Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

« La philosophie soulève la question de la valeur et du crédit qui peuvent être accordés à une discipline qui n’est apparemment jamais parvenue à décider aucune des questions dont elle s’occupe et ne semble pas plus près aujourd’hui qu’hier de réussir à le faire ». (Jacques Bouveresse, Cours au collège de France, cours 4, 2008).

« Qu'il s'agisse du fil de l'histoire ou du panorama d'une époque, on peut dire que la division et le désaccord règnent en philosophie » (Angèle Kremer-Marietti « Philosophie et sciences » in Épistémologiques, Philosophiques Anthropologiques, Paris, L'harmattan, 2005.).

Ces constats concordants devraient alerter. L’impossibilité d’avancer vers des solutions admises par la communauté est un problème inquiétant. Cela a conduit certains auteurs et non des moindres à quitter la philosophie, comme Norbert Elias, Claude Lévi-Strauss, Pierre Bourdieu.

Thomas Kuhn remarque dans La structure des révolutions scientifiques (Paris, Flammarion, 1970, p. 223) que, dans les disciplines non scientifiques, les écoles se multiplient. Elles mettent en question les buts, les normes et même les principes fondamentaux des écoles concurrentes. C’est bien le cas en philosophie. On y trouve un cumul et une juxtaposition de doctrines très sophistiquées et inconciliables les unes avec les autres.

Chaque philosophe soigne et développe à l’extrême la ramure de l'arbre philosophique faisant semblant d'ignorer qu'il manque le tronc paradigmatique sur lequel la connaissance philosophique pourrait progresser.

Ne serait-ce pas la tâche essentielle, si l'on veut que la philosophie trouve la crédibilité qu'elle mérite ? 

 

Google jouit en Europe et en Inde d’une position dominante (environ 90 %) et moindre aux États-Unis (78 %). En Chine et en Russie, ce sont respectivement Baidu et Yandex qui sont massivement utilisés.

Ces moteurs enregistrent nos données personnelles et les traces de nos requêtes sur le web. Ils transmettent des informations aux services de renseignement des pays concernés si besoin. L’usage de ce pistage mondial est d’abord commercial, mais il est aussi politique et policier.

Pour y échapper, il existe des moteurs de recherche anonymisés qui sont des instruments de protection des citoyens, mais aussi de souveraineté nationale.

Lancé en 2013, Qwant est un moteur de recherche développé en France offrant une solution alternative. Rappelons qu'il existe d'autres moteurs de recherche discrets comme DuckDuckGo, Startpage ou Disconnect.

Signalons aussi le réseau Tor. Il s'agit d'un groupe de serveurs exploités par des bénévoles qui permet aux utilisateurs des connections privées et sécurisées sur Internet.

Tor est un outil de contournement de la censure grâce auquel on peut atteindre des contenus bloqués, ou communiquer avec les lanceurs d'alerte et les dissidents, ou joindre discrètement les organisations non gouvernementales. Malheureusement, il peut être détourné et utilisé à des fins malveillantes ou douteuses.

Internet et le web, outils de liberté, sont aussi des moyens de surveillance et d'influence utilisés par des firmes commerciales, des officines de manipulation de l'opinion et par les régimes totalitaires pour espionner les citoyens.

Jean-Baptiste Fressoz a ajouté un chapitre à la dernière édition du livre qu'il a publié avec Christophe Bonneuil (L'événement Anthropocène. La Terre, l'histoire et nous, Seuil, 2018), intitulé Capitalocène.

Le nom « Capitalocène » veut signifier qu'il y a une histoire conjointe du système Terre et des systèmes-mondes techno-capitalistes. Si, selon le mot de Frederic Jameson, il est plus facile « d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme », c’est que ce dernier est devenu coextensif à la Terre.

Les trois derniers siècles se caractérisent par une accumulation extraordinaire de capital : en dépit de guerres destructrices, ce dernier s’est accru d’un facteur 134 entre 1700 et 2008. Cette dynamique d’accumulation du capital a sécrété une « seconde nature » structurant les flux de matière, d’énergie, de marchandises et de capitaux à l’échelle du globe. C’est cette technostructure orientée vers le profit qui a fait basculer le système Terre dans l’Anthropocène.

Le changement de régime géologique nommé "Anthropocène" a été produit par l'accroissement massif du capital, bien plus que par l'activité proprement humaine (le capital mobile productif dédié à l'économie). 

En utilisant les méthodes développées par l’école viennoise d’écologie sociale, l'auteur propose une histoire des systèmes-mondes qui ont fait basculer la Terre dans l’Anthropocène. Les « systèmes-mondes » organisent les flux de matière, d’énergie, de marchandises et de capitaux à l’échelle planétaire.

 

Philosophie, Science et Société s'interroge régulièrement sur l'intérêt et la légitimité de la philosophie. Une manière de le faire, consiste à cerner les domaines philosophiques pouvant apporter un savoir effectif. Comme domaines possibles, il y a ceux qui se fondent sur l'interaction entre la réflexion philosophique et les savoirs positifs existants.

Parmi ces derniers, on trouve le droit. De l'interaction entre réflexion philosophique et droit naît un champ disciplinaire spécifique (ou transdisciplinaire) qu’on peut nommer philosophie du droit.

couvQUIVIGERPierre-Yves Quivigier propose un telle réflexion dans son dernier ouvrage : Penser la pratique juridique. Essais de philosophie du droit appliquée (Laboratoire de Théorie du Droit, 2018).

La philosophie du droit ne doit être ni un point de vue philosophique sur le droit qui ferait l’impasse sur la spécificité du vocabulaire et du raisonnement juridique ni une théorisation générale du droit qui ferait l’économie de la méthode philosophique ; elle est la rencontre du droit et de la philosophie qui se nourrissent l’un l’autre.

La philosophie du droit comme « droit et philosophie », comme un discours relevant autant du droit que de la philosophie – c’est ainsi qu’est ici pensée la pratique juridique. Les pratiques et les savoirs constitués du droit sont le point de départ et le point d’arrivée du travail de Pierre-Yves Quivigier, car la philosophie du droit est utile au droit.

Au XVIIIe siècle, un courant anti-Lumières a existé, composé d'écrivains catholiques ou protestants qui défendent la religion chrétienne et prônent un retour aux sources de sa doctrine. En fait, il y a une multitude de courants (jansénistes, jésuites, apologistes...) ayant pour point commun la haine des Lumières accusées de mettre en doute l'existence de Dieu et la vérité absolue des écritures. (Didier Masseau, Les ennemis des philosophes. L'antiphilosophie au temps des Lumières, Paris, Albin Michel, 2000).

Favorable à l’émancipation individuelle et à la démocratie, la philosophie des Lumières a ensuite subit au XIXe siècle les critiques des conservateurs nostalgiques de la monarchie et d’un régime autoritaire. Après 1945, les Lumières ont également été dénoncées pour d'autres motifs. On a voulu y voir des principes illusoires masquant la réalité d’un Occident exploiteur, ou le triomphe d’une raison technicienne qui inverse le rapport des moyens et des fins (École de Francfort) ou encore comme le faux-semblant humaniste de la domination (Foucault).

Cette critique post-moderne des Lumières se qualifie elle-même d’anti-humaniste dans les années 1950-60. Elle conteste la possible humanisation de l’homme, car la figure humaine universelle ne serait qu'une construction occidentale factice destinée à masquer des politiques d’exploitation. Ce lien entre les politiques dénoncées et les Lumières est fallacieux. On peut au contraire montrer que les valeurs humanistes ont été un frein idéologique efficace, opposable aux volontés de domination et d’exploitation, en particulier avec les déclarations sur les droits de l’Homme et par leur utilisation par les courants se réclamant de l’émancipation collective et de la lutte contre les dominations de tous ordres (voir par exemple Les Lumières chinoises).

De nos jours, la référence aux Lumières s’efface devant le triomphe de l'idéologie néolibérale, mais aussi devant le retour du religieux et des normes ethniques qui avaient été momentanément contenues par le projet d’une émancipation rationnelle et universaliste.