La liberté ne consiste ni dans une indétermination des conduites, ni dans une pensée pure se déployant sans contrainte hors de tout contexte. Ces deux définitions correspondent à l’illusion d’une liberté absolue, parfaitement vaine. On peut joindre à ces conceptions fautives la liberté conçue comme un libre arbitre (arbitraire, inconséquent, immédiat), pure autodétermination consistant à faire ce qui vient (et qui est nécessairement déterminé).

La liberté pratique, pour chaque personne humaine, consiste dans la possibilité de faire des choix et d'agir selon ces choix au quotidien. La pensée rationnelle est en mesure de gagner une certaine liberté réflexive. Ces libertés liées entre elles, pratique et réflexive, sont permises par l'éducation si elle donne des moyens suffisants pour penser et agir et par la société ; plus précisément par particulier le régime politique, s’il permet des choix moraux et leur mise en pratique (droit d'expression, droit de déplacement, droit de travail libre, etc.).

L’intellect humain jouit d’une autonomie relative par rapport à son support neurobiologique et aux déterminations affectives et sociales du psychisme. La pensée peut donc s’affranchir des normes et des dogmes, sous réserve de ne pas avoir été formatée et idéologisée. Celui qui a été endoctriné dès l’enfance sur les plans idéologiques et religieux a peu de chance de pouvoir réfléchir librement. Celui qui est asservi par un travail utilitaire épuisant n’aura guère la possibilité de penser. Celui qui est contrôlé par le milieu social à tous les instants de sa vie ne pourra pas sortir du conformisme.

Kant pousse l’idée d'autonomie de l'intellect jusqu’à supposer une pensée complètement rationnelle permettant de définir une loi morale. La liberté individuelle serait de choisir des principes de conduite échappant à toute autre détermination (comme le désir, l'intérêt, les pulsions, les codes sociaux, etc.). Deux arguments contredisent Kant. La démonstration d’une loi morale universelle admise par tous n’a jamais eu lieu. Sa position aboutit à des impératifs catégoriques qui ne laissent pas de liberté de choix.

La liberté individuelle sur le plan social se gagne contre l’instrumentalisation par le pouvoir politique, lorsqu’il considère les citoyens comme des moyens de parvenir à ses fins. Par exemple, l’instrumentalisation des femmes pour la reproduction, des hommes pour la guerre, et des deux en vue de la production économique. L’ensemble est motivé par la volonté du pouvoir politique de maintenir sa suprématie et accessoirement par des visées de gloire, de puissance et par des idéaux idéologiques et religieux. La liberté peut se définir comme la condition sociale de celui qui dispose de sa personne et participe aux décisions politiques. Ce que les États démocratiques permettent au moins partiellement, par opposition aux dictatures qui ne le permettent pas.

 

Voir aussi : Choix moral