400 articles pour une information philosophique et scientifique de haut niveau

Logo 3bis


Billets d'actualité ... 

La notion de Nature est au programme du baccalauréat 2021. Fanny Bernard, professeure de philosophie au lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles propose un sujet :

La nature est-elle une illusion ?

Elle le traite dans Les chemins de la philosophie sur France Culture.

Proposition de plan :

I - Certes, la nature est une réalité évidente

  • Opposition nature / artifice (référence à Aristote)
  • La nature comme cosmos harmonieux finalisé dans lequel chaque être trouve sa place (référence à Marc-Aurèle)
  • La nature humaine : la nature est universelle, par opposition au culturel qui est relatif et particulier (référence à Lévi-Strauss)

II - Mais le concept de nature, cette évidence, est une construction culturelle

  • Ce qui nous apparaît comme naturel est en réalité culturel chez l'être humain (référence à Simone de Beauvoir)
  • Le mythe de la wilderness : la nature sauvage est inventée par les colons de l'Amérique (référence à Callicott)
  • Il y a de la culture dans ce qu'on nomme nature (référence à Dominique Lestel)

III - Donc la nature séparée de l'être humain est une illusion, mais il existe bien une dynamique du vivant qui nous permet de penser l'écologie

  • Le dualisme nature/culture est contingent et relatif (référence à Philippe Descola)
  • Le “vivant” à la place de la “nature” (référence à Darwin)
  • Contre le mythe paternaliste de la nature fragile (référence à Baptiste Morizot

 

Écouter le podcast : https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-chemins-de-la-philosophie-emission-du-mardi-25-mai-2021
 

Alors que des crises sanitaires, environnementales, sociales et économiques se succèdent, la parole et les connaissances de scientifiques sont mises en avant dans la légitimation des décisions politiques tout en étant souvent remises en cause dans l’espace public ainsi que sur les réseaux sociaux. Les discours et les pratiques des scientifiques peuvent apparaître instrumentalisés, mal-compris ou inappropriés, selon les contextes.
Désireux d’être utiles, de nombreux membres de la communauté académique s’impliquent sur des sujets de recherche en relation avec des enjeux sociaux. Parallèlement, le pilotage des recherches scientifiques vers les « bons » sujets par des outils incitatifs (financement, postes ciblés), coercitifs (menace d’enquête) ou dissuasifs (sous-financement) se développe. Si l’on considère que l’autonomie des chercheurs est la condition d’une construction de l’objectivité des faits scientifiques, comment l’articuler avec leur responsabilité sociale et les besoins collectifs de nos sociétés ? Comment se constituent aujourd’hui les nouveaux savoirs qui allient des communautés scientifiques avec la participation d’individus ou de collectifs extérieurs au monde académique ? Que peuvent dire et faire les différentes sciences, et les scientifiques, qui soit pertinent pour interroger ou résoudre les problèmes contemporains ? Comment sont repris certains savoirs scientifiques impliqués dans des controverses sociales et politiques alors que d’autres passent inaperçus ?

 
Le colloque se déroulera en visioconférence : Jeudi 27 mai 2021 de 9h30 à 17h30
 
Résumés et inscriptions : https://www.google.com/url?q=https

Le corps et l'esprit constituent-ils un couple utile pour l'anthropologie philosophique ? Rien n'est moins sûr. Il existe une conception bien plus intéressante, celle des niveaux d'organisation. Grace à elle, on peut penser les capacités intellectuelles humaines en dehors de toute hypothèse métaphysique, soit par le niveau cognitif et représentationnel, soit par le niveau neurophysiologique.

Entre les deux niveaux candidats, neurobiologique et cognitif, susceptibles de générer les faits cognitifs, plusieurs arguments plaident en faveur du second. Les caractéristiques connues du neurobiologique ne semblent pas propres à expliquer les faits considérés. De plus, les propositions réductionnistes biologisantes, pour justifier leurs thèses, appauvrissent trop la réalité humaine pour être crédibles. L'argument de simultanéité entre activité neurobiologique et activité cognitive ne vaut pas démonstration de détermination de l'un par l'autre, mais seulement de dépendance.

