Les passions narcissiques

 

Il existe des conduites humaines violentes et irrépressibles, passionnelles, que l’on peut rapporter à un amour de soi exacerbé, mais également à une incertitude quant à sa propre valeur et à son identité. C'est ce qui explique qu'on puisse les regrouper par rapport au narcissisme.

There are violent and irrepressible, passionate human behaviors that can be linked to an exacerbated self-love, but also to an uncertainty about one's own value and identity. This explains why we can group them together in relation to narcissism.

 

Pour citer cet article :

Juignet Patrick. Les passions narcissiques. Philosophie, science et société. 2023. https://philosciences.com/660.

 

Plan :


  • Introduction
  • 1. Narcisse chez les anciens et les modernes
  • 2. Le narcissisme selon nos contemporains
  • 3. Un abord descriptif des passions narcissiques
  • Conclusion

 

Texte intégral :

Introduction

Les deux visages de Narcisse

Le mythe de Narcisse apparaît en littérature sous la plume d'Ovide. Dans Les Métamorphoses, nous apprenons que Narcisse est affligé d'une malédiction : il ne doit pas se regarder. Poussé par la soif, il voit son reflet dans l'eau d'une source et en tombe amoureux au point de se laisser mourir.

L'amour et la sexualité sont des préoccupations de la société romaine de l'époque d'Ovide, au début de notre ère. La mythologie offre une manière de les penser. Cette version, la plus connue du mythe, a trait à ce que Platon avait déjà évoqué avec le mythe des androgynes : le jeu du même et de l'autre et le rapport de fascination amoureuse qui naît en découvrant un autre identique à soi. On le voit apparaître dans une figuration étonnante chez Ovide, puisque la première expérience amoureuse de Narcisse se fait avec la nymphe Écho ! « Y a-t-il quelqu'un près de moi ? » demande Narcisse, « Moi », répond la nymphe 1. La recherche du même est aussi explicite chez Pausanias, auteur moins connu qu'Ovide et un peu plus tardif. Selon cet auteur, Narcisse, pour se consoler de la mort de sa sœur jumelle, passe son temps à se contempler dans l'eau d'une source. Dans ce cas, c'est la fascination pour l’identique/différent à soi qui conduit Narcisse à la mort. L'autre personne, de sexe différent, mais identique à soi-même provoque une fascination mortifère.

Ce type de relation en miroir entre soi et l'autre abolit la différence tout en la conservant. Il se produit un jeu subjectif entre le différent et l’identique qui produit un miroitement fascinant. Cela se traduit par un intérêt excessif pour soi, une orientation sexuelle et un choix de genre ambigus (homosexualité, travestisme, androgynie, transgenre, etc.), permettant d’être à la fois l’un et l’autre sexe. Mais il y a un tout autre aspect du narcissisme, celui qui tient aux incertitudes sur l’identité et l’estime de soi.

L’autre visage du narcissisme vient des défaillances quant à l’identité et l’estime de soi. Les mécanismes de compensation de ces défaillances font apparaître une tout autre face de Narcisse. Dans ce cas, le miroir ne renvoie pas l'image fascinante d'un bel androgyne, mais celle d’un visage marqué par le vide dépressif, l'usage du vin, les toxiques, ou encore un visage prétentieux, bouffi par l'orgueil et l'ostentation.

Un abord philosophique du problème

Le narcissisme a une dimension anthropologique et sociale majeure. Il produit ce que l'on pourrait appeler les « passions narcissiques ». Ces passions provoquent une surestimation de soi et entraînent le sujet dans les spirales d’une quête sans fin : conquête de gloire, appétit de pouvoir, avidité de reconnaissance, volonté de maîtrise, soif de prestige, ostentation et mégalomanie. Ces traits caractériels sont des attitudes humaines qui ont de tout temps étonné et indigné les moralistes, à divers degrés. Elles ont souvent été rattachées par la philosophie à deux passions : celle du pouvoir ou libido dominandi et celle du paraître ou vanité.

À ces tendances repérées depuis longtemps, il faut en ajouter d'autres. Les passions narcissiques ne se limitent pas au pouvoir et au paraître. Elles prennent d'autres formes : celles que la modernité a repérées sous le terme d'addiction. Les addictions toxicomaniaques sont les plus connues et concernent principalement l'alcool et les drogues. C'est alors Bacchus que l'on découvre dans le miroir de Narcisse. À côté de ces pratiques imposant l'ingestion d'un produit, il en existe d'autres tout aussi caractéristiques comme le jeu (casino, courses) ou les comportements à risques médiatisés que notre civilisation affectionne de plus en plus (sports dangereux ou extrêmes). Nous les appellerons conduites grandioses, car ces pratiques visent toutes à l'obtention d'un moment de supériorité éclatante. La délinquance peut aussi en faire partie puisqu'elle permet d'associer risque et vedettariat au moins dans certains milieux sociaux. Ces manières de vivre correspondent à une quête permanente de valorisations et de triomphes dont la personne ne peut se passer.

Ces conduites peuvent être qualifiées de passions narcissiques, car elles entraînent le sujet dans un destin qu'il poursuit avec violence tout en en ignorant la cause profonde. Elles révèlent un envers qui est le vide, le manque, l'incertitude, qui en constituent le négatif. Ces passions narcissiques peuvent être qualifiées d'assujettissement, car elles sont toutes compulsives et répétitives. Elles donnent au sujet un suzerain impérieux auquel il se soumet tout en le méconnaissant : sa propre faille narcissique.

1. Narcisse chez les anciens et les modernes

Aux origines

Platon dans la république stigmatise l’ambition et la tyrannie, mais, dans l’ensemble, la morale antique s’est assez peu préoccupée des excès dus à l’orgueil. Rome qui a inventé les « triomphes » était plutôt encline à valoriser la surestimation de soi. Les stoïciens, pourtant engagés dans une lutte acharnée contre les maux humains, se sont peu appesantis sur le narcissisme. Ils étaient surtout à la recherche d’une morale qui lie l’homme à l’univers et l’ostentation dans la cité n’était pas un problème. Tardivement, Marc-Aurèle note, de manière un peu marginale, « Je suis étonné de voir combien chacun s’aime lui-même plus que tout et pourtant tienne moins compte de son propre jugement sur lui-même que de celui des autres »1. Il est, en effet, étonnant de constater que l’amour-propre, pourtant si puissant, soit parfois si variable et si accroché à l’opinion d’autrui. C’est la fragilité de l’estime de soi et sa dépendance vis-à-vis du regard des autres qui est noté là.

Y a-t-il, avec l’ère chrétienne l’apparition d’une préoccupation concernant les effets néfastes de l’exacerbation narcissique ? La pensée chrétienne avec les épîtres de Paul développe une morale qui combat la prétention individuelle. C’est autour du thème de la vanité qu’est traité l’aspect correspondant aux méfaits du narcissisme. Dans les épîtres (aux Romains, aux Corinthiens), Paul, quoique de manière assez marginale, fustige ceux qui « sont enflés d’orgueil » 2. Cette attitude critique rentre dans le registre général de l’indifférence aux appétits terrestres et à la condition sociale par rapport au salut. Il ne faut pas se glorifier des avantages terrestres. « De moi-même, je ne me glorifierai pas, sinon de mes infirmités » 3.

On retrouve les mêmes thèmes chez Plotin (IIIᵉ siècle) et Augustin (Vᵉ siècle). Augustin fait de la passion de la domination un vice qui porte à rechercher la supériorité et les honneurs. Mais les passions sont prises dans l’opposition entre cité terrestre et cité divine ce qui nuit à la finesse de l’analyse. Pour lui, la passion de la domination et la passion des biens matériels se rejoignent et participent du même amour de soi et du mépris des autres. L’amour de soi s’oppose à l’amour de Dieu : « Deux amours ont donc fait deux cités » 4 et seule la cité céleste compte. Les trois grandes passions humaines reconnues par Augustin, domination, cupidité, sensualité, se lient entre elles pour causer violence, malheur et destruction dans la vie terrestre.

La chrétienté a fait de la vanité et de l’orgueil des péchés, car ils détournent du vrai bien qui est la recherche du salut céleste. L’opposition entre temporel et spirituel ou entre vie terrestre et vie céleste sous-tend l’approche morale. La vanité a été englobée dans l’ensemble des appétits terrestres. C’est à la fois vrai et faux. L’orgueil et l’appétit du pouvoir ne sont pas un amour de la vie terrestre et souvent s’y opposent, car ils aboutissent fréquemment à la mort. Cependant, un tournant est pris par rapport à l’époque romaine dans laquelle la libido dominandi était valorisée et ou les bizarreries de l’estime de soi passaient inaperçues. L’humilité est donnée comme antidote au péché de vanité. Augustin recommande « l’humble piété » face à « l’orgueilleuse tyrannie des démons ». Toutefois, cette opposition ne tient pas compte de la complexité humaine. Derrière l’humilité peut se cacher un orgueil exacerbé, celui de la pureté et de la sainteté. La vanité peut s’emparer tout aussi bien du spirituel que du temporel.

Les moralistes du XVIIe et XVIIIe

Ce sont surtout les moralistes du XVIIe et XVIIIe siècle qui ont remarqué les effets paradoxaux de l’amour-propre. Nous voudrions nous appesantir sur leurs propos, car ils illustrent la thèse selon laquelle l’amour-propre est contraire aux intérêts de la personne. « Nous sommes si présomptueux, que nous voudrions être connus de la terre entière, et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus » 5 écrit Blaise Pascal. Il remarque à cette occasion l’immensité de la vanité la plus commune et la plus ordinaire. Ajoutons que vouloir être universellement connu et passer à la postérité impose des sacrifices peu compatibles avec une vie agréable.

