Vrai - Vérité (définitions)

 

Nous laisserons de côté la "Vérité" comme révélation magico-religieuse et comme parole d’autorité, l’une et l’autre produisant des affirmations auxquelles on doit croire (alètheia). Abandonnant la vérité par croyance, nous retiendrons seulement la vérité au sens moderne, c'est-à-dire par démonstration. Dans ce dernier cas, la question du vrai se pose différemment selon les circonstances : elle n’est pas la même au quotidien ou pour la connaissance.

Au quotidien, une proposition concernant un fait concret peut, grâce à l’expérience ordinaire, être déclarée vraie ou fausse. Il suffit de constater le fait allégué. Une proposition psychologique est moins facilement vérifiable, mais, par un effort d’analyse réflexive, on peut se rapprocher du vrai. Dans ces deux cas, le problème de la vérité se pose par rapport à un savoir suffisant concernant ce qui est affirmé et/ou par rapport à un mensonge éventuel du locuteur.

Dans le domaine politique, la vérité consiste à dire ce que l'on sait, "dire vrai" identifié comme parrêsia, qui concerne le discours public ou le dialogue interindividuel. Ce "dire vrai" s'oppose à la tromperie idéologique ou au "dire rien" de la langue de bois.

En ce qui concerne la connaissance, la vérité a d’autres conditions. Elle demande une démonstration qui se fait sur le plan théorique et sur le plan empirique. La démonstration théorique doit être rationnelle et la constatation empirique doit suivre une méthode contrôlée. En ce sens, la vérité tend vers l’universalité, c’est-à-dire d’être partageable par tout humain possédant les capacités nécessaires.

De la nécessité de démonstration, il s’ensuit qu’on ne peut pas prétendre à des vérités éternelles absolues, mais seulement des vérités qui dépendent des possibilités contemporaines de la connaissance. La vérité démontrée est relative à la connaissance telle qu’elle existe à un moment donné.

La recherche de la vérité se construit sur l’opposition d’avec le faux et, dans son cheminement, elle est amenée à des choix binaires. Cependant, dans ses résultats, cette recherche du vrai n’aboutit pas à des affirmations univoques sur le Monde. Dans bien des cas, la vérité est nuancée.

Certaines propositions sont inaccessibles à la vérification parce que leur sens est flou, paradoxal, ou qu'elles participent d'une dimension fictive ou métaphysique. "L'actuel roi de France est chauve", exemple donné par Bertrand Russell, n’est ni vrai ni faux, car l'actuel roi de France n'existe pas, si bien que l'énoncé ne peut être validé, ni de manière démonstrative, ni empiriquement. C’est une fiction.

La vérité est cruciale pour la science et la philosophie, car une proposition invérifiable peut être remplacée indifféremment par toute autre ; elle rentre dans la catégorie des fictions ou des opinions. Par contraste, la démonstration du vrai rend la proposition partageable par tous (universalisable).

Dans les sciences, la relativité du savoir eu égard aux possibilités de la connaissance tend à faire parler de vérisimilitude plutôt que de vérité.

 

 


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