Rationalité - Rationalisme (définitions)

 

La rationalité concerne la pensée lorsqu'elle utilise des concepts clairement définis et procède d'un enchaînement démonstratif, c'est-à-dire dont l'aboutissement est nécessaire si l'on applique des règles de logique. Les postulats qui guident le raisonnement doivent être admis par la communauté savante (par exemple, concernant la Terre, sera considéré comme rationnel un raisonnement partant du postulat qu'elle est grossièrement sphérique et non pas plate). D'une époque à l'autre, les postulats admis ne sont pas les mêmes et la rationalité varie en ce qui concerne ses contenus.

On pourrait croire que le "rationalisme" est simplement l’application de la rationalité en philosophie, ce qui est le cas, mais pas seulement. Gaston Bachelard définit le rationalisme par une systématisation du propos, un idéal d’économie dans l’explication et par l'interdiction de recourir à des principes extérieurs au système que l'on veut expliquer (La Philosophie du non, Paris, Presses Universitaires de France, 1975, p. 59). On qualifie par exemple de philosophies rationalistes, le cartésianisme ou le kantisme.

Mais, l’affaire s’est compliquée avec la tendance doctrinaire qui habite l’homme. Le rationalisme peut prendre un côté fermé qui va parfois jusqu’au délire (dans ce cas, on parle de rationalisme morbide). Un raisonnement partant d’un postulat étroit et conduit selon une logique rigide procède d'un rationalisme excessif qui ne répond pas à l'équilibre exigé par la rationalité. Le rationalisme excessif aboutit à une pensée fermée, inaccessible aux contre-arguments, qui pousse la logique jusqu’au bout … de la fausseté. Ce rationalisme fermé prétend s'imposer, exercer une action normative, ce qui le démarque de la rationalité. Cette dernière sous-entend un débat et un accord possible selon le raisonnement entre les hommes et non pas une adhésion croyante ou une fermeture du raisonnement sur lui-même. Le rationalisme est une caricature de la rationalité.

Le terme de "rationalisme" occasionne des malentendus, car il est employé, selon le contexte, dans le sens de rationalité ouverte ou dans le sens très péjoratif d'une pensée rigide et appauvrie, voire délirante.

Voir aussi la définition de rationnel.

 


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