Le positivisme scientifique

 

JUIGNET Patrick

 

Parmi les différentes manières de concevoir la science, il en est une qui a dominé le XIXe et le début du XXe siècle, c'est le positivisme. Le positivisme scientifique est à la fois une conception du monde et un ensemble de propositions épistémologiques. Il a pris des formes différentes en fonction du domaine scientifique, du pays et de la personnalité des savants.

 

Pour citer cet article :

JUIGNET, Patrick. Le positivisme scientifique. In: Philosophie, science et société [en ligne]. 2015. Disponible à l'adresse : https://philosciences.com/philosophie-et-science/methode-scientifique-paradigme-scientifique/115-positivisme-scientifique.

 

Plan de l'article :


  1. Situer le positivisme
  2. Déterminisme et rationalité
  3. L'expérience et la méthode expérimentale
  4. Causalité ou légalité ?
  5. La volonté de s'en tenir aux faits
  6. Les inflexions du positivisme
  7. Énergétisme et économisme
  8. La dimension temporelle
  9. Conclusion : le positivisme et sa mise en cause

 

Texte intégral :

1. Situer le positivisme 

Le terme "positif", en ce qui concerne la connaissance, a été employé dès le XVIIe siècle pour désigner l’appui sur des faits avérés, l’existence d’un fondement solide sur lequel on pourrait s'appuyer par opposition à flou, incertain, chimérique.

Auguste Comte, dans son Cours de philosophie positive, a voulu donner une assise à la science positive. Quant au terme "positiviste", il a été mis en avant plus tard, dans la seconde partie de son œuvre, à partir de 1843 et surtout 1848 (Discours sur l'ensemble du positivisme, 1848) pour désigner sa philosophie et non les sciences envers lesquelles il a manifesté une défiance croissante. Il les considérait comme des connaissances spéciales et limitées ne pouvant apporter une vue d'ensemble comme sa philosophie positiviste.

Du coup, nous devons préciser l'emploi du terme de "positivisme scientifique". Il désigne une attitude envers les sciences, qui, au travers de diverses déclinaisons, s'est largement répandu parmi les scientifiques de la seconde moitié du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe.

On peut la résumer par deux traits : C'est un empirisme qui demande de s'en tenir aux faits et aux relations entre les faits, ces dernières pouvant être exprimées en termes de causalité ou, mieux, selon des lois. Deuxième trait, son optimisme envers la possibilité pour la science de connaître le monde et en conséquence, et grâce au savoir acquis, d'apporter des bienfaits à l'humanité.

Nous allons en voir différents aspects pas tous homogènes et aussi ce qui a mis en question et fait évoluer le positivisme scientifique.  

2. Déterminisme et rationalité

Pour le positivisme, tout ce qui est dans la nature peut être connu rationnellement. Le rationalisme, la volonté de connaître, de prévoir et d’agir sur un monde exempt de phénomènes surnaturels, sont des caractéristiques de la conception positiviste du monde. Cette conception veut échapper à la métaphysique religieuse et à la métaphysique tout court. La nature ne manifeste plus le divin, ni le démoniaque, et la recherche des fondements premiers est résolument mise de côté.

Le déterminisme constitue le premier grand principe des sciences positives : les phénomènes naturels actuellement existants déterminent ceux qui existeront ultérieurement. Aucune intervention divine ne peut en dévier le cours ; il s'ensuit que l'avenir est prévisible si l'on connaît la totalité des conditions initiales. Le déterminisme joue également le rôle de postulat méthodologique. Dans une étude scientifique, les faits ne peuvent être considérés autrement que déterminés. Toute la recherche est assise sur ce principe qui prévient les démissions de la pensée devant l'irrégularité ou l'anarchie apparente des phénomènes. Tout ce qui est dans la nature peut être compris rationnellement. 

Autour du pivot déterministe, d'autres éléments viennent s'articuler : l’espace et le temps sont, pour la pensée positive, des catégories bien définies. L'espace est une étendue homogène et le temps un déroulement régulier et absolu. Tous les faits scientifiques sont repérables selon ces deux catégories.

