Épidémie de Covid-19 : savoir et politique (3)

Troisième période : de début mai à début juin 2020

 

Clathrine

Cet article est le troisième et dernier d'une série consacrée à l'épidémie de Covid-19. C'est une chronique faite au fil du temps qui s'intéresse au savoir scientifique et médical et à ses effets sur les actions de santé publique, ainsi qu'aux conséquences politiques de l'épidémie. Nous nous limitons, sur ce dernier point, à la France et à l'Europe, faute d’informations directes sur les autres pays.

 

 

 

Pour citer cet article :

JUIGNET, Patrick. Épidémie de Covid-19 : savoir et politique (3). Philosophie, Science et Société. 13 mai 2020. URL : https://philosciences.com/covid-19-savoir-politique-deconfinement.

 

Plan :


  1. Déconfinement et décrue de l'épidémie
  2. L'Europe face à la pandémie et à la crise économique
  3. Le savoir médical et scientifique avance à petits pas
  4. Le monde d'après ?
  5. Science et politique

 

Texte intégral :

1. Déconfinement et décrue de l'épidémie

La décrue de l'épidémie s’amorce dans toute l'Europe en ce début mai 2020. En France, le nombre de cas confirmés, d'entrées à l'hôpital et d'admissions en réanimation baisse régulièrement. Plusieurs pays européens ont commencé à déconfiner et la France s'y prépare, non sans polémiques et controverses. À l'Assemblée Nationale, la politique politicienne de critique systématique et de procès d'intention suit son cours. Même pour une cause majeure comme celle de la santé publique, aucune coopération entre opposition et majorité ne se fait jour.

11 mai 2020 : le déconfinement a commencé en France. L'état d'urgence sanitaire déclaré le 23 mars 2020 est cependant prorogé jusqu'au 10 juillet 2020 inclus. Pour éviter les abus, dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, les prix de vente des gels et solutions hydro-alcooliques (GHA et SHA) et des masques chirurgicaux restent encadrés. La stratégie est d’identifier, de tester, puis d’isoler les personnes testées positives au SARS-CoV-2 afin de casser le plus rapidement possible les chaînes de transmission.

Le projet de loi d’urgence sanitaire prévoit la création d’un système d’information permettant de recenser les personnes infectées par le Coronavirus ou susceptibles de l’être, et les personnes ayant été en contact avec elles. Sur ce point, l’Ordre des Médecins demande au gouvernement de faire en sorte de respecter le secret médical. Le procédé fait débat.

Au 25 mai, l’Ordre des médecins, garant du secret médical, se déclare satisfait des garanties données par le gouvernement et des avancées apportées par le débat parlementaire au projet de loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire. Dans ces conditions, il s’inscrit aujourd’hui en soutien des dispositifs qu’il instaure, notamment concernant la détection et l’isolement en milieu familial des malades et de leurs contacts.

À ce stade, l'action en santé publique en France est conforme au savoir acquis sur l'épidémie.

2. L'Europe face à la pandémie et à la crise économique

La réponse à la pandémie des pays européens s'est faite en ordre dispersé. Une entraide sanitaire limitée a cependant eu lieu. Maintenant, à la mi-mai 2020, se pose le problème de l'entraide économique. Il est à craindre que ce soit pareil.

Le coup d'éclat de la Cours Constitutionnelle Allemande

Sur le plan économique, un nouveau rebondissement avec l’arrêt de la Cours Constitutionnelle Allemande. En pleine pandémie, au moment où certains gouvernants promettent que « rien ne sera comme avant » et qu’il y aura « un monde d’après », la Cour Constitutionnelle Allemande condamne la politique monétaire de la BCE qui aide des États en rachetant leurs dettes publiques.

