Logo825 94


Phénoménologie (définition)


Le terme de phénoménologie apparaît avec Jean-Henri Lambert au milieu du XVIIIe siècle pour désigner la doctrine de l’apparence. Il est repris par Emmanuel Kant pour désigner le savoir sur les caractères généraux des phénomènes.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel publie, en 1807, une ambitieuse Phénoménologie de l’esprit, œuvre qui se veut l’histoire du développement progressif de la conscience s’élevant de la sensation jusqu'à la raison universelle ou encore le savoir absolu. Il se place dans le cadre idéaliste d’une réalisation progressive de l’Esprit au travers de l’histoire humaine.

On utilise parfois le terme phénoménologique pour dire qu’il s’agit d’une approche qui se veut simplement empirique et descriptive, au plus près des faits, mais qui n'est pas objectivante car dans ce cas on parlerait d'enquête, ou d'étude clinique, ou d'expérimentation.  

Le phénoménologue part de son expérience quotidienne, il scrute les apparences et n’affirme qu’une chose : l’existence de certaines apparences qu'il peut décrire. Il se pose comme le peintre de notre pensée et de notre vie. C’est avec Edmund Husserl que le terme prend le sens actuel d’une doctrine philosophique fondée sur la méthode phénoménologique. Par cette méthode, la pensée se tourne vers l’essence de ce qui se manifeste. « Toute intuition donatrice originaire est une source de droit pour la connaissance ; tout ce qui s’offre à nous dans l’intuition de façon originaire (dans sa réalité corporelle pour ainsi dire) doit être simplement reçu pour ce qu’il se donne, mais sans non plus outrepasser les limites dans lesquelles il se donne alors » (Husserl E., Idées directrices pour une phénoménologie, Gallimard, 1950, p.78).

Par opposition à la métaphysique traditionnelle qui pense le monde a priori à partir d’idées, il s’agit de retourner aux « choses mêmes » et d’accéder aux essences par l’intuition, à l’occasion d’exemples singuliers. La méthode phénoménologique postule une continuité entre le vécu et le réel alors que le passage par une réalité objectivée est nécessaire. Supposer que des « choses mêmes » soient présentes là, d’évidence, c’est en rester à un réalisme naïf. Supposer qu’une saisie empirique ordinaire subjective des choses, associée à un procédé de « réduction eidétique » puisse nous renseigner sur les essences est une illusion.

La saisie immédiate des phénomènes, l'intuition, nous montre une réalité déformée et fictive et constituent un obstacle épistémologique. C’est ce que nous montrent aussi bien la critique kantienne que l’épistémologie génétique de Jean Piaget ou encore l’épistémologie Bachelardienne. La volonté de saisir le réel assimilé à des significations idéales par la puissance de la pensée enferme dans une subjectivité close. C’est ramener le Monde à soi, en faire son monde. Aller vers l’objectivité demande de faire abnégation de ses prétentions à connaître immédiatement et intuitivement.