Sujet (définition)

 

La notion de sujet, dans le langage courant et, conformément à l'étymologie (du latin subjectum : soumis à), est employée dans le sens d'un support sur lequel porte l'action. Il peut s'agir d'un humain, d'une chose, ou d'un fait culturel. On parle de sujet d'un verbe, de sujet d'un examen, de sujet d'une discussion, du sujet d'un tableau ; le roi a des sujets, il y a de bons et mauvais sujets (soumis à l'autorité, aux règles ou pas), des sujets d'expériences. La position de sujet pour un homme renvoie à subir, ce qui peut être désavantageux (l'assujettissement), mais qui peut avoir des avantages (le sujet d'un État a des droits). 

Très curieusement, le sens s'est renversé au XVIIe siècle dans le discours philosophique. Le sujet est devenu le point de source de la conscience, l'origine de l'autonomie, voire de la toute-puissance de l'homme sur ses pensées et ses actes. La problématique du sujet est aussi venue se greffer sur une théorie de la connaissance, opposant sujet et objet, ce qui implique que le sujet ne puisse être en même temps son objet. Le sujet est l'origine de la connaissance en l'homme, le pilote autonome pouvant la diriger volontairement vers la réalité extérieure objectivable.

Pour Descartes, il est évident qu'en l’homme, c'est un "je" ou un "moi" qui pense. Par là, se dessine un mouvement d’appropriation de l’esprit en même temps que la désignation du sujet. Mais, simultanément, l’esprit est une substance qui, en tant que telle, existe indépendamment de l’homme qui, par ailleurs, a un corps matériel. D’où le dualisme et une controverse qui se continuera pendant toute la période moderne. La pensée, considérée comme certaine, est attribuée à un sujet unifié et individué (je-moi), mais elle est de nature spirituelle.

Emmanuel Kant a également joué un rôle majeur dans la définition moderne du sujet. Le sujet contient en lui la conscience intellectuelle d'être et il est aussi l'unité synthétique originaire de l'aperception, condition transcendantale ultime de la pensée et de l'expérience. Cette unité originaire ne peut être saisie empiriquement. C'est le point de source premier, le Je antérieur à toute pensée et expérience. Pour Kant, le Je de la réflexion n'a pas de contenu et il est toujours identique à lui-même et, d'autre part, le sujet ne peut se connaître puisqu'il est l'origine de toute connaissance. Une connaissance empirique de l'homme concerne nécessairement autre chose que le sujet.

Le mot "sujet" est employé par divers auteur contemporains de manière vague dans le sens de l'individu humain pris globalement. Il y aurait un « sujet humain », qui serait abordable d’un point de vue empirique : ce que prétendent faire les sciences humaines et sociales. Elles se retrouvent à écartelées entre un sujet transcendantal autonome et le démenti scientifique de son existence, car il apparaît, précisément grâce à ces disciplines, que les motivations individuelles échappent en grande partie aux intéressés.

Selon Abdennour Bidar « la modernité s’est construite toute entière sur l'idée que l'homme est un sujet, c'est-à-dire l'auteur libre de son être ». (Histoire de l’Humanisme en occident, Paris, Armand Colin, 2014, p. 176), mais par ailleurs, elle n’a cessé de démontrer la vanité d’une telle prétention, en mettant en évidence les multiples déterminations, biologiques, psychologiques, sociales, économiques, épistémiques, dont dépend l’homme et qu’il méconnaît.

Philosophie et sciences humaines oscillent entre les deux sens du terme sujet, le sens ancien d’individu assujetti et le sens moderne de personne autonome. Une définition unifiée du sujet est impossible, car le terme cumule des sens différents et contradictoires. C'est pourquoi il paraît sage de réserver le terme de "sujet" aux doctrines qui s'en réclament avec précision (cartésianisme, kantisme) et d'utiliser le terme de "personne" pour concevoir l'homme globalement (voir Personne et personnalité), ou encore celui "d'agent", en ce qui concerne les individus poursuivant une activité orientée et déterminée par une finalité précise.

 


© 2017 PHILOSOPHIE, SCIENCE ET SOCIETE
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la licence  Creative Commons - Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification.
Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn