Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

La langue de bois est un discours pour ne rien dire. Ce "dire rien" s'oppose au "dire vrai", à la vérité en politique, ce que les grecs nommaient la parrêsia, qui concerne le discours publique, mais aussi le dialogue interindividuel.

Le discours véhicule généralement du sens et, lorsqu'on le vide de son sens, un sens implicite surgit : celui de platitude, de fausseté, de duperie, etc. La langue de bois est une souffrance pour ceux qui s'en rendent compte.

Ceci explique (en partie) le rejet de la politique observé actuellement, car cette pratique est utilisée en permanence. Cette manière de parler est irrespectueuse, car elle sous-entend un mépris pour ceux qu'elle prétend endormir. 

L'utilisations massive de la langue de bois est l'un des symptômes des difficultés que traverse la démocratie. On peut et on doit la critiquer, mais on peut aussi la tourner en dérision. Voyez le petit cours de langue de bois proposé par un expert de l'ENA.

 


Les "réseaux sociaux" comme systèmes de pouvoir et de profit

 

Le terme de réseau "social" est quelque peu trompeur. Il s’agit en vérité de systèmes informatiques mis en place par des entreprises à but lucratif, donnant la possibilité, à ceux qui s’y abonnent, de déposer ou voir des contenus et d'échanger des messages. Comme nous sommes sur Philosophie, science et société, nous parlerons d’abord du réseau nommé Academia.edu.

Ce réseau de diffusion par le web appartient à l'entreprise Academia dont le siège est à San Francisco. Le site a un nom de domaine en ".edu", alors qu'il n'est pas une institution éducative et a un intitulé "Academia" qui évoque l'Université alors qu'il y est étranger (il vise et utilise les universitaires). L’utilisateur, pour participer, doit accorder une licence mondiale, irrévocable et sans dédommagement à Academia pour utiliser, copier, adapter, vendre, diffuser, utiliser à des fins publicitaires tout ce qu’il met sur son profil et tout ce qui est recueilli par les traces de connexions.

 

Quelques mots sur Tzevtan Todorov

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Personne attachante par sa douceur et sa modération, Tzvetan Todorov vient de disparaître. Il avait d'abord vécu en Bulgarie avant de s’installer en France en 1963. Cet auteur a commencé par des études littéraires et a participé au structuralisme. Au début des années 1980, il a pris un tournant qui l'éloigna de la linguistique et de la théorie littéraire. Il a remis en cause le primat de la forme qui était le thème structuraliste dominant (Critique de la Critique, Paris, Seuil, 1984). Il est ensuite passé à l'anthropologie, à l'histoire des idées et à la philosophie morale.

Le philosophe et sociologue Zygmunt Bauman s'est éteint le 9 janvier 2017, à l'âge de 91 ans. Son concept de "modernité liquide" l'a rendu, à juste titre, célèbre (Liquid Modernity, Polity Press, 2000). "Contrairement aux corps solides, les liquides ne peuvent pas conserver leur forme lorsqu'ils sont pressés ou poussés par une force extérieure, aussi mineure soit-elle. Les liens entre leurs particules sont trop faibles pour résister... Et ceci est précisément le trait le plus frappant du type de cohabitation humaine caractéristique de la « modernité liquide ». L'auteur décrit une société sans repère stable dans laquelle les individus sont amenés à s'adapter sans cesse au changement.

 

Zigmunt Bauman na 20 Forumi vydavciv

 

Les termes de modèle et de modélisation sont, depuis quelques décennies, omniprésents dans la littérature scientifique et en particulier celle des sciences du langage, de l’homme et de la société. Quel sens donner à ce phénomène ? Même si, dans certains cas, c’est la définition « classique » telle que proposée par la philosophie des sciences qui est utilisée, à savoir le modèle comme instance intermédiaire de validation empirique d'une théorie, le terme de modèle se substitue souvent à ceux de théorie, système, schéma ou méthode et reçoit des acceptions variables visant à combler le fossé entre enquête empirique et réflexion théorique. La modélisation, quant à elle, tient souvent moins à la mathématisation des savoirs qu’à des modes distincts de mise en œuvre tels que figurer, interpréter et simuler.

L'ouvrage  Modélisation et sciences humaines. Figurer, interpréter, simuler (Paris, L’Harmattan, 2016) se propose d’établir un état des lieux et des usages. Qu’appelle-t-on modèle ? Faut-il restreindre ce terme à un certain type de généralisation ? Les sciences humaines, ou certaines sciences humaines, ont-elles développé des types de modélisation spécifiques ? Comment les modèles sont-ils produits, empruntés, abandonnés ? Cette réflexion sur les modèles et la modélisation menée sur les plans historique et épistémologique dans des domaines variés tels que la linguistique, l’histoire de la grammaire, la philosophie du langage, la géographie, la psychologie, l’économie, l’histoire de l’art, a permis d’ouvrir un espace commun pour ces disciplines.