques impliqués dans des controverses sociales et politiques alors que d’autres passent inaperçus ?

Philosophie, science et société - ISSN 2778-9640 - Creative Commons BY-NC-ND