Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

Au XVIIIe siècle, un courant anti-Lumières a existé, composé d'écrivains catholiques ou protestants qui défendent la religion chrétienne et prônent un retour aux sources de sa doctrine. En fait, il y a une multitude de courants (jansénistes, jésuites, apologistes...) ayant pour point commun la haine des Lumières accusées de mettre en doute l'existence de Dieu et la vérité absolue des écritures. (Didier Masseau, Les ennemis des philosophes. L'antiphilosophie au temps des Lumières, Paris, Albin Michel, 2000).

Favorable à l’émancipation individuelle et à la démocratie, la philosophie des Lumières a ensuite subit au XIXe siècle les critiques des conservateurs nostalgiques de la monarchie et d’un régime autoritaire. Après 1945, les Lumières ont également été dénoncées pour d'autres motifs. On a voulu y voir des principes illusoires masquant la réalité d’un Occident exploiteur, ou le triomphe d’une raison technicienne qui inverse le rapport des moyens et des fins (École de Francfort) ou encore comme le faux-semblant humaniste de la domination (Foucault).

Cette critique post-moderne des Lumières se qualifie elle-même d’anti-humaniste dans les années 1950-60. Elle conteste la possible humanisation de l’homme, car la figure humaine universelle ne serait qu'une construction occidentale factice destinée à masquer des politiques d’exploitation. Ce lien entre les politiques dénoncées et les Lumières est fallacieux. On peut au contraire montrer que les valeurs humanistes ont été un frein idéologique efficace, opposable aux volontés de domination et d’exploitation, en particulier avec les déclarations sur les droits de l’Homme et par leur utilisation par les courants se réclamant de l’émancipation collective et de la lutte contre les dominations de tous ordres (voir par exemple Les Lumières chinoises).

De nos jours, la référence aux Lumières s’efface devant le triomphe de l'idéologie néolibérale, mais aussi devant le retour du religieux et des normes ethniques qui avaient été momentanément contenues par le projet d’une émancipation rationnelle et universaliste.

Le problème majeur de l'économie politique contemporaine est la concentration du capital investi dans l'économie, ce qui fait que les décisions économiques échappent à la plupart des acteurs. À ce propos, Brooke Harrington a mené une enquête (difficile) sur le rôle des gestionnaires de fortune, les "Wealth Managers", dans la concentration du patrimoine (capital à usage économique + capital à usage personnel).

L'accroissement des inégalités vient des transformations du patrimoine. Plus stable que le revenu, le patrimoine crée des configurations sociales persistantes entre les générations. Les gestionnaires de fortune interviennent à trois moments du cycle d’accumulation de patrimoine : ils minimisent la dissipation du patrimoine due aux taxes, dettes et pénalités ; ils maximisent la rentabilité en minimisant les risques ; ils gèrent les successions afin que la fortune reste concentrée entre peu de mains. Il en résulte un mouvement perpétuel d’accroissement des patrimoines qui préserve et renforce les avantages au cours du temps. Ainsi, leur travail contribue à consolider les fortunes dynastiques et accentue la stratification sociale.

Les gestionnaires de fortune et leurs clients exercent un pouvoir politique. Par le lobbying auprès des gouvernements, par l’influence sur certaines élections (par exemple en soutenant certains candidats), ils bloquent l’adoption de lois et de politiques qui pourraient entraver la concentration du patrimoine.

 

Les secrets bien gardés de la finance internationale

Au XVIIIe siècle, Giambattista Vico dans sa Scienza nuova (1744) appelait de ses vœux une nouvelle science de l’histoire qui serait notamment une « histoire des idées humaines ». Au siècle suivant, Benedetto Croce en Italie, Wilhelm Dilthey, Max Weber ou Georg Simmel en Allemagne, pratiquaient l’histoire des idées via le dialogue entre l’histoire, la sociologie et la philosophie. Au XXe siècle, le philosophe américain Arthur Lovejoy installait la discipline dans le paysage académique à la fois par ses travaux et par la création en 1940 du Journal of the History of Ideas.

La question de l’histoire des idées est fortement présente dans le champ de l’histoire sous la forme de l'histoire culturelle, de l’histoire des mentalités ou des représentations. Toutes les disciplines, à un moment donné, s'interrogent inévitablement sur leur propre histoire, ce qui donne l’histoire des sciences, de la philosophie, du droit, ou de l’art.

L’histoire des idées a fait l’objet de plusieurs types de critiques.

On lui a reproché de postuler une autonomie des idées ne tenant pas compte des contextes socio-historiques (Mannheim, Idéologie et utopie, 1927). On l’a accusée de détacher les idées de l’action. Michel Foucault, dans L’Archéologie du savoir, note que " Les historiens des sociétés sont censés décrire la manière dont les agents agissent sans penser, et les historiens des idées la manière dont les gens pensent sans agir ». À ces accusations, s’ajoute celle d'un historicisme qui conduirait à un relativisme dévastateur. Ces reproches ne sont pas vraiment justifiés, car ils ne sont pas impliqués directement par la discipline.

 

Le documentaire en cinq parties, Moi Sigmund Freud, offre une histoire plaisante et bien racontée qui reprend les données connues de la vie de Sigmund Freud. C'est sérieux, bien fait, ni laudatif, ni péjoratif. Ça fait plaisir de voir qu'on peut sortir des sempiternelles gloses pro ou anti psychanalytiques généralement basées sur des données parcellaires ou mal comprises.

Les témoignages donnent la dimension seconde, de réception a posteriori et d'effet culturel de Freud et de la psychanalyse.

Pour ceux qui voudraient n'écouter qu'une seule émission, je recommande la seconde, intitulée Le Conquistador, qui retrace le début des travaux de Freud, débuts décisifs, indispensables à connaître pour comprendre son travail. L'ambiance particulière de la Vienne fin de siècle, bien décrite par Stefan Zweig dans Le monde d'hier, est un peu passée sous silence. Elle a nécessairement joué un rôle dans la formation initiale de Freud. On regrettera le ton dogmatique d'Elisabeth Roudinesco, ton peu compatible avec la prudence qui devrait être celle de l'historien et du psychanalyste par rapport à des événements qui ne peuvent qu'être reconstitués.

En juin 1873, Sigmund a obtenu son baccalauréat pour lequel il a dû traduire un passage de la tragédie de Sophocle : Œdipe Roi, et, en philosophie, disserter sur le thème "Servir l'humanité". Incertain quant à la direction qu’il doit prendre, tiraillé entre les sciences et les humanités, il étudie la médecine et se cherche un chemin.

En 1886, une bourse lui permet d'aller à Paris dans le service du célèbre neurologue Martin Charcot. Il en résultera un travail sur les paralysies hystériques qui marquera un tournant décisif pour son cheminement intellectuel et la fondation de la psychanalyse.

 

L'œuvre anthropologique de Françoise Héritier est conséquente et pas toujours facile d'accès, aussi une introduction peut-elle être utile. C'est ce que permet le dialogue entre Emmanuel Terray, Marc Augé et Caroline Broué.

Françoise Héritier a produit des résultats originaux dans quatre domaines de la recherche anthropologique : les systèmes de parenté, les interdits sexuels, la place du corps et, enfin, la différence des sexes.

Son travail a porté sur les systèmes de parentés "semi-complexes", ceux ne comportant pas de prescription de mariage, mais seulement des interdits. Elle a montré que, tout en respectant les interdits, le choix du conjoint se fait généralement au plus près du lien de parenté.

Concernant les interdits incestueux, elle a mis en évidence l'existence d'interdits indirects liés aux humeurs corporelles. Dans ces interdits, les proches ne peuvent avoir le même partenaire sexuel du fait du risque de mélange des fluides corporels jugé inacceptable.

Elle a aussi montré que le corps est le premier objet de réflexion humaine (plus précisément la vie biologique avec ses temps de procréation, naissance, maladie et la mort) et que la perception sensible fournit les catégories qui permettent de penser.

Sur la différence des sexes, elle a mis en évidence la hiérarchie retrouvée partout, hiérarchie qui dévalorise le féminin, ce qu'elle appelle la "valence différentielle des sexes".

 

Une révolution anthropologique