Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

L'indice bibliométrique « h-index », inventé en 2005 par le physicien américain John Hirsch (d’où le choix de la lettre « h » pour désigner cet indice) est devenu une référence chez les gestionnaires académiques et pour les chercheurs eux-mêmes.

L'augmentation des publications rend difficile l'évaluation qualitative et progressive au fil du temps des travaux, si bien que réduit au rapide et au quantitatif, on utilise ce genre d'index. La devise qui guide la recherche est " publish or perish " ce qui impose d'avoir un score h maximum.

"Bien que les experts en bibliométrie aient rapidement noté le caractère douteux de cet indicateur composite, la plupart des chercheurs ne semblent pas toujours comprendre que ses propriétés sont loin d’en faire un indice valide pour évaluer sérieusement et éthiquement leur « qualité » ou leur « impact » scientifique"

écrit Pierre Grindas

Cet indice est devenu un marqueur de la compétition exacerbée qui correspond à l'esprit du temps. Évidemment, il y a depuis le XIXe siècle une rivalité entre les scientifiques, car tout savant ambitionne de découvrir quelque chose le premier. Mais l'évaluation se faisait au résultat, une fois la découverte connue et reconnue, et pas antérieurement au vu du nombre de publication.

On pourrait y opposer un autre état d'esprit, comme celui exprimé par le Conseil économique, social et environnemental, qui, le 24 juin 2020, affirme sa conviction que :

« la qualité et l'attractivité de notre recherche reposent non pas sur la mise en concurrence mais sur des investissements ambitieux, sur la confiance faite aux équipes, sur la collaboration de personnels stables et payés à la hauteur de leurs qualifications, disposant de moyens suffisants, de temps et d ́un environnement de travail de qualité. »

dans son avis au sujet de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche que nous avons évoqué le 9 juin 2020.

Le Conseil de la Faculté des Sciences de l’Université de Paris, avec d'autres, dénonce également :

« les principes à la base du texte de loi renforceront une mise en compétition généralisée et entraîneront des effets délétères rapides pour les personnels de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR). »

L'organisation d'une compétition plutôt qu'une coopération est typique de l'idéologie managériale régnante. Par le biais de l'organisation et du financement de la recherche, le politique intervient dans l'orientation des sciences.

 

Contrairement à ce qui était attendu, la politique d'autobus thermiques totalement gratuits a un bilan environnemental peu satisfaisant. Il ne produit pas la baisse de la pollution escomptée.

En effet, on constate que la part des déplacements en voiture diminue, mais que les déplacements en bus progressent proportionnellement plus, pour diverses raisons : - il n'y pas un simple report de la voiture vers le bus  - les déplacements à pied et à vélo diminuent au profit du bus - le bus sert d'abri en cas d'intempérie, etc.

Résultat, selon l’Ademe, les émissions de CO2 d’un bus en province sont inférieures de 36 % par personne transportée par rapport à celles des voitures particulières en milieu urbain. Mais comme la part des déplacements en bus augmente sans diminuer d'autant celle des voitures, le bilan en émission de C02 est quasiment nul.

La leçon de cette affaire de bus, c'est que dans tout milieu, y compris humain et urbain, il se produit des interactions complexes non évidentes. Il faut donc penser ce qui se passe en terme de système, afin de prendre en compte ces interactions. Une action ponctuelle et ciblée produit rarement l'effet attendu, car elle provoque des effets collatéraux. Il faut aussi expérimenter, car, au départ, il est difficile d'imaginer les effets collatéraux indésirables.

Quels remèdes proposer ?

L'expérience montre que les tramways ou métros font mieux et seraient à privilégier. Du côté innovation, des navettes électriques de taille réduite dont le débit s'adapte à la fréquentation seraient préférables. Pour éviter l'usage détourné des bus, il faudrait des espaces publics de qualité (bancs, abris, plantations, parcours couverts) afin que les bus ne servent pas de refuge. Enfin, il faudrait des aménagements qui favorisent nettement la marche et le vélo pour empêcher qu'ils soient abandonnés au profit du bus gratuit. C'est un ensemble de mesures complémentaires qui, dans ce cas, pourrait être efficace pour réduire la pollution.

Ref : https://theconversation.com/transports-publics-gratuits-une-mesure-inefficace-contre-la-pollution-en-ville-133197

Les éditeurs du magazine La Recherche – le groupe de presse de Claude Perdriel – ont décidé de fusionner le mensuel La Recherche avec le mensuel Sciences et Avenir.