3. L'expérience et la méthode expérimentale

Le positivisme met en avant l'expérience. "Nous donnerons au mot expérience, [...], le même sens général qu'il conserve partout. Le savant s'instruit chaque jour par l'expérience ; par elle il corrige incessamment ses idées scientifiques, ses théories, les rectifie pour les mettre en harmonie avec un nombre de faits de plus en plus grand, et pour approcher de plus en plus de la vérité. On peut s'instruire, c'est-à-dire acquérir de l'expérience sur ce qui nous entoure, de deux manières, empiriquement et expérimentalement". Dans les sciences, "l'expérience est toujours acquise en vertu d'un raisonnement précis établi sur une idée qu'a fait naître l'observation et que contrôle l'expérience" (Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale, Paris, Garnier Flammarion, 1966, p. 41).

La méthode expérimentale constitue la pièce maîtresse de l'argumentation dans les sciences positives. Elle est fondée sur la distinction nette des faits et de la théorie ; la mise en place d'un ensemble expérimental permet de corroborer la théorie par les résultats d’expérience, les faits garantissent la justesse de la théorie ou viennent l'invalider, mais pas seulement. Plus généralement, il y a une interaction des deux ; les faits suscitent de nouvelles théories qui auront à être vérifiées et ainsi de suite. Dans cette conception, l'investigateur n'entre pas dans le dispositif expérimental. Il est considéré comme un observateur neutre dont la personnalité n'intervient pas (ou seulement comme source d'erreurs d'interprétation). L'observateur est le miroir des faits « objectifs ».

Claude Bernard définit très clairement le procédé inductivo-déductif : l'observation fait naître des idées qui seront contrôlées par l'expérimentation et éventuellement réfutées. L'expérience est toujours liée au raisonnement, elle se fait selon une théorie rationnelle, ce n'est pas un cheminement au hasard selon d'obscures intuitions. Le raisonnement causaliste est indissociable de la méthode expérimentale. Dans ce cas, la causalité concerne des faits précisément définis. Il s’agit uniquement des causes dites « prochaines » qui sont conçues dans une inspiration empiriste empruntée à David Hume.

4. Causalité ou légalité ?

Le principe de causalité généralement appliqué se traduit par quelques énoncés traditionnels : tout fait a une cause et il n'y a pas d'effet sans cause ; les mêmes causes produisent les mêmes effets ; la cause précède ou accompagne son effet ; la disparition ou la cessation de la cause entraîne la disparition ou la cessation de son effet. Dans l'enchaînement causal, conçu comme série linéaire, la cause entraîne un effet qui ne peut être lui-même sa propre cause.

Certains, comme Claude Bernard, considèrent les conditions comme les causes du phénomène. Il évite l'écueil métaphysique d'avoir à régresser vers des causes premières, en précisant qu'il ne saurait s’agir que des causes « prochaines ». (Ibid., p. 60-61). La notion de causalité perd tout caractère obscur et en vient dès lors à désigner la série linéaire des faits empiriquement constatables qui se succèdent nécessairement. La recherche de causes précises sera un puissant moteur de l’évolution scientifique tout au long du XIXe siècle.

Pourtant, la causalité est suspecte, car elle rappelle certaines notions obscures de la philosophie. C’est pourquoi certains positivistes, dont Auguste Comte, préfèrent une conception légaliste dans laquelle la succession des phénomènes est régie par des relations exprimées par des lois qui permettent de les prévoir. Le mode de production des phénomènes reste inconnu.

Pour Ernst Mach, l’idée de dépendance réciproque des phénomènes est appelée à remplacer celle de causalité. On doit établir des fonctions et des processus pour expliciter cette interdépendance constatée des faits.

5. La volonté de s'en tenir aux faits

Les tenants de la science positive oscillent entre deux opinions sur l'être. Pour les uns, la nature des choses, le réel dernier, l’être en soi, resteront à jamais cachés et ne peuvent faire l'objet d'une étude scientifique. (C’est la position agnostique d’inspiration kantienne). Seuls les phénomènes et les rapports qu'ils entretiennent entre eux sont connaissables. La réalité scientifique est la réalité concrète, celle dans laquelle se produisent les faits observables. La position du positivisme est de ne s'intéresser qu'aux données d'expérience, aux faits et de délaisser volontairement l'arrière-plan ontologique.

