Les formes de la personnalité en psychopathologie

 

Juignet Patrick

 

Comment catégoriser les types de personnalité du point de vue psychopathologique ? Quelle méthode employer. Nous en proposons une qui combine la structure psychique, le tableau clinique et l’évolution depuis l'enfance. C’est une méthode synthétique très éloignée des étiquetages parcellisant en troubles ou maladies.

 

Pour citer cet article :

JUIGNET, Patrick. Les formes de la personnalité en psychopathologie. In: Philosophie, science et société [en ligne]. 2018. Disponible à l'adresse : https://philosciences.com/philosophie-et-psychopathologie/psychopathologie-clinique/349-personnalite-psychopathologie.

 

Plan :


  1. Histoire d’une tentative de repérage
  2. Les principes directeurs de la méthode diagnostique
  3. Des convergences comme repères en psychopathologie
  4. Un diagnostic d’orientation vers un type de personnalité
  5. Les personnalités du pôle névrotique
  6. Les personnalités du pôle intermédiaire
  7. Les personnalités du pôle psychotique
  8. Conclusion : un balisage de la psychopathologie relationnelle

Texte intégral :

1. Histoire d’une tentative de repérage

Le terme de psychopathologie apparaît au tournant des XIXe et XXe siècles et nous l’adoptons pour éviter d’avoir à choisir entre les savoirs concurrents que sont la psychiatrie, la psychologie et la psychanalyse.

La prise en compte de la personnalité date du début du XXe siècle et prendra une place croissante sous l’influence de Pierre Janet, mais jamais dominante. Dans le Manuel de psychiatrie de Henri Ey on peut lire :

" Les névroses sont des maladies de la personnalité… caractérisées par un conflit intrapsychique qui inhibe les conduites sociales" (Ey H., Bernard P., Brisset CH., Manuel de psychiatrie, 1974, p.415). Le chapitre est intitulé : "Les névroses (la personnalité névrotique) "

Au milieu du XXe siècle, le courant « psychodynamique », c’est-à-dire non réductionniste d’inspiration psychanalytique, distinguait deux structures psychiques, névrotique et psychotique.

Par exemple, selon Jean Bergeret, le psychisme individuel s’organise, se cristallise, en une structure stable « dont les deux modèles spécifiques sont représentés par la structure névrotique et la structure psychotique » (Bergeret J., Psychologie pathologique, p. 135)

Cette distinction tranchée est une étape qui s’est avérée insuffisante, car elle a été mise en défaut dans de nombreux cas et sur plusieurs plans.

Le terme psychose englobe la personnalité psychotique et maladies comme la schizophrénie ou pire, est donné comme synonyme de folie (« la folie elle-même qu’en termes scientifiques nous appelons psychose » (Chartier J.P., in Psychologie pathologique, p. 137).

Mais, il a bien fallu admettre qu’il existait d’autres formes d’organisation psychique occupant une position intermédiaire (Ibid, p. 135) « les états-limites et leurs aménagements » ( Ibid, p. 193).

S’il n’existe que deux formes de personnalité, elles ont une frontière, une limite. Or, cette limite s’est avérée être un vaste territoire comportant divers types de personnalités bien individualisées. Par conséquent, il faut concevoir une autre forme de partage plus souple.

Nous avons proposé en 1995 une approche fondée sur une possible convergence entre la clinique, la structure psychique et les phases du développement, définissant des points de concordance ou « pôles ». Le terme de pôle, emprunté à la physique, désigne des points autour desquels s’établissent des zones d’influence dont les limites ne sont pas nettes et qui peuvent s’interpénétrer.

On obtient ainsi une catégorisation plus complexe (il y a trois pôles et non plus deux structures) et plus souple (permettant d’accueillir la diversité). Un « pôle » correspond à une forme typique et idéale d’organisation psychique et le territoire alentour correspond à ses diverses variantes.

2. Les principes directeurs de la méthode diagnostique

La méthode exposée procède d’une distinction entre deux catégories de manifestions entrant dans le domaine de la psychopathologie. Elle ne s’applique qu’à la première.