Pascal s’étonne aussi de la recherche du regard de l’autre pour exister. « Nous voulons vivre dans l’idée des autres » écrit-il, ce qui pour lui correspond à nier son être propre. Mais cet être est bien fragile, car l’homme seul et sans affaire « sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide » 6. Selon Pascal, la vanité, l’orgueil, la recherche d’admiration, gâtent tout dès l’enfance et nous aveuglent au point que nous sommes prêts à « perdre la vie avec joie, pourvu que l’on en parle » 7. Voilà bien un ensemble de faits étonnants qui montrent que la poursuite d’un intérêt bien particulier, celui de la gloire, de la distinction et de la valorisation personnelle, coexiste avec des inconvénients majeurs pour la personne.

C’est en termes d’orgueil et d’amour-propre que La Rochefoucauld analyse le problème. Communément répandu, l’orgueil est, selon lui, égal dans tous les hommes. Il a « ses bizarreries », comme les autres passions 8. L’envie d’être admiré côtoie bizarrement celle d’être plaint et « la vanité nous fait faire plus de choses contre notre goût que la raison » 9. L’amour-propre « ne se soucie que d’être et pourvu qu’il soit, il veut bien être son ennemi ». On retrouve chez cet auteur l’idée que l’amour-propre a des effets contradictoires. Il définit cette passion comme l’amour de soi-même et déplore qu’il rende les hommes « idolâtres d’eux-mêmes et tyrans des autres ». Surtout, il remarque « la nuit » qui couvre l’amour-propre, car il agit sans qu’on le sache et de plus masque ses effets lorsqu’ils apparaissent 10.

Dans certaines de ses pièces parmi les plus connues Corneille, nous montre sans nuances des héros courageux, exaltés, glorieux. Omniprésent dans les conduites l’orgueil est absent du discours. Il y est remplacé par « la gloire », non seulement revendiquée, mais érigée en valeur absolue. L’action permettant d’obtenir la gloire se fait dans un déni des motivations, remplacées par le but glorieux érigé comme fin en soi. On retrouve cela dans une des pratiques traditionnelles : le duel. Risquer sa vie pour défendre son honneur est le prototype de la conduite grandiose. Le contraste entre la futilité du motif et la gravité de l’acte montre bien que l’important est ailleurs : il faut laver l’injure et acquérir une valeur publique.

Les relations sociales d’inféodation mélangent curieusement gloire et dépendance. Corneille nous en donne une illustration dans « Cinna ». Auguste au faîte de sa gloire obtient que ses ennemis d’hier mettent leur honneur à le servir. Cinna rappelé à la « vertu » promet de lui consacrer sa foi 11. C’est volontairement qu’il s’assujettit à l’empereur ; il s’en fait une nouvelle gloire. On remarque aussi que chez certains héros cornéliens la volonté et la raison ne servent pas de guide. Elles sont entièrement mises au service du but suprême qui est la gloire.

La Bruyère, quelques décennies plus tard, fait une tout autre analyse de l’héroïsme. Le héros est « d’un seul métier qui est celui de la guerre » ce qui, sous sa plume, n’apparaît pas comme un compliment. Et dans la guerre l’intrépidité du héros n’en fait nullement un « grand homme » ce qui demande prévoyance, capacité et expérience 12. Pour La Bruyère, l’orgueil est une passion « qui fait que, de tout ce qui est au monde, l’on estime que soi ».

Adjoint à « l’ostentation », autre passion, l’orgueil fait se comporter les hommes de manière peu réfléchie. Ainsi « celui qui est couché chez soi dans un palais... vient coucher au Louvre dans un entresol » 13. Ces deux passions réunies conduisent la personne à se comporter d’une manière grotesque et qui n’est guère conforme à ses intérêts. Il nous montre au passage le rapport avec le pouvoir. Pour s’approcher du pouvoir, l’orgueilleux est prêt à sacrifier son confort. L’ostentation mène au mensonge (pour enjoliver la réalité) et la fausse grandeur « rend farouche et inaccessible ». Ces deux manières de se conduire font perdre le bénéfice de prestige escompté par l’orgueilleux, car elles le discréditent et lui causent des désagréments.

Jean-Jacques Rousseau s’est étonné des paradoxes de l’estime de soi : « C’est une des singularités du cœur humain que malgré le penchant qu’ont tous les hommes à juger favorablement d’eux-mêmes, il y a des points sur lesquels ils s’estiment encore plus méprisables qu’ils ne le sont en effet » 14. L’un de ces points concerne la vanité, le prestige, le désir de paraître, ce qu’il appelle la recherche de « distinction ». Dans ce domaine l’estime de soi vacille facilement, au point d’entraîner, pour se rehausser, des conduites fâcheuses, voire la ruine. Rousseau y voit une hiérarchie des passions, celle de la distinction l’emportant sur celle de la richesse et sur l’envie de jouir de ses biens. Cette remarque est intéressante, car elle marque bien l’opposition qu’il y a entre les exigences de grandeur et celle du bien-vivre.

