L'anomie ou la perte des repères sociaux

emileLa notion d'anomie, forgée par le sociologue Émile Durkheim, désigne la situation difficile des individus qui survient lorsque les règles sociales sont incompatibles entre elles ou qu'elles sont minées par les changements économiques et idéologiques.

Dans son ouvrage De la division du travail social  et le Suicide, Émile Durkheim considère l'anomie comme une pathologie d'origine sociale. Cette idée de pathologie sociale est importante ; elle contraste avec le relativisme que l'on a vu se développer ensuite en sociologie. Le terme de pathologie note quelque chose de défavorable, qui produit une souffrance individuelle et un dysfonctionnement collectif. Or s'il y a dysfonctionnement nocif, il convient de le signaler. Fonctionnement et dysfonctionnement ne peuvent être considérés comme équivalents.  

Lorsque les sociétés évoluent, le changement provoque des troubles dont souffrent les hommes. Cette souffrance anomique vient de l'absence de règles communément admises si bien que les liens qui rattachent l’individu à la société se désagrègent. Durkheim voit comme cause d'anomie, à la fin du XIXe siècle, un développement techno-économique trop rapide pour que la société s'adapte.

De nos jour, du fait de la mondialisation de l'économisme ambiant, on assiste à un changement du type décrit par Durkheim. On constate à la fois un brouillage idéologique, un changement de mœurs et un recul des valeurs admises, qui conduisent à une relative déstabilisation de l'ordre social : les lois et les règles en cours, le système politique, ne semblent plus garantir la régulation sociale. On peut aussi parler de vide idéologique, symptôme de la post-modernité qui a été identifié, entre autres, par Gilles Lipovetsky qui décrit en 1983 « l’ère du vide » (voir l' Entretien avec Dany Robert Dufour). De nos jours, l'absence de réponse politique face à de la montée des antagonismes religieux laisse les populations perplexes.

Le terme d'anomie est peu connu, mais il parait bien adapté aux dérèglements qui nous touchent actuellement. De nos jours, le vide idéologique et le brouillage des repères, bref l'anomie, ouvrent la porte aux idéologies simplistes populistes et extrémistes. De fait, nous les voyons prendre de l'ampleur en ce début de XXIe siècle.

 

 

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