L’agnosticisme ontologique est prôné par des figures influentes tel Paul Du Bois-Reymond, devenu célèbre à la fin du siècle. Le discours qu'il prononça lors de sa nomination comme recteur de l'université de Berlin, intitulé Ignorabimus, portait sur la limite à la connaissance dans une perspective d’inspiration kantienne. Il soutenait la causalité, affirmant, entre autres choses, que s'il était possible de connaître la façon dont s'organisent les faits, on pourrait prédire le futur avec une précision mathématique. Ce n'est pas cette dernière opinion banalement mécaniste qui nous intéresse, mais son agnosticisme sur ce qui fonde les faits empiriques. Les limites de la connaissance sont constituées par la nature du réel qu'on ne peut connaître. La question des origines (origine du mouvement, origine de la vie) et du fondement ontologique (nature de la substance) restera, selon lui, également insoluble.

Une bonne part de la communauté scientifique professe un agnosticisme ontologique inspiré d’Emmanuel Kant. Derrière les faits, on peut supposer un être en soi qui échappe à l’expérience directe et donc à la connaissance scientifique. Cette manière de voir est une interprétation de la doctrine de Kant, un « néokantisme » assez répandu dans l’élite intellectuelle. La position positiviste considère que la mise en rapport des faits avec un réel indépendant et intrinsèque  "est une démarche qui ne s'inscrit pas dans le cadre strict de la science" dit avec précision Bernard d'Espagnat (À la recherche du réel, Paris, Bordas, 1981, p. 17).

Pierre Duhem, physicien, opposé à toute interprétation matérialiste et réaliste de la chimie et de la physique, proposa en 1906 une conception qu'on qualifie généralement "d'instrumentaliste". Selon lui, la science propose des théories concernant les phénomènes et c'est tout. C'est un positivisme qui accentue la doctrine déjà fortement centrée sur le factuel, en interdisant à la science tout accès à la constitution du monde, au réel lui-même, qui serait le domaine de la métaphysique. Il s'agit de rendre compte des faits par des théories qui ne sont rien d'autre qu'une représentation abstraite des régularités empiriques. 

Leur positivisme poussa Ernst Mach, Pierre Duhem et Marcellin Berthelot a récuser la théorie atomique, car l'existence de l'atome constituait un a priori ontologique inacceptable. Ils insistaient pour que les lois de la chimie reposent exclusivement sur des faits d'observation à l'échelle macroscopique afin que la chimie reste une science expérimentale. On voit ainsi la limite de l'attitude positiviste excessivement empirique qui est efficace et protège des spéculations invérifiables, mais interdit de progresser vers l'abstraction si elle implique des suppositions sur le réel (l'existence des atomes).

6. Les inflexions du positivisme

Par ailleurs, il est à noter que le positivisme n'est pas fondamentalement réductionniste. Auguste Comte suppose que, pour passer d’un domaine empirique à un autre, il ne suffit pas d’agréger les entités entre elles, il faut ajouter une « nouvelle dimension ontologique ». Émile Durkheim, par exemple, parle de « synthèse ». Pour les auteurs positivistes non réductionnistes, chaque discipline fondamentale posséderait une identité propre correspondant à un domaine de la réalité.  

Le philosophe anglais Joseph Needham, en associant les idées d’Auguste Comte sur la classification des sciences et les niveaux d'intégration, a proposé une nouvelle classification des connaissances scientifiques. Il créa le Classification Research Group dont le travail aboutit à une augmentation du nombre de niveaux de réalité et de connaissances scientifiques y afférant (voir l'article Le concept d'émergence).

Ernst Mach est le dernier représentant de cette génération positiviste, et il va prendre certaines libertés avec la doctrine. Plus que par ses travaux proprement scientifiques, c'est par ses travaux épistémologiques qu'Ernst Mach influença ses contemporains (La connaissance et l'erreur, 1905). Il ajoute au courant positiviste de langue allemande des conceptions venues des travaux sur l’énergie que nous verrons après. Cette proposition se fait au détriment de la physique traditionnelle, centrée sur la mécanique. Sur le plan épistémologique, il considère que la connaissance débute par l'émergence de concepts de base simples qui doivent pouvoir être remis en question lorsque la recherche l'impose. Selon lui, il existe des régions scientifiques bien distinctes qui correspondent au type de phénomène étudié.

On voit que, dans l'ensemble, le courant positiviste n'est pas réductionniste. Il admet des domaines, ou régions scientifiques, distincts correspondant à des classes de phénomènes différents.

7. Énergétisme et économisme

La question de l'énergie va bousculer le principe positiviste de s'en tenir aux faits, car l'énergie n'est pas un fait. Elle se manifeste par des faits. L'équivalence entre le travail et la chaleur était depuis longtemps soupçonnée, mais l’idée était freinée par la notion du « calorique », considéré comme un fluide. Premier auteur à traiter de thermodynamique, Sadi Carnot avait, en 1824, avancé le deuxième principe de la thermodynamique dans son ouvrage sur la puissance motrice du feu. Il faut attendre le milieu du siècle pour que le concept d'énergie apparaisse et se répande sous l'influence de Robert Mayer et Hermann von Helmholtz.

Dès 1842-1843, les travaux de Robert Mayer et Ludwig Colding établissent l'équivalence entre travail et chaleur, ainsi que le principe de conservation de la force. La poursuite de ces recherches, associées à celles de James Prescott Joule sur l'équivalent mécanique de la chaleur, ainsi que la théorie d’Helmholtz sur l'énergie latente, permettent de formuler le premier principe de la thermodynamique : la conservation de l'énergie. En 1882, Helmholtz avance la distinction entre énergie libre et énergie liée : la première peut se convertir en travail, alors que la seconde ne le peut pas et donne de la chaleur. Il démontre que la somme de ces deux énergies est constante et forme l'énergie interne si le système est isolé.

Les travaux de thermochimie et thermodynamique amènent un nouvel objet d'étude dont la nature est inconnue : l’énergie. Différente de la matière, l’énergie est susceptible de transformation d'une forme dans une autre. On en quantifie les effets sans avoir accès au réel lui-même, ce qui interroge la conception du monde. Cette étude ouvre indéniablement un nouveau champ dans le domaine de la physique. Sur le plan métaphysique, deux thèses s'affrontent. Les uns font de l'énergie le second fondement de l'univers à côté de la matière. Dans cette optique, les principes de conservation (de la masse et de l'énergie) apparaissent complémentaires. Les autres veulent ramener l’univers à l'énergie, considérée comme fondement premier et unique. Tout cela engendre un problème par rapport au principe positiviste consistant à ne pas se prononcer sur le fondement des phénomènes.

Une extension du concept d’énergie se produit dans tous les domaines d'application possibles. Ainsi, Robert Mayer envisage des applications électriques, biologiques et même océanographiques. Il en tire également des principes métaphysiques sur la constitution de la nature, divisant le monde en deux substances, la matière et la force, causes de tous les phénomènes. Les conceptions énergétiques seront reprises et amplifiées par Wilhelm Ostwald à la fin du siècle qui prône un énergétisme intégral : tout est énergie. L'énergie apparaît comme réelle, mieux, comme le réel même ; elle est la cause de tous les phénomènes qui, d'une manière ou d'une autre, peuvent lui être ramenés. Globalement c’est une pensée qui privilégie le fluidique, le continu, par opposition au séquentiel, au discontinu, à l’élémentaire.

Le principe d'économie érige en une loi à prétention universelle l'idée selon laquelle toute chose irait vers le moindre coût énergétique, le niveau le plus bas de dépense énergétique. C’est le principe de Maupertuis, la "loi du moindre effort" extrapolée des travaux de Pierre Louis Moreau de Maupertuis sur l’optique. Des machines thermiques à la mécanique céleste en passant par la physiologie, la psychologie, l’épistémologie et la production des biens, tout doit fonctionner selon la dépense la plus faible, le coût le moins élevé.

8. La dimension temporelle

Au XIXe siècle, le temps prend une importance qu’il n’avait pas jusqu’alors dans la pensée scientifique. Dans la plupart des sciences, on intègre la dimension temporelle comme facteur de transformation. L'idée d'une dynamique évolutive s’impose. On remarque des transformations sociales au cours des temps historiques, la transformation des espèces au cours des temps géologiques, les transformations astronomiques au cours des temps cosmiques. L’affrontement le plus fort a lieu entre Frédéric Cuvier, naturaliste catholique, qui défend un temps « immobile » où se reproduit indéfiniment la création et Jean-Baptiste de Lamarck pour qui le temps permet la transformation des espèces.