C’est une conséquence du dogme allemand sur la monnaie (voir Note 1). Mais cette décision est aussi la conséquence d'un égoïsme national dès qu’il s’agit d’entraide. Il se joue aussi l’opposition entre deux visions politiques : l’une selon laquelle, face à la mondialisation, l’union (européenne) fait la force et l’autre qui suppose que des États isolés et concurrents peuvent s’en tirer seuls. Au final, c’est une question de philosophie politique : l’entraide dans une situation difficile, grâce à la puissance d’une institution commune, vaut-elle mieux que des dogmes économiques et l’intérêt de tel ou tel pays ?

La réaction des partisans de l'Union européenne

Après la charge de la Cour constitutionnelle allemande contre la BCE, la chancelière Angela Merkel a pris le parti de l'UE mercredi. Devant le Bundestag, elle a plaidé pour une plus grande « intégration » économique et politique de la zone euro. Elle a décidé de

« faire davantage en matière de politique économique, afin de faire progresser l’intégration. Nous allons à coup sûr nous pencher sur cette question en lien avec ce qu’on appelle le "fonds de relance", car il en va ici de la solidarité européenne et plus la réponse européenne dans ce cadre sera forte, plus la BCE pourra travailler dans un cadre sûr» (sous-entendu sans avoir à intervenir sur le marché des dettes publiques, ce qui calmera Karlsruhe) ... « Nous ne devons pas oublier ce que Jacques Delors disait avant l’introduction de l’euro : il faut une union politique, une union monétaire ne suffira pas. »

Devant la menace sur l'Euro, créée par la décision de la Cour Constitutionnelle, Angela Merkel a pris position pour la solidarité et pour l'Union. Il ne faut pas oublier les réussites en ce domaine. Le soutien social important, tout particulièrement en France, le Mécanisme européen de stabilité de 240 milliards d’euros de prêts fournis aux États mettant sur pied le mécanisme SURE de 100 milliards d’euros pour soutenir les États membres dans leur indemnisation du chômage partiel et programmant des prêts de la part de la Banque européenne d’investissement, vont porter leurs fruits.

« Les institutions européennes ont repris le flambeau de l’État-Providence forgé et rôdé tout au long de son histoire politique. ... l’Europe aborde la fin du déconfinement sensiblement affaiblie par la pire récession de son histoire, mais pas nécessairement en position défavorable, tant son expérience des plans de sauvetage est longue » (Pascal Bret).

En réponse à l'épidémie de COVID-19 et au besoin urgent de s'attaquer à la crise de santé publique associée, le champ d'application du Fonds de solidarité de l'Union européenne (FSUE) a été étendu pour couvrir les grandes urgences de santé publique.

Ursula von der Leyen (présidente de la Commission européenne depuis 2019) a présenté le mercredi 27 mai un plan de relance qui prévoit une mutualisation d’une partie des dettes et de nouvelles ressources pour le budget de l’UE.

Le patron du groupe pharmaceutique français Sanofi a annoncé mercredi 13 mai que les États-Unis et la Chine seront les premiers à bénéficier d'un éventuel vaccin contre la Covid-19, parce qu'ils ont été les premiers à en financer la recherche. Alors même que Sanofi bénéficie chaque année de dizaines de millions d'euros en Crédit Impôt Recherche. Finalement, le groupe a précisé, via une dépêche Reuters, qu'il est aussi "en contact étroit avec les régulateurs européens pour accélérer l'accès futur des Européens à ce vaccin contre la Covid-19". L'Europe a une certaine influence face aux géants américains et chinois.

L'épidémie ne change pas la politique européenne, elle révèle la lutte en cours : repli sur soi de certains hommes d'État et appel à la solidarité d'autres, comme Merkel et Macron. Les grands mécanismes institutionnels continuent à jouer un rôle efficace.

3. Le savoir médical et scientifique avance à petits pas

Constatations cliniques

Un surpoids important constitue la principale comorbidité en lien avec les formes sévères de Covid-19. L’explication est la suivante. Quand la proportion de gras fournie par l’alimentation augmente trop, les adipocytes sont débordés et ils mettent en place une chaîne de traitement secondaire à caractère potentiellement inflammatoire. Dans la seconde phase de la maladie, la flambée inflammatoire est aggravée par cette inflammation chronique.