Les conduites intelligentes et de représentation ayant une singularité et une autonomie, il est logique de supposer qu'elles soient produites par un niveau autonome qui échappe au déterminisme biologique. On affirme ainsi l'existence des schèmes, des structures, des processus, et de leur dynamique, supposées être à l'origine de l'intelligence et de la pensée humaine.

L’hypothèse ontologique d’un niveau d’organisation de complexité supérieure à celle du niveau neurobiologique n'est pas certaine, mais elle est plausible. Cette proposition évite les deux positions antagonistes prises eu égard aux capacités intellectuelles humaines : soit leur surélévation transcendante (métaphysique), soit leur réduction matérialiste au fonctionnement du cerveau. 

Avec l'hypothèse du niveau cognitif, on évite d'avoir à supposer l'existence de l'esprit comme substance autonome ou sa survenance sur la matière. On débouche sur un problème qui peut trouver une solution, celui de l'émergence du niveau d'organisation produisant la cognition et la représentation à partir du niveau neurobiologique. Il s'ensuit une conséquence négative pour la philosophie, c'est que le problème lui échappe et ne peut être résolu que par des recherches scientifiques alliant les sciences humaines et la neurobiologie.

Accepter le niveau cognitif, c'est changer de paradigme concernant l'Homme, c'est aller vers une anthropologie pluraliste. La question pertinente n'est plus celle des ses rapports entre le corps et l'esprit, mais celle de l'émergence (ou pas si on la conteste), d'un mode d'organisation spécifique qui explique les capacités de connaître, penser, vouloir, se représenter, agir, parler, de l'Homme.

Voir : Un Homme sans corps ni esprit

Un nouveau livre historique de grande qualité sur l'époque des Lumières nous est proposé, c'est L’héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, écrit par Antoine Lilti.

Pourquoi les Lumières nous interpellent-elles ?

Pour ma part, elles évoquent un moment flamboyant de l'histoire des idées en contraste avec notre époque de tristesse blasée (issue de la déconstruction post-moderne) et surtout marquée par le retour en force des superstitions, des religions, de l'ignorance et de l'irrationalité.

« Lumières », « Enlightenment », « Aufklärung », « illustracion» , « Illuminismo », ces termes désignent un vaste mouvement culturel présent en Europe au cours du XVIIIe siècle, dont les historiens contemporains ont voulu montrer la diversité.

Mais, l’associer à la diversité des transformations du XVIIIe siècle, fait perdre de vue ce qui, du point de vue des idées philosophique, a fait postérité et reste intéressant pour nous ; ce qui fait que « ce XVIIIe siècle est encore parmi nous et travaille en nous » disait Alphonse Dupont. Enfin seulement certains d’entre nous, car au XXIe siècle, nos sociétés changent en bafouant ouvertement les valeurs des Lumières. Quelles sont-elles donc ?

L'auteur nous aide à caractériser les Lumières de façon synthétique. Même si c'est une façon un peu simple de procéder, elle est importante à un moment où les principes avancés par la philosophie des Lumières disparaissent des écrans radars de l'idéologie contemporaine (ce sont les écrans des télés, des smartphones, des tablettes, des ordinateurs, etc. qui servent de radars idéologiques). Listons ces valeurs et principes, que nous rappelle Antoine Lilti :

- autonomie fondée sur la raison
- tolérance et droits de l’homme
- liberté individuelle  - modération 
- justice  - liberté d’expression 
- émancipation adossé à la diffusion du savoir
- optimisme réformateur et foi dans le progrès
- critique des préjugés et des conventions
- prestige de la science   - humanisme cosmopolite

Principes auxquels on pourrait ajouter, de nos jours, celui d'une

- relation harmonieuse avec l'environnement

L’auteur aborde son sujet au travers de trois thèmes : l’Universalisme, la Politique et la Modernité. Il évoque dans l'Introduction divers problèmes épistémologiques, dont nous ne retiendrons que celui de l’historicisme :

« Pour certains, les Lumières représentent un ensemble de valeurs et de concepts […] pour d’autres, en revanche, les Lumières […] ne peuvent être comprises qu’au regard des transformations historiques ».

