Céline Jouin écrit :

« Lorsque l’on critique l’Union européenne, on relève habituellement tout ce qui manque à ses institutions pour répondre aux critères du constitutionnalisme démocratique (souvent idéalisé) : un peuple européen, une identité collective « épaisse », un espace politique commun, une langue commune, des médias et des partis européens. On souligne le peu d’intérêt que suscitent les élections des députés européens ainsi que leurs compétences limitées. On critique l’opacité des décisions et le manque d’occasion de participer à celles-ci, mais aussi l’émergence d’autorités non représentatives hors de portée de tout contrôle des citoyens et indifférentes à la diversité historique des populations qui a résulté des stratégies de régulation. Quand on fait l’éloge du complexe européen au contraire, on met en avant la protection des droits individuels, les checks and balances plus élaborés au niveau européen qu’au niveau national, leur protection plus efficace contre les abus de pouvoir.» (Jouin Céline. « La constitution matérielle de l’Europe. Par-delà le pouvoir constituant » (Noesis. 2018. http://journals.openedition.org/noesis/4875).

Il faut cependant constater qu' un pas a été fait en octobre 2020 vers l'entraide plutôt que de poursuivre dans le voie de la concurrence et de l'indifférence. La Commission européenne s’est endettée au nom de tous les pays membres, pour 750 milliards d’Euros. 360 milliards seront prêtés aux États membres qui devront rembourser ces sommes et 390 milliards seront transférés sous forme de subventions qui, elles, seront remboursées collectivement par les Vingt-Sept.

La crise économique liée à la Covid-19 a révélé notre interdépendance. C'est la prise de conscience de cette interdépendance qui a permis de surmonter les égoïsmes nationaux et rendu possible un emprunt commun européen. C'est une évolution importante de l’Union. On s'est rendu compte que si une Nation plongeait dans une récession grave, cela allait rompre les chaînes d'approvisionnement et casser les marchés en ruinant la possibilité de consommer.

Si l’on compare avec la gestion de la crise grecque, survenue il y a quelques années, on est passé d’un jugement purement péjoratif et accusateur sur un état défaillant à l'idée d'une entraide profitable à tous. Faute d'une intention humaniste, c'est le pragmatisme qui a guidé les Pays Européens vers plus de coopération économique. En économie et en politique, dans l'état actuel de la civilisation, l'entraide ne vient que s'il y a un intérêt commun. Certains n'en comprennent toujours pas l'intérêt et attisent les égoïsmes nationaux au détriment de tous.