- La première catégorie correspond aux divers tableaux cliniques qui sont générés par l’ensemble du fonctionnement psychique en tant qu’il a été façonné par les relations interindividuelles, familiales et sociales, passées et actuelles.

Ce fonctionnement psychique correspond en grande partie à ce qui est communément nommé la personnalité. Nous utilisons ce terme pour rappeler que c’est nécessairement le psychisme d’une personne (et non d’une chose ou d’un animal) et parce qu’il correspond à une vision d’ensemble et non à des aspects partiels.

La méthode de repérage proposée concerne donc les formes d’organisation psychique dont la détermination est acquise au cours de la vie relationnelle, par l’éducation et au sein d’un milieu social. Autrement dit, la personnalité en tant qu’elle peut être mise en relation avec des causes familiales, relationnelles et socioculturelles.

- Il existe une seconde catégorie de manifestations qui ressemblent à des maladies et peuvent être considérées comme ayant une autonomie. C’est le cas, par exemple, des schizophrénies, des troubles bipolaires, des démences, des autismes, etc. Ou encore des syndromes pouvant s’autonomiser (comme la dépression).

Il existe dans tous ces cas des arguments cliniques, biologiques (neurobiologiques et génétiques) et thérapeutiques pour les individualiser. Ils sont donc d’une autre nature, par conséquent, demandent une autre méthode d’identification qui va conjuguer les arguments cliniques et les arguments biologiques.

Notons quand même que ceci ne veut pas dire que ces divers troubles ne surviennent pas chez des individus ayant une personnalité qui serait négligeable. C’est seulement qu’elle est au second plan quant à la détermination de la pathologie.

Ce domaine de la psychopathologie constitué par à des entités morbides autonomes (des maladies) n’est pas concerné par la méthode de diagnostic de la personnalité. Cette méthode n’est donc pas valable dans tout un champ de la psychopathologie. Elle a un domaine de validité précis.

Note : Pour un tableau d’ensemble de la psychopathologie voir l’article Comment se repérer en psychopathologie ?

3. Des convergences comme repères en psychopathologie

Nous avançons l’idée d’une convergence entre approche clinique, approche développementale et psychogénétique, et enfin approche structurale du psychisme. Cette convergence, si on prend une métaphore spatiale, se ferait en un point idéal que nous nommons un « pôle », comme en géographie (pôle nord, pôle sud) ou en physique (pôles d’un aimant).

Un pôle correspond à un point idéal de parfaite cohérence (concordance) entre les données psychogénétiques, les caractéristiques cliniques et les particularités de la structure psychique. La combinaison de trois approches amène plus de fiabilité qu’un simple repérage clinique. Elle impose une démarche diagnostique progressive qui évolue au fur et à mesure que l’on connaît mieux la personne.

L’idée sous-entend un continuum dans lequel il est possible de délimiter des zones en continuité les unes avec les autres. Elle permet de rendre compte des différences entre les types de personnalité tout en concevant une continuité de l’ensemble du champ de la psychopathologie d’origine relationnelle.

Les polarités visent à organiser ce champ de manière à permettre un repérage efficace, mais sans rigidité. L’idée de pôle donne de la souplesse en définissant des sphères d’influence et non des cases étanches et séparées. Les pôles, tout en donnant des repères précis, offrent une place pour toutes les formes atypiques de personnalité.

L’idée de polarité tente de concilier l’impératif du repérage qui introduit nécessairement des discontinuités avec la diversité et les nuances montrées par la clinique. Le psychisme se manifeste dans une série ininterrompue de phénomènes qu’ils soient normaux ou pathologiques. Il est à l’origine d’une série continue de faits qu’il convient de ne pas isoler et parcelliser comme s’ils avaient une existence propre et autonome (ainsi que le veut une approche purement empirique).