Des recherches rétrospectives sur des cas de pneumonies, dont l'étiologie était restée mystérieuse, indiquerait que le début de l'épidémie remonterait en France à novembre ou décembre 2019 (et non en février 2020 comme on le croyait).

Les enfants sont parfois touchés par ce qui semble être une complication de la Covid-19, évoquant une myocardite ou une maladie de Kawasaki, mais de manière extrêmement rare.

Tests et immunité

En ce début mai 2020, les tests sérologiques sont décevants, car ils donnent de nombreux faux positifs et faux négatifs. De plus, comme on ne connaît pas encore parfaitement le déroulement de l'immunité suite à une infection par coronavirus, ils n'aident pas au diagnostic. Il faut donc encore attendre des progrès en ce domaine pour des résultats satisfaisants. Fin mai, un certain nombre ont été homologués.

Mi-mai, il semble acquis que l'immunité soit effective même pour les formes bénignes et légères. Les niveaux d’IgG et IgM sériques s’élèvent rapidement à partir de la deuxième semaine après l’apparition des symptômes et atteignent leur maximum à la deuxième ou troisième semaine. Les IgM diminuent ensuite jusqu’à des niveaux détectables vers la cinquième semaine et disparaissent vers la septième semaine, alors que les IgG diminuent moins rapidement et persistent au-delà de la septième semaine. Des titres élevés d’IgG sont corrélés positivement avec la détection d’anticorps neutralisants. Mais, la persistance de ceux-ci est inconnue, ainsi que la durée de protection qu’ils conféreraient.

Les centaines d'essais cliniques lancés, dans un brouhaha médiatique qui n'a guère incité à la sérénité, n'ont pas donné de résultat. Il n'y a aucun traitement du virus ou de ses conséquences qui ait démontré une efficacité certaine. Les études continuent. La polémique aussi. Après l'invalidation de la chloroquine de nouvelles études sont relancées. Il est quand même consternant que l'on n'arrive pas à avoir un avis sérieux sur la question ! 

Pathogénie

Les pathologies multiples pulmonaires, cardiaques, hépatiques, intestinales, neurologiques, ORL, conjonctivales et cutanées sont dues à une atteinte endothéliale et à la formation de microthromboses. L'activation des cellules endothéliales par le virus provoque vasoconstriction, ischémie, inflammation et coagulation.

Évolution de l'épidémie

En France

Fin mai, la moyenne hebdomadaire de cas détectés est inférieure à 500 par jour et ces cas sont localisés à des clusters localisés (46 clusters décelés depuis le 9 mai). La décrue de l'épidémie est certaine.

Sans surprise, il se confirme que la contamination est massive dans les rassemblements importants au sein de lieux clos. Les conditions de réunion des personnes paraît décisive pour la dynamique de l’épidémie. De tels rassemblements resteront donc interdits afin d'éviter une reprise de la propagation.

Études comparatives entre pays

Cédric Vilani, au regard des statistiques comparées, note que :

« S'il y a bien une chose qui frappe, c'est, caché derrière l'apparent déluge anxiogène des chiffres, ce caractère universel de la courbe de propagation de l'épidémie. Moi-même, j'ai été stupéfait de le voir apparaître si nettement et si visuellement. Que ce soit à Séoul ou à Téhéran, malgré les différences de coutumes, de cultures, de logements, de systèmes médicaux, l'épidémie se propage exactement de la même façon. [...] Si l'immunité collective n'est pas au rendez-vous, et tant qu'un vaccin n'est pas disponible, le contrôle de l'épidémie passe par une diminution du coefficient de reproduction R₀, pour le faire passer de la valeur naturelle (disons 3) à une valeur modifiée, que l'on souhaite maintenir en dessous de 1 (contrôle de l'épidémie) ».

