Romain Brette, lauréat du prix Émergence scientifique 2017 pour la recherche fondamentale, est récompensé pour la qualité de ses travaux de recherche interdisciplinaires sur la perception sonore. Normalien et mathématicien de formation, il poursuit ses études par un doctorat en neurosciences au sein de l’Université Pierre et Marie Curie. Pour Romain Brette, chercheur à l'Inserm, les neurosciences sont dominées par deux paradigmes centraux qui négligent l'aspect biologique du cerveau les cerveau comme ordinateur et le cerveau comme assemblage de composants.

- Selon le premier, le cerveau est une sorte d’ordinateur : les neurones implémentent des algorithmes dont les variables sont représentées par leur activité électrique. Ce point de vue est partagé par le computationnalisme classique comme par le connexionnisme. - Le deuxième paradigme est une démarche réductionniste qui envisage le cerveau comme une collection de composants élémentaires, dont il s’agit de mesurer précisément les propriétés et l’assemblage, par le biais de mesures systématiques (génome, protéome, connectome, etc.). Ces deux paradigmes ont en commun de faire abstraction du fait que le système nerveux soit un tissu vivant.

La biologie théorique qui s'applique au cerveau en tant qu'organe vivant montre que ces deux paradigmes sont fondés sur des prémisses erronées. Premièrement, il ne peut y avoir dans un organisme vivant de distinction entre matériel (invariant) et logiciel (modifiable), ce qui rend le modèle de l’ordinateur intenable. Deuxièmement, le vivant est une propriété de l’organisation des processus, qui ne peut se prêter à une analyse réductionniste de ses composants. Tant le cerveau-ordinateur, que le cerveau-Lego, sont incompatibles avec les propriétés d'un organe vivant interconnecté et en remaniement.

On voit que les paradigmes utilisés neurosciences ne sont pas encore solidement établis.