Cette conception peut être figurée de manière schématique :

 

Tableau récapitulatif du principe de concordance

CLINIQUE

STRUCTURAL

PSYCHOGÉNÉTIQUE

Mise en évidence de tableaux cliniques réalisés par la description des conduites, symptômes et traits de caractère.

Construction d’un modèle du psychisme associant instances, fonctions et mécanismes en un ensemble structuré et cohérent.

Reconstitution des grandes phases évolutives du développement individuel et évaluation de leur degré de réussite ou d’échec.

 

4. Un diagnostic d’orientation vers un type de personnalité

Ce qui est visé ici n’est pas un diagnostic précis mais une orientation diagnostique, un repérage qui permet de situer la personne au sein de l’un des grands régimes de fonctionnement psychique.

Dans la sphère d’influence de chaque pôle, il est possible d’individualiser des personnalités diverses, par exemple, dans le pôle névrotique, la personnalité hystérique diffère de la personnalité phobique. Pour arriver à cette distinction, on procède à un affinement pour chaque approche (clinique, structure psychique et développement).

Le concept de polarité encourage à saisir la mixité des tableaux cliniques. Entre deux pôles voisins, il existe une superposition des zones d’influence correspondant aux cas intermédiaires. Il y a donc des formes cliniques situées sur les chevauchements présents autour du pôle intermédiaire. Le concept de pôle permet de se repérer, sans entrer dans une nosographie classificatoire rigide.

Par contre, le chevauchement entre pôles opposées (névrotique et psychotique) semble devoir être exclu. En effet, si, sur le plan de la structure psychique, il est envisageable que voisinent des traits archaïques et des traits évolués, par contre sur le plan psychogénétique l’enchaînement dans le temps impose des contraintes. Les structurations les plus évoluées et les plus tardives dépendent de celles qui sont plus basales et plus précoces.

Les trois grandes phases évolutives se succèdent nécessairement et sont des moments constituants. Si l’une d’elles échoue, les suivantes ne pourront se dérouler normalement et la personnalité gardera une forme archaïque. Si elles réussissent toutes, la structure psychique résultante aura une forme évoluée. Pour cette raison, les deux pôles, névrotique et psychotique, doivent être considérés comme séparés et c’est d’ailleurs ce qui leur donne une valeur discriminante. Entre les deux, il existe de nombreux panachages qui constituent le pôle intermédiaire (personnalités narcissiques, perverses et dysharmoniques). Nous allons le voir plus en détail.

5. Les personnalités du pôle névrotique

La clinique montre une cohérence relationnelle

Avec ces personnes, le contact immédiat est bon et après quelques entretiens, on a le sentiment d’une relation cohérente. L’attitude générale est adaptée au contexte relationnel. La conversation est facile et compréhensible, les propos ont un sens, le langage ne présente pas de bizarreries. La communication gestuelle (gestes, attitudes, mimiques) est adaptée. On comprend aisément ce qui est rapporté concernant la vie quotidienne. Le repérage dans le temps est correct et la personne peut raconter son histoire avec toutefois quelques lacunes. La mentalisation donne au sujet un aperçu intuitif de son fonctionnement psychique; mais il est parfois réduit.

La réalité, au sens ordinaire du terme (le concret, le social), est correctement perçue. Le sujet s’adapte assez bien aux contraintes concrètes et sociales et il distingue sans difficulté ce qui vient de son imagination et ce qu’il faut attribuer à la réalité. La loi morale commune (au sens des grands principes régissant les rapports humains) est comprise et intégrée. La loi normative (les lois des codes et des règlements) est le plus souvent respectée. L’autre existe en tant que personne autonome et respectable. Ce n’est ni un moyen dont on se sert, ni un personnage supérieur et effrayant. L’anamnèse montre une histoire qui n’est pas chaotique et une enfance qui s’est déroulée dans une famille structurée.

Le vécu douloureux lorsqu’il existe est dû aux conditions d’existence (échecs, désagréments, frustrations). Il y a souvent un contraste à ce sujet entre l’appréciation du patient pour qui il est intense et celle du clinicien qui ne le juge pas inquiétant, car le narcissisme résiste. L’anxiété est assez présente. Les crises aiguës d’angoisse apparaissent lors des décompensations et se présentent comme une exacerbation du fond anxieux. La dépression prend la forme d’une sensation de tristesse pénible et douloureuse avec une culpabilité ou un sentiment d’infériorité, mais sans effondrement ni dévalorisation extrême. L’inhibition est très fréquente. Elle s’accompagne d’une fuite des contacts, d’une disparition de la sexualité. Lorsque ces symptômes apparaissent, ils sont de gravité modérée. La personne a conscience de leur caractère pathologique et elle demande de l’aide.

Les symptômes peuvent être de divers types. Nous allons en donner quelques exemples. Il peut s’agir d’une phobie qui est la peur d’un objet particulier ou d’une situation précise. L’angoisse occasionnée par la phobie est esquivable par évitement de l’objet ou par un système de réassurance. Il peut s’agir d’une obsession, pensée involontaire qui persiste et s’impose. Elle est impossible à chasser, mais provoque peu d’anxiété. Pour lutter contre les obsessions, ou parfois de manière indépendante, le névrosé met en place des rituels. On constate aussi des somatisations souvent de type musculaire, mais qui peuvent être aussi sensorielles ou viscérales. La personne s’en plaint, mais tolère bien le trouble.

La personnes subvient correctement à ses besoins. Son activité est normale, mais parfois limitée en cas d’inhibition. La réflexion et les interdits sont suffisamment puissants pour éviter les passages à l’acte néfastes. Sur le plan sexuel, l’orientation est généralement hétérosexuelle, mais il y a parfois une inhibition et une insatisfaction. Les relations avec les autres (amitié et camaraderie) sont souvent durables et stables. Selon les cas, les relations amoureuses peuvent être durables et satisfaisantes ou bien instables du fait du mécontentement récurrent vis-à-vis des partenaires. La solitude provoque un sentiment pénible, mais elle est supportable.

La structure psychique est évoluée, mais parfois conflictuelle

Il y a un recouvrement du processus primaire par le secondaire. Le processus primaire ne se manifeste que dans les rêves, les lapsus, les actes manqués. Le principe de réalité est solide et résiste bien aux traumatismes. La loi commune est intégrée. La sublimation est une défense souvent employée. Par ce mécanisme, il y a un abandon du but initial et une transformation de l’investissement pour un but socialement utile et moralement acceptable.

Le refoulement est également fréquent, il produit un désinvestissement de la tendance refoulée, puis un contre-investissement sur un aspect dérivé. Rarement complet, il s’accompagne de formations réactionnelles, de formations substitutives et de formations de compromis qui permettent un retour du refoulé acceptable. On trouve d’autres mécanismes comme la rationalisation, la dénégation, la projection. Ces trois mécanismes sont tempérés par les processus secondaires et peuvent donner lieu à une critique.

Les principales imagos ont un caractère évolué. L’imago de soi-même est bien constituée, elle intègre un corps unifié et sexué à une identité stable constituée des identifications successives. Les imagos parentales sont différenciées, sexualisées et réajustées par rapport à la réalité. L’objet est total et unifié et il comporte des caractéristiques issues de la réalité. Il est organisé autour d’une imago sexuée de l’autre. L’objet oriente la recherche d’un référent, d’un autre concret sur le mode hétérosexuel. Les structures fantasmatiques sont œdipiennes ou post-œdipiennes.

En ce qui concerne le ça, les pulsions libidinales priment sur les pulsions agressives. La génitalité a pris le dessus. Lorsque perdurent des tendances infantiles prégénitales puissamment investies, il se produit un conflit avec le surmoi. Le moi coordonne efficacement les exigences pulsionnelles avec celles de la réalité d’une manière favorable à la totalité de l’individu, mais il est parfois débordé par le conflit entre ça et surmoi, ce qui donne les aspects pathologiques.