4. Le monde d'après ?

Thème récurrent, l'après fait l'objet de toutes les fantaisies et espérances. Mais chacun voit midi à sa porte.

Une reprise sans changement

Le retentissement économique va être important pour les années à venir. En Europe, la plupart des acteurs économiques demandent au gouvernement un soutien de la reprise, mais sans changement, ni eu égard à l'écologie, ni avec une réorientation utile de l'activité, ni avec une répartition des richesses plus harmonieuse.

L'arrêt du cycle productivisme-consumérisme n'a pas renforcé l'idée de le ralentir et de le maîtriser. Pour certains, l'après sera comme avant avec juste un peu moins d'efforts pour le climat et la pollution (les constructeurs automobiles demandent des subventions et un assouplissement des normes environnementales : le comble du cynisme marchand).

Ceux qui espèrent une amélioration écologique et sociale ne sont pas nécessairement plus nombreux qu'avant l'épidémie. 59 personnalités appellent à un changement d’esprit et de modèle pour que le monde d’après ne soit pas la copie conforme du monde d’hier, appel qui est qualifié de « mots creux » dans Valeurs Actuelles. Un parallèle est à faire ; il en est de l'écologie comme de la pandémie : tant que la catastrophe n'est pas là, on n'y croit pas. Et pourtant, d'évidence :

« Cette crise révèle les fragilités de notre monde, soumis à des risques globaux et croissants, qu’il s’agisse de pandémies ou d’événements liés à la destruction des écosystèmes et au dérèglement climatique. Elle met également en évidence les fragilités économiques, sociales, et politiques, d’un monde basé sur une production intensive, un consumérisme et une mobilité excessifs » (Le temps est venu).

En France, l'offensive contre une éventuelle réforme favorable à l'hôpital a débuté. Les directeurs d’hôpitaux Guy Collet et Gérard Vincent mettent en garde contre ceux qui réclament « de manière irresponsable le retour du budget global et la fin de la tarification à l’activité à l’hôpital ». Ils avertissent qu'il serait « bien naïf de croire que le système de santé échappera demain à toute régulation, notamment financière » dans une tribune du Monde du 23 avril.

La période de confinement a accéléré une évolution en matière de travail : le travail à domicile grâce au numérique. Beaucoup ont apprécié et espèrent conserver ces changements, mais pas tout le monde. Elle a aussi accéléré le succès du vélo qui permet de se déplacer en ville facilement tout en évitant les contacts trop proches. De nombreux maires avaient anticipé cette vogue subite avec des plans cyclables qui sont déjà en voie de réalisation. Mais là aussi, l'hostilité des pro-voiture reste forte. Il faut dire que la transition ne va pas être facile, car les aménagements sont insuffisants et la mise au point de villes adaptées va demander des décennies.

Les relations entre États se tendent

De par le monde, on voit le renforcement d’un étatisme autoritaire, une militarisation qui se poursuit, la surveillance des citoyens qui augmente et une vague de contre-mondialisation qui ne remet pas en cause le néolibéralisme de la majorité de ces États, mais accentue les rivalités.

Comme nous l'avons vu plus haut, l'attitude du groupe français Sanofi met en lumière ce que l'on savait déjà, le vaccin contre la Covid-19 est un enjeu de guerre commerciale et de lutte entre États. Ce qui fait penser que le monde d'après sera comme celui d'avant. Cet affrontement entre États, malgré les désastres des guerres mondiales qu'il a engendré, se poursuit et est exacerbé par les politiques nationalistes.

5. Science et politique

Une interface utile

Cédric Vilani qui fait partie de L'Office parlementaire scientifique note :

L'Office parlementaire scientifique instruit les dossiers à l'interface entre science et politique, pour aider aux choix des parlementaires. La qualité universellement reconnue de ses rapports, en France comme à l'étranger, n'a jamais été source d'un poids politique et public conséquent, hélas : il en va ainsi de toutes les institutions françaises liées au conseil scientifique.