2. Narcissisme selon nos contemporains

Dans La Culture du narcissisme 15, le sociologue américain Christopher Lasch décrit l’individu narcissique comme « superficiellement détendu et tolérant », mais en fait profondément anxieux,  qui vit dans l’instant, ayant perdu la notion d’appartenir à une « succession de générations qui nées dans le passé s’étendent vers le futur ». Ce personnage serait le produit d’un « paternalisme sans père » qui déresponsabilise parents, profs, etc., et qui abandonne finalement les individus à eux-mêmes. Ce personnage décrirait la personnalité de la majorité des individus occidentaux d'aujourd'hui. Selon Christopher Lasch la pathologie dominante de nos jours serait la pré-schizophrènie, et aussi « ces malades dont le cas est indéterminé, présentant non pas des symptômes bien définis, mais un mécontentement diffus, une insatisfaction existentielle vague ». La dominante psychopathologique aujourd’hui se trouverait du côté d’une carence de limites conduisant les sujets à des comportements de type plutôt psychotique.

Quelques années plus tard (1983), le sociologue français Gilles Lipovetsky reprend en partie le diagnostic de Lasch dans L’ère du vide: désinvestissement de la sphère publique, perte de sens des grandes institutions collectives, débouchant à la fois sur une facilitation des rapports humains (tolérance, hédonisme, libération sexuelle, humour). Ce relâchement est assorti de toujours plus de concurrence, de compétition, et d’une montée aux extrêmes (addictions, anarchie alimentaire, etc.). « Avoir des relations interindividuelles sans attachement profond, ne pas se sentir vulnérable, développer son indépendance affective, vivre seul, tel serait le profil de Narcisse ». Selon Lipovetsky, le Narcisse postmoderne est flottant, sans fixation ni repère ; mais tout le monde voit qu’il peut aussi s’incarner dans une personnalité cramponnée à ses verroteries identitaires. Narcisse, c’est l’entrepreneur performant et imbu de lui-même ; mais c’est aussi le travailleur surendetté et dépressif.

Ces analyses ont une trentaine d’années. Ce qui est intéressant, c’est que non seulement elles perdurent, mais qu’elles ont pris une signification politique spécifique. Le livre de Lasch La culture du narcissisme a été réédité en 2006 et une préface approbative a été rédigée par Jean-Claude Michéa.

L'attitude de Dany-Robert Dufour est un peu différente et plus prudente. Pour lui est le néolibéralisme qui, en détruisant un certain nombre des fondements de la sociabilité, a affranchi les individus des valeurs morales limitatrices. Cette idéologie valorise l'égoïsme contre l'altruisme, le profit contre l'honnêteté, l'individualisme contre la vie collective, la compétition contre la coopération, la liberté contre la régulation. Égoïste et narcissique, l’ homo liberalis s'inscrit parfaitement dans la marchandisation générale 16. Pour Pierre Legendre l’État, sous la pression des Marchés et de la technoscience, a abandonné sa fonction anthropologique d’institution du sujet. Aujourd’hui, plus rien ne viendrait « interdire » le fantasme de « l’ego-roi ». Notre civilisation serait celle de la dé-référenciation et de la dés-institutionalisation – et donc, du triomphe de Narcisse.  Cette opinion d'un narcissisme ambiant dans une « société dépressive » est également véhiculée par Elizabeth Roudinesco (2017). Pour Anselme Jappe (2017), le narcissisme, assimilable à un nouveau fétichisme, est un trait caractéristique de la « forme sujet moderne » entendue comme construction culturelle d'un acteur autonome extérieur au contexte social.

Le narcissisme tel que ces auteurs le définissent serait l'association entre individualisme, égoïsme et infantilisme, ce qui impliquerait un laisser aller pulsionnel. Il s’y associerait une perte des repères sociaux et une absence d'assimilation / intériorisation des règles. C’est une façon de voir qui a son intérêt, mais qui manque de précision et par sa tournure purement critique et moralisante restreint le narcissisme une attitude sociale purement négative.

L’idée de personnes qui seraient des « pervers narcissiques » a été brusquement mise en avant par la littérature et les médias vers les années 1980-90. Il s’agit d’un mode relationnel qui se traduit par un irrespect et une manipulation des autres. Les notions de « perversion narcissique » et de « pervers narcissique » ont été largement popularisées, mais sont floues. Elles sont reliées au harcèlement moral décrit par Marie-France Hirigoyen en 1998 17 qui, dans ce cadre, a fait référence aux « pervers narcissiques » et a ainsi divulgué cette notion. Il s'agit, selon nous, de personnalités perverses qui s'attaquent au narcissisme des autres en les rabaissant. 

Il est difficile de comparer les époques et de prétendre que nous serions dans une culture du narcissisme. L'effet de la société contemporaine concerne un aspect plutôt secondaire du narcissisme. L'individualisme, les possibilités d'exhibition largement offertes par les « réseaux sociaux », l'omniprésence de l'image, flattent le narcissisme d’une large part de la population. Nous sommes dans une civilisation qui propose des valorisations consuméristes et vedettariales à une grande partie de la population ; mais n’ont-elles pas été recherchées de tout temps ? Toute cette littérature a une connotation de critique morale liée à un arrière-plan religieux et/ou idéologique, dont nous souhaitons nous départir.

3. Un abord descriptif des passions narcissiques

Nous allons décrire des conduites passionnelles que l’on peut qualifier de « grandioses » car elles visent à obtenir une valorisation intense. Elles peuvent prendre des formes si diverses qu’on ne peut les décrire toutes. Ainsi, comme l’a remarqué ironiquement La Rochefoucault, « on ne saurait compter toutes les espèces de vanités » 18

Le pouvoir

La personne narcissique se nourrit volontiers du pouvoir, car l’ascension politique permet d’avoir un sentiment de puissance et de gloire qui flatte au mieux l’orgueil. Chez certains la quête du pouvoir devient un but permanent. D’une part, elle les occupe sans cesse, d’autre part, en cas de réussite, elle permet une jouissance narcissique, mais avec un risque de perte permanent.

Cette osmose entre narcissisme et politique a des conséquences sur la vie collective que les ambitieux n’hésitent pas à sacrifier au profit de leur valorisation personnelle. C’est ainsi que, lorsque les mécanismes institutionnels ne les en empêchent pas, le tyran entraîne son pays dans les pires aventures pour satisfaire son appétit de grandeur. On retrouve cela, à un moindre degré, dans les aléas de la vie institutionnelle au cours de laquelle on voit souvent le prestige personnel prendre le pas sur l’intérêt général. Dans ces circonstances, les intérêts du Soi supplantent les identifications collectives.

Les phénomènes institutionnels sont très propices à engendrer des perversions narcissiques. Il est surprenant de voir comment les individus changent de conduite selon leur position hiérarchique et comment les principes auxquels ils semblaient attachés (probité, respect d’autrui) tout à coup vacillent sans que cela entraîne le moindre remords. Hauteur et condescendance leur viennent avec le plus grand naturel et sans même qu’ils s’en rendent compte. La naïveté de telles attitudes étonne. On a là typiquement un mépris et une incivilité généralement considérés comme inadmissibles.

Le pouvoir institutionnel peut devenir une passion narcissiques, et ce, d’autant plus, pour ceux qui ont choisi la voie hiérarchique pour combler leur sentiment d’infériorité. Le pouvoir favorise l’exacerbation narcissique qu’elles suscitent. On voit les uns et les autres, dès qu’ils ont gravi les échelons hiérarchiques, plastronner, pontifier, traiter leurs collègues avec désinvolture, hauteur et condescendance, c’est-à-dire se conduire d’une manière que, par ailleurs, ils critiquent et dénoncent. Ce mal est présent dans les institutions politiques et administratives, mais hélas également dans les institutions à vocation humaine, ce qui est dramatique, car la disponibilité, l’authenticité et la profondeur humaine nécessaires à la pratique de ces métiers est alors perdue.

Ces gains en valorisation de soi ont un effet asservissant, car seul celui qui est au sommet de la hiérarchie institutionnelle en profite vraiment. Ce système avait atteint une sorte de paroxysme à la Cour du temps de la royauté absolue. Saint-Simon note dans ses mémoires combien Louis XIV était habile à assujettir ses courtisans en jouant sur leur narcissisme par une alternance de marques de considération et de dédain. « Les espérances que ces petites préférences et ces distinctions faisaient naître, et la considération qui s’en tirait, personne ne fut plus ingénieux que lui à inventer sans cesse ces sortes de choses » 19.

On sait quelle volonté farouche la noblesse mettait à paraître à la cour et quelle superbe en tirait celui qui était distingué par le roi. C’est là exactement ce qui caractérise les passions narcissiques : valorisation et assujettissement associés. Bien en Cours, petits marquis et grands nobles affichaient la même fatuité satisfaite. De nos jours, les choses n’ont que peu changé. Comme le remarque Pierre Bourdieu, on n’a aucun mal à discerner sur le visage des nobles républicains « les signes du mépris, de la distance, de l’indifférence » 20. Les régimes changent, Narcisse reste.

Il n’est pas question de ramener le jeu du pouvoir au seul ressort narcissique. En effet, il sn a bien d’autres causes, tant sur le plan psychologique, mais aussi sur le plan social et économique. Toutefois, la compensation des failles narcissiques y tient une place importante et en explique certains paradoxes.

L’héroïsme

La figure du héros peut nous aider dans l’étude des conduites grandioses. Grâce à son intrépidité le héros conquiert la gloire ; ses exploits lui confèrent une aura de prestige. L’héroïsme qui associe gloire et témérité peut nous éclairer sur les passions narcissiques. De l’Antiquité à nos jours, le héros a beaucoup changé puisque chez les Grecs anciens, il fallait être mort pour devenir un héros. Notre modernité désigne au contraire les héros de leur vivant. Actuellement, chacun peut, à sa manière, être un héros. Les médias vedettarisent en permanence, désignant tel ou tel pour être un « héros » ou un « monstre », que ce soit dans les faits divers ou la chronique sportive.

Il convient de distinguer les conduites qui ne visent qu’au prestige et celles qui sont motivées par un but déclaré. Dans certains cas l’héroïsme est un effort du sujet qui prend le parti d’agir contre son intérêt immédiat au nom d’un intérêt ultérieur ou supérieur. Nous dirions que cet héroïsme-là est l’effet d’un choix. La réalité, la capacité de détour et de synthèse, les identifications collectives y jouent leur rôle. C’est ce que l’on appelle le courage, la fortitudo, qui triomphe de la peur grâce à « une volonté plus forte et plus généreuse » 21.

Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une passion narcissique, mais d’un choix entre les différents enjeux qui conduit la personne à vivre dangereusement afin d’écarter un danger plus grand qui pèse sur lui, sa famille ou sa patrie. Ce n’est pas du tout le cas dans les conduites à risque grandioses qui sont un héroïsme gratuit. L’individu vit dangereusement pour son propre compte, afin de trouver une valorisation, une gloire (à ses yeux et à ceux des autres). Il s’agit d’un héroïsme particulier, qui est une fin en soi.

Parmi les conduites à risque répandues, on peut recenser les jeux d’argent (casino, paris sportifs), les sports dangereux (courses motorisées, spectacles de cascades, engagements dits extrêmes), certaines pratiques ultimes comme la roulette russe. Nous préférons qualifier ces conduites de « grandioses » plutôt que d’héroïques, car elles visent toutes à l’obtention répétitive de moments grandioses qui font vivre au sujet une supériorité intense. Elles ont parfois un aspect de « conduites ordaliques » (jugement de Dieu) selon le beau terme de Charles-Nicolas 22. La délinquance peut aussi entrer dans ce type de conduites puisqu’elle permet d’associer risque et vedettariat.

Ces conduites se caractérisent par l’engagement de l’individu dans des situations dangereuses alors qu’il n’y a pas de nécessité impérieuse à cela. Ces engagements sont répétitifs et apparaissent toujours motivées par le bénéfice de sensations fortes permettant une exaltation de soi. On peut reprendre la définition de Lejoyeux : « La conduite de risque suppose l’existence d’un risque délibérément choisi comme fin en soi, exalté et valorisé, chargé d’excitation et de narcissisme » 23. Toutes les prises de risque ne correspondent pas à une passion narcissique, mais celles qui le sont dans ces conditions en font partie.

L’ordalie, rite judiciaire qui en appelle au jugement de Dieu, condamne à mort ou désigne triomphalement celui qui est lavé de l’accusation. Dans les conduites ordaliques modernes, il s’agit d’un triomphe qui permet de restaurer une estime de soi incertaine. L’ordalie traditionnelle permettait de lever le doute sur la culpabilité ; l’ordalie nouvelle permet de lever le doute sur sa propre valeur. Après l’épreuve, mais pour un temps limité, l'individu, non seulement ne se sent plus inférieur, mais vit une supériorité grandiose. En s’en remettant à Dieu, au hasard ou au destin, la personne dépasse les lois ordinaires et frôle l’absolu. Certaines pratiques très risquées, comme de prendre l’autoroute à contre-sens, constituent des sortes d’ordalies modernes.

Le vedettariat et la séduction

La recherche du vedettariat médiatique peut être aussi considérée comme une passion narcissique. Elle associe la quête permanente de gratifications narcissiques à la recherche de « flash » obtenus grâce à des triomphes médiatiques et des moments d’idolâtrie. La dépendance se manifeste par le fait que le sujet engagé dans cette voie ne peut plus s’en passer. Il ne peut s’arrêter sauf à risquer la dépression et le suicide. La recherche forcenée d’honneur et de distinction rentre dans les conduites grandioses, ce sont des passions narcissiques.

Le don-juanisme et certaines relations hiérarchisées 24 entrent parfois dans le cadre des passions narcissiques. Ces relations se font plus sur le mode de la conquête puis de la dépendance, que sur celui de la satisfaction réelle. Elles s’organisent selon une suite de rapprochements et d’éloignements, de ruptures et réconciliations. Ce sont des relations en accordéon. Ces relations hiérarchisées à un maître prestigieux, un royal suzerain, étaient évidemment à leur apogée dans le « système socio-affectif » 25 de la royauté. D’aucuns tentent de les ressusciter dans leur fief institutionnel contemporain. Il s’agit de maintenir (versus d’être maintenu) dans la dépendance tout en garantissant son prestige (versus le prestige de l’autre).

Le don-juanisme peut se définir comme un besoin permanent de conquêtes. La valorisation obtenue lors de la séduction est rapidement suivie d’un dépit qui conduit le sujet à recommencer. Le nombre d’aventures amoureuses peut être impressionnant. Les donjuans ne se plaignent pas et même souvent se vantent de leurs exploits. C’est volontairement qu’ils se lancent dans de nouvelles conquêtes et ils ne ressentent pas de contraintes. Nulle liberté pourtant dans leur conduite puisqu’ils ne peuvent faire autrement. Être l’élu d’une personne valorisée permet un moment grandiose qui se dissipe rapidement, car la personne n’est pas appréciée pour elle-même ; il faut donc recommencer. On peut parler de passion puisque ce besoin guide la vie du sujet.

Nous n’avons pas encore parlé de la coquetterie, pourtant prise pour modèle du narcissisme par Sigmund Freud, dans notre recensement des passions narcissiques. La coquetterie n’atteint généralement pas le degré d’une passion. Cela tient au fait qu’elle concerne un rapport à soi moins fondamental et qui concerne des qualités esthétiques pour plaire et séduire. La coquetterie peut être associée à une activité physique intense comme le culturisme et ses compétitions, les concours de beauté, la chirurgie esthétique à répétition, etc. Cet ensemble peut alors s’intégrer dans une passion narcissique qui dévore la personne.

Les toxiques

Quelques distinctions sont nécessaires si l'on veut se repérer utilement dans l’ensemble très vaste des addictions ou assuétudes. L’appétence pour des produits psychotropes plus ou moins toxiques est universelle. Cette appétence ou toxicophilie, se traduit par l’envie d’absorber une drogue quelconque. Extrêmement répandue dans l'espèce humaine, la consommation de produits psychotropes prend des formes et trouve des accueils variables selon la société. Elle est plus ou moins encadrée socialement, plus ou moins réprouvée. On parle d’addiction toxicomaniaque lorsqu’une dépendance s’installe. Les addictions dans notre société concernent principalement la nourriture, l'alcool, les médicaments, le tabac, les « drogues » dont la liste s’allonge sans cesse (l'héroïne et dérivés, cocaïne et dérivés, amphétamines, etc). La dépendance correspond au fait de ne pouvoir se passer d’un produit.

Nous ne nous intéresserons ici qu’à un certain type de consommation, celles dont la finalité est d’obtenir des ivresses qui donnent au sujet des moments grandioses pendant lesquels il se sent tout puissant et supérieur au reste de l’humanité. Le produit permet d’obtenir « l’orgueil, ce trésor...., qui nous rend triomphants et semblables aux dieux ! » 26. Mais il sert aussi à éviter le manque, à prévenir le mal. Comme le dit Baudelaire, « Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question » 27. C’est au travers de ces effets-là que la toxicomanie peut être une passion narcissique. Elle vient remplir la vie du sujet et l’émailler de flashs grandioses.

En tant que passion narcissique la toxicomanie s’accompagne presque toujours d’un assujettissement. L’assujettissement se différencie notablement de la dépendance au produit. Il est purement psychologique et assez complexe. L’assujettissement associe son déni. La personne agit compulsivement, mais se déclare pourtant libre et volontaire. Ce sentiment correspond au fait que l’expérience subjective est entièrement captée par la tendance compulsive. D’autre part, l’assujettissement est un lien ambivalent qui mélange attraction et répulsion, envie et dégoût, plaisir et souffrance. La recherche du plaisir particulier et intense toujours présent en arrière-fond de ces conduites fait partie de l’assujettissement 28.

Pour illustrer cela citons un cas extrême. Il existait à ma connaissance un lieu de vente de drogue proche d’une autoroute. En la traversant en courant et sans regarder un jeune homme arrivait à voler de l’héroïne. Outre l’utilité du danger pour arrêter ses poursuivants, il réalisait en risquant la mort une conduite ordalique par laquelle il était absous et devenait un héros. Dans ce cas, les différentes composantes se cumulent : frôler la mort, jouer avec elle et être plus fort qu’elle, transgresser les lois, tenter la chance et devenir un élu, être une vedette et en plus se faire un shoot. Tout est combiné : effet pharmacologique, risque, ordalie, vedettariat.

Les faits divers journalistiques nous apprennent également que les vedettes connues utilisent des toxiques et ne dédaigne pas les conduites à risque y compris délinquantes. Ainsi certains acteurs ou chanteur ou footballeurs professionnels, usent de stupéfiants. Une actrice française de grande notoriété et utilisatrice de cocaïne n’a pas hésité à commettre un vol chez un grand bijoutier parisien. Le milieu du « show-bizz » est grand consommateur de psychotropes divers. Ce n’est pas un hasard si au désir de vedettariat s’ajoute le besoin d’une excitation toxique et le goût du risque : Narcisse y est pour quelque chose !

Pour finir citons Baudelaire qui lie l’alcool, l’opium, la séduction et la mort dans le même « poison » 29:

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D’un luxe miraculeux,...
L’opium agrandit ce qui n’a pas de borne,
Allonge l’illimité,...
Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,...
Qui plonge dans l’oubli mon âme sans remords
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort !

Il est difficile de mieux décrire l’étrange breuvage que parfois distille Narcisse.

Conclusion

L'égoïsme, le souci excessif de soi, l’orgueil, la susceptibilité, la vanité, la recherche d'honneur et de gloire, l’avidité pour le pouvoir et le prestige, le mépris des autres, les conduites à risques ou ordaliques, l'usage de toxiques, ont été de tout temps remarqués par les moralistes et diversement caractérisés. Notre propos en diverge fondamentalement. Distancié, il se veut d’abord descriptif et explicatif. On peut effet considérer ces conduites comme des effets du narcissisme individuel en interaction avec le milieu relationnel direct ou plus largement social.

Ces conduites ont existé de tout temps, ce qui montre que les passions narcissiques ne sont pas une affaire d’époque. Elles ont toujours engendré les mêmes effets nocifs sur le plan de la vie individuelle et collective. L’identité et l’estime de soi sont des piliers de la personnalité humaine. Ils permettent l'autonomie. Leur déséquilibre produit les conduites individuelles et les attitudes sociales que nous avons tenté de décrire. Plus le narcissisme est fragile et plus les recherches de compensations sont importantes. Il est possible de l’expliquer d’un point de vue psychopathologique. C’est le sujet d’un autre article : Le narcissisme.

 

Notes :

1 Marc-Aurèle, « Pensées », Les stoïciens, Gallimard, 1962, p. 1242.

2 Paul, Premier épître aux Corinthiens, chap 5.

3 Paul, Deuxième épître aux Corinthiens, chap 12.

4 Augustin, La Cité de Dieu, Desclée de Brouwer, 1960, livre XIV, p. 28.

5 Pascal, Pensées, Paris, Hachette, 1950, pensée 147.

6 Ibid., pensée 131.

7 Ibid., pensée 153.

8 La Rochefoucault, Maximes, Paris, Garnier-Flammarion, 1977, maximes 35 et 472.

9 Ibid., maxime 467.

10 Ibid.

11 Corneille P., Cinna, Paris, Gallimard, 1994, p. 116

12 La Bruyère, Les caractères, Paris, Librairie générale française, p. 167.

13 La Bruyère, Les caractères, Paris, Librairie générale française, p. 106, 107, 173.

14 Rousseau J. J., Œuvres complètes, t. III, Écrits politiques, Paris, Gallimard, 1975.

15 Lasch Christopher (1979), La Culture du narcissisme, Flammarion, 2006.

16 Dufour D. R., L'individu qui vient... après le libéralisme, Paris, Denoël, 2011.

17 Hirigoyen M.-F., Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien, Paris,  Éditions La Découverte & Syros, 1998.

18 La Rochefoucauld, Maximes, Paris, Garnier-Flammarion, 1977, maxime posthume 6.

19 Saint-Simon, Mémoires, Paris, UGE, IV, 54, p. 112.

20 Bourdieu P., Interview, Télérama, Avril 1993.

21 Comte-Sponville A., Petit traité des grandes vertus, Paris, P.U.F., 1997, p. 66

22 Charles-Nicolas A., « Les conduites ordaliques » in La vie du toxicomane, P.U.F., 1982.

23 Lejoyeux M., Tassain V., Adès, J., « Aspects cliniques et psychopathologiques des conduites de risque », in Neuro-Psy, 8, Fontenay, Editions documentex, 1996.

24 Voir avant sur l’inféodation.

25 Ansart P., Les cliniciens des passions politiques, Paris, Seuil, 1997, p. 135.

26 Baudelaire, Les fleurs du mal, Paris, Librairie Générale Française, 1972, p. 114.

27 Baudelaire, Le spleen de Paris, Paris, Librairie Générale Française, 1972, p. 135.

28 Il existe aussi des addictions toxicomaniaques n’entrent pas dans le cadre des passions narcissiques.

29 Baudelaire, Les fleurs du mal, Paris, Librairie Générale Française, 1972, p. 48.

 

Bibliographie :

Ansart P., Les cliniciens des passions politiques, Paris, Seuil, 1997.

Augustin, (413-426) La Cité de Dieu, Desclée de Brouwer, 1960

Baudelaire, Les fleurs du mal, Paris, Librairie Générale Française, 1972.

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Bourdieu P., Interview, Télérama, Avril 1993.

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La Bruyère, (1688) Les caractères, Paris, Librairie générale française, 2004.

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Pascal B., (1654) Pensées, Paris, Hachette, 1950.

Paul, (55) Premier épître aux Corinthiens.

Paul, (55) Deuxième épître aux Corinthiens.

Pedinielli J-L., Rouan G., Gimenez G., Bertagne P.. Psychopathologie des conduites à risques. Annales Médico-Psychologiques, Revue Psychiatrique, 2005, 163 (1), pp.30 - 36. ff10.1016/j.amp.2004.06.016ff. ffhal-01393333f.

Rousseau J. J., Œuvres complètes, t. III, Écrits politiques, Paris, Gallimard, 1975.

Saint-Simon, (1691-1723 ) Mémoires, Paris, UGE.1960.

 

L'auteur:

Juignet Patrick