On retrouve, en effet, au sujet des Lumières, la fausse querelle de l’historicisme, supposant que l’approche rationnelle et l’approche historique de la pensée seraient exclusives. Or, on peut admettre que l’évolution civilisationnelle et culturelle fasse apparaître des principes, qui peuvent - aussi - être jugés rationnellement et évalués pour eux-mêmes. Rapporter la pensée à une époque et à sa culture n’exclut pas de juger de son intérêt et de sa valeur. Ce que résume Antoine Lilti :

« ces deux conceptions ne peuvent s’émanciper l’une de l’autre ».

Lilti A., L’héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, Paris, EHESS Gallimard Seuil, 2019.

  

Le livre de Pascal Engel, Manuel rationaliste de survie, (éditions Agone, 2020) est à la fois une défense du rationalisme et un programme de recherche. Il explore les possibilités de perfectionner le rationalisme, dans un dialogue avec d’autres représentants de cette école et avec les défenseurs de l’empirisme.

Au cœur du livre, il y a ce qu'Engels nomme « les raisons », assertions ou propositions qui justifient les croyances et les actions.

« Une raison, pour être telle, doit avoir deux propriétés : avoir un certain contenu, exprimable sous la forme d’une proposition dont on puisse au moins potentiellement être conscient et être capable de justifier une croyance ou une action. » (p. 52) .

Parmi les raisons justificatives des opinions et actions, il y en a de bonnes et de mauvaises. Les bonnes sont les raisons objectives (elles existent indépendamment de nous) et correctes (elles justifient les croyances et les actions auxquelles elles se rapportent). L’auteur combat la thèse relativiste selon laquelle toutes les raisons se vaudraient. Si certaines raisons sont relatives à un cadre ou à des circonstances, la vérité ou la fausseté ne le sont pas, et restent formellement démontrables.

Dans le Contrat social, Rousseau expliquait qu’une décision politique même unanime, conforme à la volonté de tous, n’est pas pour autant une décision juste. Pascal Engel défend une position proche : dans le domaine politique, les raisons majoritaires peuvent ne pas être de bonnes raisons.

Après avoir dressé un inventaire des raisonnements faux et/ou illogiques, l’auteur dénonce les excès du culturalisme et de l’historicisme. L'espoir d’une démocratie « épistémocrate » où autant les citoyens que les dirigeants seraient en mesure de juger avec raison est louable, mais nous nous permettrons de douter d'une telle possibilité. Tout être humain n'est pas capable, ou ne souhaite pas nécessairement, formuler des raisons et les améliorer dans le sens d’une plus grande objectivité.

La marée montante de propos aberrants portée par internet fait apparaître l’océan d’irrationalité sur lequel vogue l'humanité, océan qui fut un temps caché par l’écume d’une raison savante minoritaire. Il faudrait instituer, selon le terme d'Engel, une « république épistémique » où les institutions éducatives, judiciaires, et politiques, favoriseraient une approche rationnelle de la réalité. Pour diffuser la rationalité dans la population, il faudrait un projet éducatif vigoureux et de très grande ampleur, ce qui demanderait une décision politique forte, dont on ne voit pas comment elle pourrait être prise.

Un véritable manuel de survie pour les rescapés de l’absurdie idéologico-religieuse, c'est-à-dire une défense de la rationalité simple et accessible, aurait été plus utile que ce livre savant et touffu, qui s’efforce de tracer les contours sinueux d’une doctrine philosophique rationaliste, telle qu’elle pourrait valoir aujourd’hui.

 

Philosophie, science et société - ISSN 2778-9640 - Creative Commons BY-NC-ND

Submit to FacebookSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn