Le travail de Lucie Laplane, chercheuse en biologie porte sur les cellules souches. Les cellules souches jouent un rôle central pour le développement, le renouvellement des tissus et leur réparation/régénération. Des dysfonctionnements des cellules souches peuvent être impliquées dans différentes maladies, en particulier les cancers. Les cellules souches sont de plus en plus utilisées à la fois en recherche et à des fins thérapeutiques. Pourtant, beaucoup reste à découvrir de ces cellules et la vision traditionnelle des cellules souches et de leur différenciation est de plus en plus débattue. Comprendre ce qu’est une cellule souche est une question à la fois biologique et philosophique. Lucie Laplane s'intéresse aux problèmes suivants : (1) Quel type de propriété est la propriété souche ? Une analyse philosophique monte qu’il peut s’agir de 4 types de propriétés de nature très différentes (catégorique, dispositionnelle, relationnelle ou systémique). (2) Cette analyse philosophique est-elle biologiquement pertinente ? (3) La nature de la propriété souche dépend-elle du contexte ou des types cellulaires/tissus ?

La réflexion de type philosophique intervient au moment ou il faut catégoriser les propriétés. L'une des tâche de la philosophie est en effet de catégoriser convenablement la réalité. C'est un outil qui aide lorsque la nécessité s'en fait sentir pour faire avancer la recherche. Détaillons un peu ce moment.

Les deux propriétés fondamentales des cellules souches (réplication sans limite et capacité de différenciation devenant irréversible une fois effectuée) sont parfois mises en défaut et insuffisantes pour une distinction fine.

Après différents essais l'auteure a proposé quatre types de propriétés :

- propriétés dites catégoriques : elles sont constitutives des entités et ne dépendent pas des circonstances

- propriétés dites dispositionnelles : elles sont constitutives des entités, mais dépendent des circonstances.  

- propriétés relationnelles : elles sont acquises dans la relation entre les entités et en dépendent. 

- propriétés  systémiques : elles sont acquises, mais régulées par l'ensemble du système. 

Cela permet de distinguer différents types de cellules souches selon quelles ressortissent de l'une au l'autre catégories. 

Pour résumer la démarche : un problème scientifique demande une analyse philosophique qui fait retour sur le problème pour l'élucider ce qui perme de nouvelles hypothèses qui seront testées de manière empirique (et corroborées ou réfutées).

Conséquence : on s'aperçoit que les cellules souches n’ont pas le même type de propriété dans différents tissus et contextes. Déterminer pour chaque type de cellule souche quelle est la nature de la propriété souche a des conséquences pratiques importantes, que ce soit pour la recherche fondamentale ou pour des applications thérapeutiques, par exemple dans le traitement des cancers. En effet, si la propriété est constitutive de la cellule ou relationnelle et dépend du micro environnement, le traitement efficace ne peut être le même.

 

Conférence au séminaire Approches épistémologiques des Sciences de la Vie, laboratoire SPHERE du 23 février 2022.

Voir aussi :

Qu'est-ce qu'une cellule souche. Canal U. 2021.