Comment cette relation va-t-elle évoluer après l'épidémie ? 

Le Président de la République a cité les scientifiques à cinq reprises pour justifier ses décisions dans ses discours des 12 et 16 mars. Ils étaient absents de son discours du 13 avril. La lune de miel serait-elle terminée ? Comment s’articule la relation complexe entre scientifiques et politiciens ? se demande Marius Bertolucci.

Comme le dit très justement Alain Beretz :

La Covid-19 a mis en évidence une forte inadéquation des rapports entre science et politique. Certes, la voix des scientifiques est mieux entendue, notre gouvernement, nos concitoyens ont manifesté de l’écoute, même du respect pour leurs avis. Mais le « discours polyphonique » des chercheurs a aussi engendré des incompréhensions dues à la méconnaissance des processus qui président à la science.

La bonne articulation entre les deux est difficile. Elle ne peut que s'appuyer sur l'articulation des finalités de l'un et de l'autre, une connaissance réciproque, et un respect des domaines de chacun.

Une articulation difficile

Il y a une ignorance des principes de base du débat scientifique de la part des acteurs politiques qui provoque deux difficultés : elle empêche de poser les bonnes questions et provoque l'attente d'une expertise immédiate qui est souvent déçue. Dans le cas de la pandémie de Covid-19, deux problèmes particuliers ont surgit : celui de la différence entre le savoir acquis et la recherche qui est nécessairement tâtonnante. De plus, la médecine est une application pratique des sciences et elle est sujette à des difficultés particulières.

Le politique est là pour diriger et modifier la Société, et la science pour connaître l'Univers de manière neutre (elle ne cherche pas à le changer, elle ne véhicule pas de valeurs). On peut penser que la décision politique doit s'appuyer sur le savoir produit par les scientifiques comme un facteur de décision, dont l'importance est à pondérer en fonction du sujet et des circonstances. C'est probablement cette pondération qui est délicate. Il faut rappeler aussi que l'avancée de la science, son indépendance, l'orientation des recherches, dépendent des politiques menées à son égard. La pertinence des avis scientifiques, à un moment donné, dépend du sort qui aura été réservé précédemment à la recherche scientifique.

Un autre problème, c'est que certains scientifiques sortent de leur rôle pour avoir une influence politico-médiatique. Ils sortent de leur domaine de compétence pour prendre un rôle d'influenceur. La différence entre le citoyen (engagé) et le scientifique (neutre) se brouille. Un scientifique a le droit de s'engager, mais pas de brouiller les pistes. La distinction entre les deux domaines doit rester claire. L'argument scientifique doit l'être vraiment (pas biaisé ni manipulé) et posé comme comme l'un des facteurs de l'engagement citoyen.

Charlatanisme et populisme

Une fois de plus, l'inefficacité de l'hydroxychloroquine ou de la chloroquine a été montrée. Lorsqu'elles sont utilisées seules ou avec un macrolide sur la COVID-19, elles augmentent la mortalité et la fréquence des arythmies ventriculaires (étude The Lancet sur 96 032 patients). Mais un doute touche aussi cette étude. Heureusement, nous avons maintenant l'Artemisia Annua pour continuer à jouer au jeu du gourou !

Le problème n'est pas scientifique, il est humain. Les postulants à savoir mieux et plus que les autres sont légion. Le procédé est de type populiste : moi je sais mieux que la communauté scientifique ; le bon médicament, c'est le vieux remède des familles : l'antipalu que tout le monde à utilisé, la bonne tisane naturelle. Les raisons de la médiatisation outrancière d'un remède incertain sont politico-médiatiques. Il s'agit de se mettre en avant comme sauveur tout en se montrant anti-élite.

