Nature (définition)

 

Généralement, on désigne par Nature l’environnement terrestre de l’Homme avec lequel il entre en interaction. De nos jours, compte tenu des modifications massives apportées par la civilisation, il s’agit plutôt d’un environnement terrestre peu modifié. Mais dans cet aspect empirique et pratique, auquel nous nous imiterons, le terme Nature cumule plusieurs autres couches de significations.

La seconde couche est animiste et métaphysique. La Nature serait une entité globale, dotée d’une puissance, d’une volonté (bonne ou mauvaise). C’est la Mère-nature, ou une nature peuplée d’Esprits, de Dieux, de Forces occultes. Avec les monothéismes, la Nature est devenue une création divine dans laquelle Dieu a placé l’homme. Elle serait fixe, créée à un moment donné et une fois pour toute.

La conception affective et animiste de la Nature nourrit la littérature et la poésie. Mais, à ce titre, la Nature peut être aussi bien aimée et admirée pour son enchantement ou sa beauté que détestée, au titre de la cruauté de la prédation incessante sur laquelle elle repose.

Au début du XVIIe siècle, l'idée de « nature » prend une signification nouvelle, apportant une troisième couche. Le terme évoque la partie du monde à considérer indépendamment de la théologie, car échappant au surnaturel. Cela correspond à l’Univers : la partie du monde connue et régie par une détermination autonome qui serait connaissable par les sciences de la Nature.

Les problèmes engendrés par l’idée d’une entité naturelle sont divers.

La relation entre la Nature, Monde et Univers conduit à des bizarreries. S'ils sont distincts, il y a dans le Monde un reste non naturel et mystérieux et, s'ils sont identiques, l'utilité d'appeler le Monde et l’Univers « Nature » est discutable. La naturalisation du Monde, par le naturalisme, tente de surmonter ces oppositions, mais gomme ou minimise des différences fondamentales : entre la socio-techno-culture humaine et l'environnement vivant (non modifié et en équilibre), et entre le vivant et l'inerte (géologique, astronomique).

La relation entre l’Homme et la Nature est aussi source de problèmes.

Par rapport à l'Homme, la critique de l’idée de Nature a été faite au XIXe siècle, par John-Stuart Mill. Soit elle inclut les humains et leurs activités, soit la nature est à part et ils en sont exclus. Dans le premier cas, les hommes vivent spontanément de façon naturelle et la distinction des deux est sans objet et, dans le second cas, il est impossible pour les humains de vouloir suivre un ordre naturel dont ils sont par définition exclus. On voit la difficulté produite par la notion.

S’ils ne sont pas séparés, la distinction entre culture et Nature, entre technique et environnement, entre industrie et écosystème, n’est pas pertinente. Pourtant, il est utile de distinguer ce qui se passe en dehors des actions humaines (les écosystèmes en équilibre) et des activités humaines (culturelles, sociales, techniques, industrielles).

S’ils sont radicalement séparés, il s’ensuit des oppositions dichotomisantes entre sauvagerie/civilisation, brut /transformé, chose/esprit, animal/humain, monde concret/monde surnaturel, etc. Cela peut conduire à une exploitation de la Nature, à vouloir se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Cet asservissement de la Nature n’est pas dommageable si la Nature est infinie et immuable. Or, l’expérience nous montre que les écosystèmes terrestres ne sont pas immuables.

Dans le langage courant, on peut employer le terme de nature pour désigner les espaces environnementaux peu modifiés par l’activité humaine, sans trop de confusion. Le philosophe sera par contre plus prudent et évitera le terme de Nature dans ses acceptions métaphysiques, animistes et globalisantes. Il lui préférera les concepts d'environnement et d'écosystèmes.

Pour ce qui est des enjeux ontologiques et métaphysiques, voir l'opposition nature-culture.

 


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