Avec Charles Darwin, le temps devient une donnée fondamentale de la biologie et de la zoologie, car c’est grâce à lui que la sélection peut s’effectuer. En géologie, la grande affaire du XIXe siècle est l'établissement d'une échelle stratigraphique exprimant la succession des événements géologiques. Elle est étroitement liée à l'adoption du transformisme, puisque l'établissement de cette échelle dépend des fossiles et de leur évolution. Elle fut finalement établie pendant la seconde moitié du siècle. En 1894, Émile Renevier peut présenter une chronologie géologique et l’américain H.S. William créa, en 1893, le terme de « géochronologie ». En physique, le temps est un continuum où les phénomènes sont réversibles, mais la « flèche du temps » (le caractère non réversible des déroulements temporels) a finalement été introduite par la thermodynamique.

Le temps est au centre de la réorganisation de nombreux savoirs. Dans de multiples domaines de la connaissance, il apparaît comme une figure d'ordonnancement essentielle, un lieu d'action des processus évolutifs et parfois comme un facteur de production des formes nouvelles. Le temps n'est plus cette étendue immobile dans laquelle se répètent les formes figées de la nature. Il devient théâtre d'événements, lieu de processus. Ce premier pas, déjà important et complexe, en appelle un second : celui de la compréhension des mécanismes par le jeu desquels se produisent les transformations. Pour le positivisme, le temps n'est pas une explication suffisante, il sert à concevoir l’origine des faits qui s'y égrènent. La notion d'espace-temps, amenée par Albert Einstein au XXe siècle, provoquera une remise en cause de la conception du monde positiviste. 

9. Conclusion : le positivisme et sa mise en cause

La fin du XIXe siècle est un moment de prodigieux essor des connaissances au cours duquel découvertes fondamentales et mises au point techniques se succèdent. Ces réussites sont liées au positivisme scientifique qui est au cœur des recherches de la fin du XIXe au début du XXe siècle.

Cette doctrine donne la priorité des faits. L'expérience est au cœur du positivisme qui ne prône pas un mode déductif (théorie autonome validée ou réfutée par les faits), mais inductif (théorie édifiée à partir des observations). La bonne méthode consiste à théoriser des faits de la manière la plus stricte et la plus simple possible, en évitant toute dérive métaphysique. Le positivisme suggère que la méthode expérimentale est la seule valide et que, lorsqu'elle ne peut être appliquée, on sort du domaine scientifique. Le procédé d'avancée des recherches réputé le meilleur est un mouvement dans lequel l'induction est privilégiée. Le paradigme positiviste a été mis question sur plusieurs points au XXe siècle :

- On s'est aperçu qu'en réalité, les faits et la théorie interfèrent toujours à des degrés divers.

- Dans les sciences humaines et sociales, l'approche purement expérimentale ne convient pas.

- Les évolutions en physique (la thermodynamique, les théories atomiques) obligent à une ontologie minimale.

- Dans les grandes théories physiques (relativité, gravitation), l'aspect déductif domine.

Il est intéressant de noter que la remise en question s'est faite de l'intérieur : les avancées de la science positive ont montré que le paradigme positiviste était trop restrictif. Cependant, l'attitude rationnelle propre au positivisme garde partout sa validité et la confrontation à la réalité par l'expérience reste de mise dans toutes les sciences empiriques. 

 

Bibliographie :

Andler D. Fagot-Largeault A., Saint-Sernin B. , Philosophie des sciences, Paris, Gallimard, 2012.

Bernard d'Espagnat B., À la recherche du réel, Paris, Bordas, 1981.

Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale : réédition Garnier-Flammarion, Paris, 1966.

Comte A., Cours de philosophie positive, édition de textes choisis de philosophie des sciences, Paris, PUF, 1974.

Collectif : La science contemporaine. Histoire générale des sciences. Paris, PUF, t. I et II, 1966.

Kremer-Marietti A., Le positivisme, Paris, PUF, 1982.

LASZLO Pierre. Atomique théorie. Encyclopædia Universalis [en ligne]. 2016. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/theorie-atomique/

PICKERING Mary. Le positivisme philosophique : Auguste Comte. Revue interdisciplinaire d'études juridiques [en ligne]. 2011. http://www.cairn.info/revue-interdisciplinaire-d-etudes-juridiques-2011-2-page-49.htm

 


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