Le 24 mai 2020, le HCSP a publié de nouvelles recommandations relative à l'utilisation de l'hydroxychloroquine selon lesquelles l'hydroxychloroquine (seule ou associée à un macrolide) ne doit plus être utilisée dans le traitement COVID-19 en raison du manque d'efficacité et des effets toxiques sur le cœur. Du coup, on voit qu'une autorité politico-administrative responsable doit intervenir pour faire respecter le savoir médical (momentanément) reconnu. Les relations s'inversent par rapport au début où les recommandations étaient peu suivies ; là, le politique s'implique pour les faire appliquer.

Pour Sylvain Chaty :

À l’heure où la nouvelle comète SWAN survole la Terre, impossible de trouver un élixir anti-comète ! Ces remèdes ont pourtant été promus il y a un siècle lors du passage de la comète de Halley. Aujourd’hui, c’est plutôt contre la Covid-19 que l’on trouve des « remèdes miracles ». Entre tisanes d’écorces de quinquina et de racines, garantissant de détruire la Covid-19 en 7 à 16 jours, et dentifrices à base d’argent, permettant de s’en préserver, l’acheteur indécis ne peut qu’hésiter devant une large gamme de produits pseudo-scientifiques.

Tout autour de la science prolifère une nébuleuse de pratiques pseudo-scientifiques et charlatanesques.

Le Gouvernement français semble avoir pris conscience de la situation et dans le "Projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche pour les années 2021 à 2030", on trouve dans l'Exposé des motifs :

À l’heure où la société française est traversée par des courants d’irrationalité et de doutes sur les progrès et les connaissances, le Gouvernement fait le choix d’inverser résolument la tendance, de réarmer notre système public de recherche afin de lui donner les moyens de relever les défis scientifiques d’aujourd’hui et de demain et d’inciter nos étudiants à faire le choix de l’entrée dans la carrière scientifique.

 La manière dont le politique traite les scientifiques (le crédit qu'il leur porte et les crédits qu'il leur accorde) a une influence sur le développement de courants d’irrationalité et de doute en la science dans la population.

Conclusion : trop peu de changement

On constate une oscillation du pouvoir politique entre ignorance et respect pour le savoir médical et scientifique. Il y a cependant une différence nette entre les populistes irresponsables et démagogues et ceux qui prennent des décisions impopulaires, mais qui sauvent des vies en tenant compte des avis scientifiques les plus sérieusement étayés.

L'omniprésence du charlatanisme et des croyances irrationnelles de toutes sortes montre l'ignorance de la population, mais aussi sa méfiance des élites. C'est un échec de l'éducation scolaire concernant ce qui caractérise la science et la rationalité. C'est aussi dû à la critique et au ressentiment contre les « experts », qui ne se montrent pas toujours fiables ou parfois malhonnêtes.  

Sur le plan international, la pandémie n'a fait que révéler l'affrontement des puissances concurrentes et, en Europe, la division entre ceux qui croient que l'union fait la force et les nationalistes misant sur des états concurrents. L'union a fait un pas avec la mutualisation des dettes.

Sur le plan économique, les mêmes forces sont à l'œuvre. On aspire à la « reprise », mais sans interrogation sur la finalité de cette reprise. Ne pourrait-elle pas être orientée afin d'améliorer prioritairement ce qui est humainement et socialement utile : la santé, l'alimentation, la préservation de l'environnement, l'éducation, la recherche scientifique, l’apaisement social ?

Les petites avancées en matière de préservation de l'environnement font déjà l'objet d'une lutte de la part des lobbys du plastique, du transport aérien, de l'automobile, du tourisme, ce qui me fait répéter ici qu'il en est de l'écologie comme de la pandémie : tant que la catastrophe n'est pas là, on reste dans le déni et on fait comme si de rien de n'était.

 

Fin du cycle Covid 19 - Merci à ceux qui l'ont suivi

 

Articles précédents :      Épidémie de Covid-19 : savoir et politique (1)

Épidémie de Covid-19 : savoir et politique (2)

 

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Note 1 : La « doctrine monétariste » allemande est stricte. On la nomme « ordolibéralisme ». Elle est attachée à l’indépendance de la Banque centrale tout comme n’importe quelle autre variante du monétarisme, mais elle vise la stabilité des prix dans le cadre d’une doctrine purement anti-inflationniste et rejette toute forme d’intervention monétaire dans les affaires économiques. Cette idée de séparer monnaie et économie est critiquée, entre autre, par l’école Keynésienne.

