Grands récits, mythes et conceptions du monde (définitions)

 

Mythe et science sont considérés, à juste titre, comme antinomiques, car la science a une visée de connaissance réaliste, objective, et le mythe un caractère fictif. Si l’on neutralise les considérations sur la validité des contenus, il apparaît que le mythe est d’abord une conception du monde. Dans la mesure où les sciences, elles aussi, contribuent à concevoir le monde, on pourrait dire qu'il y a une mythologie issue de la science. Mais, le terme de mythe étant connoté d'imaginaire et de religiosité, on lui préférera celui (plus neutre) de récit ou de conception du monde. Il existe des grands récits philosophiques qui sont des conceptions générales issues du savoir scientifique. Ils contribuent à la culture occidentale depuis environ trois siècles.  

Les mythes traditionnels nous parlent des origines du monde, de son devenir, de la place de l’homme, selon une formulation discursive permettant une adhésion collective. Ces mythes entraînent une adhésion croyante qu’il est difficile de remettre en cause. Les récits et conceptions issus des savoirs scientifiques s'y opposent fréquemment.

On peut qualifier de "grand récit" une conception partagée au sein d'une culture. Les mythes traditionnels, y compris ceux des religions, sont des grands récits. Ces mythes entraînent une adhésion croyante qu’il est généralement difficile de remettre en cause. 

La philosophie peut proposer des grands récits qui diffèrent des mythes : des récits philosophiques. Comme le mythe traditionnel, il donnera du sens au monde, mais, il ne sera pas gouverné par l’imaginaire ou par des structures narratives qui en détermineraient le contenu. Il s'appuiera sur les connaissances empiriques reconnues, sur les avancées philosophiques, et proposera une synthèse qui fait sens en se référant à une visée éthique explicite. On pourrait le définir comme un récit qui n'est ni métaphysique, ni idéologique, qui apporte du sens et de la cohésion sociale. C'est une tâche majeure de la philosophie que de proposer des récits de ce type.

La conception du monde tirée des sciences soutient et oriente la recherche scientifique, elle lui donne une place sociale et culturelle, elle cimente le groupe des chercheurs. On peut distinguer les récits internes à la science et les récits externes. Ces derniers sont une vulgarisation de la science, alors que les premiers s'intègrent aux paradigmes de la science. Les deux interfèrent et parfois se mélangent. Les sciences ne sont pas des édifices de savoirs simples et univoques définies par leur objectivité. Elles participent à la culture.


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