Présenté en Comité social et économique (CSE) le 30 avril 2020, le projet prévoit la création d’un mensuel scientifique unique, baptisé Sciences et Avenir - La Recherche, la fusion des deux sites web, ainsi que la publication d’un trimestriel La Recherche - Les Essentiels du XXIe siècle. Ce qui impliquerait la fusion des deux rédactions au sein d’un « pôle sciences ».

Selon la direction de la publication, ce projet répond à une nécessité économique, car le groupe Perdriel dans son ensemble connaît actuellement des difficultés financières.

Il est assez malheureux, à un moment où la science est mal comprise et mal perçue, que les publications qui la font connaître diminuent leur périmètre ; mais on peut penser, réciproquement, que c'est le discrédit sur la science qui rend les publications moins populaires, ce qui diminue les abonnements et fragilise leur base économique.

Le "Projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche pour les années 2021 à 2030" a pour objet de fixer les objectifs et le financement de la recherche en France. Le projet de loi sera présenté en Conseil des ministres le 8 juillet. 


Nous nous contenterons d'un extrait de l'exposé des motifs.


"La science et la recherche publique ont contribué à la construction de notre pacte républicain et à l’affirmation de notre pays lors de chaque crise majeure, notamment au lendemain de la seconde guerre mondiale ou plus récemment face à l’épidémie de Covid-19."


Or, la France se singularise par un financement de la recherche inférieur aux autres pays de l'OCDE.


"Ce déficit chronique d’investissement fragilise l’ensemble de notre système de recherche et a des répercussions immédiates sur les chercheurs et les enseignants-chercheurs en France.


À l’heure où la société française est traversée par des courants d’irrationalité et de doutes sur les progrès et les connaissances, le Gouvernement fait le choix d’inverser résolument la tendance, de réarmer notre système public de recherche afin de lui donner les moyens de relever les défis scientifiques d’aujourd’hui et de demain et d’inciter nos étudiants à faire le choix de l’entrée dans la carrière scientifique.


Il prévoit, avant toutes choses, un réinvestissement massif dans la recherche publique, dont l’effet de levier doit permettre d’aller vers l’objectif d’un effort national de recherche atteignant 3 % du PIB. À cette fin, le présent projet de loi vient consolider les outils actuels de financement et de pilotage de la recherche avec un effort budgétaire supplémentaire de 25 milliards d’euros pendant les dix prochaines années..."

Il est intéressant de voir que le gouvernement se soit aperçu que la manière dont il traite les scientifiques (le crédit qu'il leur porte et les crédits qu'il leur accorde) a une influence sur le développement de courants d’irrationalité et de doute en la science dans la population. On notera que l'ambition d'atteindre 3% du PIB, pourcentage reconnu comme le minimum souhaitable, en dix ans, est très modeste.

Par ailleurs, la loi souhaite «le déploiement d’une […] culture du management et de l’évaluation» dont il n'est pas sûr qu'elle soit adaptée à la recherche comme à l’enseignement.

« Aucun élément statistique ne permet de constater une détérioration du pouvoir d’achat des Français, ni une hausse des inégalités de revenu, depuis 30 ans. La hausse de la taxation des hauts revenus, des dépenses sociales et celle, plus légère, des revenus alloués au travail l’expliquent en partie.

Les données montrent qu’il n’y a pas de tendance négative en matière de pauvreté, d’inégalités de revenu, de mobilité sociale ou d’inégalité d’espérance de vie entre groupes sociaux. La situation s’avère assez stable depuis 30 ans, notamment grâce à la plus grande progressivité du système d’imposition.

Pour améliorer ce qui peut l’être, encore faut-il éviter de se tromper de constat général. L’histoire du vingtième siècle regorge de faux diagnostics produisant plus de désordres et de souffrances que le soi-disant mal qu’ils devaient combattre .» (Guillaume Bazot)

Rappeler cela est bien nécessaire, tant la critique et le catastrophisme règnent en notre pays. De nombreux médias, dont certains spécialisés dans ce domaine, se livrent au dénigrement systématique. Je cite en vrac : l'inquiétude de la population, creusement de inégalités, casse-tête pour les fins de mois, défaillance de l'État, augmentation de la misère, coût de la vie exorbitant, chômage catastrophique. En France, on semble spécialisé en critiques négatives et décourageantes. Une idéologie de la négativité s'est emparé des médias et des réseaux sociaux.

 

Pessimisme 

 

BAZOT, Guillaume. Les inégalités s’accroissent-elles vraiment ? Niveau de vie, mobilité sociale et répartition en France. In : La vie des idées. 2 juin 2020. https://laviedesidees.fr/Les-inegalites-s-accroissent-elles-vraiment.html

 

Submit to FacebookSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn