Selon Claudine Tiercelin,

« la raison était supposée autrefois constituer ce qui unit les êtres humains. Elle n'a plus à présent de forme unitaire et dominante ; elle est au contraire fragmentée en une multitude de rationalités diverses, réelles ou supposées telles, qui coexistent de façon conflictuelle. Parmi les philosophes qui ont le plus compté au cours du XXe siècle, bien peu ont été des défenseurs de la raison et des Lumières ; et certains de ceux qui ont exercé (et continuent encore aujourd'hui à exercer) l'influence la plus considérable ont été ses adversaires déclarés ».

« Notre époque a même été confrontée à un processus d'irrationalisation de la science, dont certains de nos maîtres à penser postmodernes ont essayé de nous convaincre qu'elle n'était en aucune façon le produit exemplaire de la raison et de l'effort pour tendre à une connaissance objective de la réalité. On peut néanmoins percevoir depuis quelques temps, à des signes divers, qu'au lieu de tenir la raison pour responsable de la plupart des maux de notre époque, il se pourrait bien que la seule solution qui s'offre désormais à nous soit de nous décider à lui accorder réellement une nouvelle chance ».

« Jusqu'à quel point et à quel prix la raison peut-elle espérer réussir à reconquérir au moins en partie le rôle qu'elle a joué autrefois comme faculté d'unité et d'universalité ? C'est une entreprise évidemment difficile et problématique qui suppose notamment que l'on ait répondu de façon suffisamment claire et convaincante à la question de savoir ce qui peut être conservé et ce qui doit être abandonné dans l'héritage des Lumières ».

Ces propos ont été tenus en 2014. Nous sommes en 2021 et une tendance vers une meilleure compréhension de la rationalité (de ses critères et de son intérêt pour penser et agir sur la réalité) ne s'est pas franchement manifestée. La reconstruction de la raison, c'est-à-dire l'explication de son intérêt, la diffusion de ses conditions de possibilité et sa mise au-devant de la scène tardent à venir.

Le processus de sécularisation et de rationalisation présent en Occident depuis la fin du XVIIIe siècle ne s’est pas déployé de manière homogène, ni dans nos sociétés, ni de par le Monde et il doit faire face à des retours de l'irrationnel et du religieux. Le déclin de la pensée magique et l'affirmation de la vertu de la raison marquent le pas. La post-vérité s'est installée.

Cette idéologie diffuse une conception selon laquelle la science n’a pas plus de valeur qu’une croyance ou une religion. La philosophie de la déconstruction règne avec son scepticisme délétère. Le très large retour à une pensée par croyance est imbriquée dans une série d’autres phénomènes politiques et sociaux qui taraudent le présent de nos sociétés : perte de sens, crises identitaires et  communautarismes, méfiance envers les élites. 

« La reconstruction de la raison : dialogues avec Jacques Bouveresse » est le titre du premier colloque organisé en France autour de la pensée et de l'œuvre de Jacques Bouveresse. Il s'est tenu les 27, 28 et 29 mai 2013 au Collège de France, à l'initiative de Claudine Tiercelin (chaire de Métaphysique et philosophie de la connaissance).

Les vidéos de ce colloque sont accessibles sur le site web du Collège de France (à la page de Claudine Tiercelin).

Le livre La reconstruction de la raison : dialogues avec Jacques Bouveresse est édité par le Collège de France Collection : Philosophie de la connaissance, Paris,  2014.

La reconstruction de la raison : dialogues avec Jacques Bouveresse est disponible sur OpenEdition Books :  https://books.openedition.org/cdf/3435?lang=fr