Idéologie (définition)

 

Pour Ludwig Feuerbach, auteur de l'Essence du christianisme, l'idéologie est l'ensemble, plus ou moins cohérent, de représentations, de valeurs et de principes moraux que génère une société. Elle apporte un réconfort aux hommes déchirés par les difficultés de la vie. Au travers de leur idéologie, les individus traduisent involontairement leur condition sociale et leurs aspirations. De plus, une idéologie n'est pas neutre politiquement, elle poursuit un but, même si elle prétend le contraire, qui correspond à la défense des intérêts du groupe social.

L'idéologie peut se définir comme l'ensemble des opinions partagées par un groupe social, opinions qui ont des effets collectifs au-delà de la sphère privée. L'idéologie est liée aux nécessités inhérentes à l’action collective. Elle est véhiculée et fréquemment réitérée par les membres du groupe, ce qui influence son contenu (qui se simplifie) et sa forme rhétorique (qui se fige au fil du temps). L'idéologie véhicule un ensemble de croyances adossées à des intérêts. Elle n'est pas neutre, ni socialement, ni politiquement.

Elle est toujours floue et ne constitue pas une doctrine bien définie et circonscrite. Elle véhicule à la fois des valeurs, mais aussi des leurres. En cela, l'idéologie est trompeuse, elle s'oppose la vérité comme parrêsia. Ce n'est pas un discours qui a pour critère la vérité démonstrative ; elle veut imposer une vision de la société, normer les conduites, produire des effets sociaux. Elle est souvent appuyée sur une métaphysique dans laquelle elle trouve des justifications.

L'idéologie est toujours affectisée, elle est portée par l'émotion et s'accompagne souvent de violence pour s'imposer.

L’idéologie a toujours plus ou moins un rôle de tromperie. Elle met en avant un idéal valorisé pour cacher une pratique toute différente, liée aux intérêts économiques ou politiques d'un groupe social. Un peuple peut adhérer à une idéologie contraire à ses intérêts. En cela, l'idéologie est dangereuse, comme l'a bien montré l'histoire du XXe siècle au cours duquel les idéologies triomphantes ont conduit à des massacres de masse.

Nous vivons dans un océan idéologique au sein duquel, selon les pays et les époques, des dominantes se créent. Il est du devoir du philosophe d'apporter une distance critique par rapport à l'idéologie du point de vue du contenu, mais aussi et surtout vis-à-vis de sa fonction de transformation leurrante de la réalité.

 

Note : Le terme idéologie a été employé à la fin du XVIIIe et au début XIXe pour désigner un courant philosophique d'inspiration sensualiste (Destutt de Tracy, Maine de Biran, Georges Cabanis) qui n'a rien à voir avec le sens adopté ici. Cabanis prétendait promouvoir une connaissance de la formation des idées, d'où le nom idéologie.

 


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