Le BLOG de Philosophie, science et société

 

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Complexité et globalité

 

« La simplicité est la sophistication ultime. » (Leonardo da Vinci)
« Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l’est pas est inutilisable. » (Paul Valéry)
« Vous pouvez toujours reconnaître la vérité par sa beauté et sa simplicité. » (Richard Feynman)

L’appréhension des phénomènes complexes est un enjeu décisif pour le développement de la rationalité scientifique. Cependant, la science continue de fonctionner par application du principe de simplicité : sans simplification, point de science. Les progrès des sciences passent, en effet, presque toujours par une recherche de la plus grande simplicité explicative. A-t-on affaire ici à une opposition entre un monde complexe et des explications toujours trop simples, comme le suggère Valéry ? Cet antagonisme ne serait-il pas plutôt la conséquence du choix d'un paradigme insuffisamment évolué ?

 

Le vingt et unième cours de Jacques Bouveresse au Collège de France de l'année universitaire 2008-2009 pose un problème épineux : que faire à l’égard de doctrines philosophiques dont on est convaincu qu’elles sont fausses ?  Pour y répondre, il se réfère à Quine. Quine, dit Bouveresse, n’a aucun doute sur le fait que la philosophie doit être considérée comme ayant pour objectif la recherche de la vérité, au sens usuel du mot « vérité » ce qui la rapproche de l'esprit scientifique. Cela soulève évidemment la question de savoir de quelle façon on doit se comporter à l’égard de thèses et de doctrines philosophiques dont on est convaincu, comme cela arrive tout de même assez souvent, qu’elles sont fausses et même absurdes. Sur ce genre de question, Quine se montre finalement modéré :

" Il faudrait une représentation équilibrée des philosophies rivales, insiste-t-on. Certes, si l’on retient uniquement l’histoire et la sociologie de la philosophie ; ou l’histoire et la sociologie de la religion. Mais pour qui s’adonne à la philosophie dans un esprit scientifique, comme à une quête de la vérité, pratiquer la tolérance envers une philosophie mal pensante serait aussi absurde que pour un astrophysicien tolérer l’astrologie, et aussi immoral que pour un fondamentaliste fanatique tolérer la doctrine unitarienne" (W.V.O. Quine, Quiddités. Dictionnaire philosophique par intermittence).

Mondes mosaïques : Astres, villes, vivant et robots un ouvrage de Jean Audouze, Georges Chapouthier, Denis Laming, Pierre-Yves Oudeyer. éditions du cnrs. 2015

Astres, villes, vivant, robots : quatre objets d’études apparemment profondément différents les uns des autres. Et pourtant, les analogies sont nombreuses. Tous procèdent de la manière la plus simple possible ( symétrie, cohérence). Tous sont soumis à l’entropie, tous ont une complexité qui s’accroît selon une évolution tout à la fois darwinienne (sélection pour meilleure adaptation) et sont organisés en mosaïque : par  juxtaposition d’entités de même ordre de complexité qui, tout en conservant une autonomie certaine, sont intégrées dans des structures plus vastes, où le tout est supérieur à la partie. L’architecture des astres, des villes, des robots, est donc semblable à celle des systèmes les plus complexes qu’il nous soit donné d’appréhender : les organismes vivants. Dire que la complexité du vivant mime celle du monde matériel revient à constater que le cerveau, construit sur les mêmes bases que le reste de l’Univers, peut intégrer les lois du monde, et ainsi créer des villes ou de l’intelligence artificielle fondées sur ces mêmes lois. Un dialogue entre quatre disciplines en apparence étrangères les unes aux autres, riche d’enseignements et propre à susciter les questionnements et les débats.

Cet ouvrage met en avant de la complexité organisationnelle, mais fait le pari osé d'une analogie entre des champs de la réalité bien différents, comme le système nerveux, la pensée, les astres ou les villes. Quand la complexité augmente, les mêmes contraintes aboutissent-elles aux mêmes formes ?

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Ce billet fait suite à la parution du livre Le corps et l'esprit - Problèmes cartésiens, problèmes contemporains. (Ed. des archives contemporaines, Paris, 2015).

Certes, c'est un livre qui intéressera surtout les spécialistes de Descartes, mais le problème du rapport entre corps et esprit reste d'actualité pour l'ensemble de la philosophie. Se pose alors l'intéressante question de savoir si c'est le même problème qui préoccupa Descartes. Pensons-nous la même chose lorsque nous entendons avec la même expression ?

Dans son article introductif "Cartésianisme et philosophie de l’esprit", Sandrine Roux s'intéresse à la relation de la philosophie avec son histoire et s'interroge sur la (bonne) manière de se référer aux auteurs du passé.

A ce sujet, on peut évoquer quatre possibilités. Voyons les successivement  :

ART ET PHILOSOPHIE

 

Le sommeil de la raison engendre des monstres

 

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Goya a dessiné une série de gravures dans lesquelles il a traité des questions morales qui préoccupaient les intellectuels espagnols de la fin du XVIIIe siècle.

« Le sommeil de la raison engendre des monstres » est devenue l'une des gravures parmi les plus célèbres du siècle des Lumières. On y voit l’artiste, endormi, envahi par d’inquiétantes créatures.

On peut interpréter cette image de manière subjective, au sens où l’imagination laissée à elle-même engendre des pensées morbides, mais aussi politique, lorsque la déraison engendre des formes sociales montrueuses.

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erasmeÀ quoi bon reparler d'humanisme ? Au vu des doutes et incertitudes actuelles, il serait probablement utile de réinventer un récit philosophique partageable qui redonne une cohésion et une confiance collective. L'humanisme pourrait être un antidote à la vision utilitariste de l'homme, au vide idéologique contemporain, tout comme aux extrémismes religieux. L'humanisme est une doctrine suffisamment large pour qu'elle soit reprise par beaucoup de personnes de bonne volonté. Mais, il nous faut redéfinir l'humanisme, car si l'on veut qu'il soit efficace, il faut un humanisme sans complaisance.

Mettre l’homme en avant ne suffit pas, car la barbarie est – hélas – très humaine. Chaque homme peut aussi bien devenir un monstre stupide, ignorant, avide, sadique, haineux, qu’un sage empathique, savant, créatif et altruiste. Il peut surtout devenir une victime de l’idéologie. Les pires barbaries ont presque toujours été commises au nom de principes idéologiques et religieux : guerres de religion en Europe, massacres des juifs sous le nazisme, assassinats de masse sous le communisme. C’est toujours au nom de croyances idéologiques et religieuses – ce qui est le propre de l’homme – que le plus inhumain est perpétré.

Les qualités sensibles sont-elles la clé du vivant ? C'est la question que se pose Michel Troublé

 La sensiblité est probablement une capacité opérative irréductible à toute interaction physico-chimique et, en même temps, compatible avec les lois physiques, contrairement à ce qu’affirme le philosophe des sciences Daniel Dennett. Elle constitue un caractère essentiel à la dynamique des structures vivantes et des processus cognitifs. À ce titre, elle est peut-être l'une des clés permettant de comprendre la spécificité du vivant.

 

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→  TROUBLÉ Michel. Les qualités sensibles, clé du vivant

 

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