Note 2 : Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, est un organe d’information commun à l’Assemblée nationale et au Sénat. Composé de 18 députés et 18 sénateurs, il a pour mission, aux termes de la loi, « d’informer le Parlement des conséquences des choix de caractère scientifique et technologique afin, notamment, d’éclairer ses décisions ». Il permet ainsi au Parlement de disposer d’une expertise pour éclairer des choix politiques de long terme.

 

Webographie:

Appel collectif. In : LeTempsEstVenu. Disponible à l'adresse :  http://letempsestvenu.org/les-soutiens

ALTARE, Frédéric. L’obésité, facteur très aggravant du Covid-19. The Conversation. 6 mai 2020. https://theconversation.com/conversation-avec-frederic-altare-lobesite-facteur-tres-aggravant-du-covid-19-137920

BAUMELOU, Alain. L’endothélite : clé de l’atteinte multiviscérale du SARS-CoV-2 ? Vidal News. 29 Mai 2020. Disponible à l'adresse : https://www.vidal.fr/actualites/25040/l_endothelite_cle_de_l_atteinte_multiviscerale_du_sars_cov_2/?cid=eml_000986

BERETZ, Alain. Le conseiller scientifique, chaînon manquant, mais pas suffisant entre expertise et décideurs. The conversation. 7 juin 2020. https://theconversation.com/le-conseiller-scientifique-chainon-manquant-mais-pas-suffisant-entre-expertise-et-decideurs-138999

BERTOLUCCI, Marius. Le coronavirus est-il moral ? Savant et politique face à la pandémie. In : The conversation. 15 avril 2020.  https://theconversation.com/le-coronavirus-est-il-moral-savant-et-politique-face-a-la-pandemie-136309

BRET, Cyrille. Penser l’après : des forts plus forts dans un monde affaibli. The Conversation.15 mai 2020. Disponible à l'adresse : https://theconversation.com/penser-lapres-des-forts-plus-forts-dans-un-monde-affaibli-138745

CANNASSE, Serge. COVID-19 : Places respectives des tests virologiques et sérologiques. Actualités Médicales. 12 mai 2020. https://www.univadis.fr/viewarticle/covid-19-places-respectives-des-tests-virologiques-et-serologiques-720054

CHATY, Sylvain. La folle histoire des remèdes anti-comètes.

HÉRAN, Frédéric. Le vélo, ce mode de déplacement super résilient. The Convesation. 12 mai 2020. https://theconversation.com/le-velo-ce-mode-de-deplacement-super-resilient-138039 

 HCSP . Nouvelles recommandations relative à l'utilisation de l'hydroxychloroquine

VILANI, Cédric. De la difficile équation entre science et politique. The Conversation. De la difficile équation entre science et politique. 18 mai 2020. https://theconversation.com/de-la-difficile-equation-entre-science-et-politique-138272

OPECST. Disponible à l'adresse :  http://www2.assemblee-nationale.fr/15/les-delegations-comite-et-office-parlementaire/office-parlementaire-d-evaluation-des-choix-scientifiques-et-technologiques

 Hydroxychloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19: a multinational registry analysis.  The Lancet. 22 mai 2020. Disponible à l'adresse :  https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31180-6/fulltext

Collectif AFP. Fin de partie pour l'étude controversée du Lancet doutant de l'hydroxychloroquine. Actualités AFP. 5 juin 2020. Disponible à l'adresse : : https://www.afp.com/fr/infos/334/fin-de-partie-pour-letude-controversee-du-lancet-doutant-de-lhydroxychloroquine-doc-1sv44o3

Santé publique France. COVID-19 : point épidémiologique hebdomadaire du 21 mai 2020.