L’investissement du soi est résilient et les identifications cohérentes. Il y a une limite correcte entre soi-même et les autres qui permet une unité et une identité individuelle perdurantes. Le surmoi est bien présent et comporte des éléments identificatoires issus des parents. Parfois trop puissant, il fonctionne de manière exacerbée ou à mauvais escient. L’instance de l’idéal a évolué, elle est tempérée et elle a perdu de son importance au profit du surmoi. Sa persistance, sous une forme secondarisée et atténuée, donne un support aux idéaux.

Les formes pathologiques sont dues à une dynamique conflictuelle. Devant une poussée pulsionnelle (régressive) venue du ça, le surmoi fait barrage et des mécanismes de défense sont mis en place (le refoulement principalement). Ces mécanismes sont efficaces, mais source de difficultés relationnelles et de symptômes.

Lors du développement, les problèmes ont été tardifs

Sur le plan du développement, l’individuation et l’autonomisation se sont faites correctement. La sexuation s’est avancée favorablement, la phase œdipienne s’est amorcée. C’est à ce point que se joue la structuration névrotique de la personnalité.

La période critique est celle de la résolution œdipienne qui se situe entre cinq et sept ans, puis se rejoue à l’adolescence. Il concerne la sexuation définitive (c’est-à-dire l’adoption d’un genre et d’un rôle sexuel), la place par rapport aux autres et plus généralement le positionnement dans l’ordre humain (la parenté, la loi commune).

Le franchissement favorable du moment œdipien, en l’absence de difficultés spécifiques et de fixations antérieures, permet une bonne santé et un développement psychologique optimal. En cas de difficulté, la résolution est imparfaite et il se produit une régression à un mode relationnel et libidinal infantile. Plus cette régression est forte et fixée, plus elle provoque des conflits et constitue un point d’appel pour les moments de décompensation ou de régression ultérieurs.

Il faut d’abord signaler que la famille est en général bien structurée et assure une éducation correcte. Les difficultés peuvent venir d’une éducation rigide dans un milieu surprotecteur et fermé. Une éducation répressive induit une extension de l’interdit incestueux à toute la génitalité. C’est une sorte de dévoiement de l’interdit qui, au lieu de porter sur l’inceste, porte sur la sexualité génitale. À l’adolescence, la poursuite d’une éducation rigide et répressive empêche la levée du refoulement concernant la sexualité génitale qui reste interdite de même que l’ouverture extra-familiale.

Les difficultés peuvent être dues à un amour parental trop intense. Un amour trop important du parent œdipien, insatisfait par sa relation avec le (ou la), partenaire, donne une nostalgie à l’enfant qui reste fixé à cet amour. La sublimation insuffisante du parent donne des attitudes séductrices qui rendent difficile la résolution du conflit œdipien. Ce peut être aussi un brouillage vis-à-vis de la sexuation, l’enfant étant encouragé à ne pas adopter le genre correspondant à son sexe biologique.

Les difficultés peuvent venir d’un père qui ne joue pas bien son rôle. Un père distant et trop sévère ne fournit pas, pour le garçon, un bon modèle identificatoire. Son attitude agressive exacerbe la menace de castration au point qu’elle devient insurmontable. Pour la fille, l’absence de tendresse est inquiétante et n’apporte pas de compensations favorables à l’abandon du projet œdipien. L’effacement dans nos sociétés du rôle d’autorité tutélaire dévolu au père ou le fait que ce rôle ne soit pas tenu par un homme mais par une femme, provoque une difficulté de repérage qui peut aboutir à un infantilisme persistant.

Une question classique en psychopathologie est celle de l’événement traumatique. Une tentative de séduction sexuelle concrète a-t-elle eu lieu ou pas ? Dans le cas de la névrose, il s’agit de situations ambiguës et rarement de relations sexuelles directes. Il vaut donc mieux parler de « scène de séduction », notion qui intègre le vécu à ce qui s’est passé.

Une orientation diagnostique

Un ensemble clinique manifestant une cohérence entre les différents aspects de la vie relationnelle, associé à une organisation du psychisme évoluée, mais qui peut être conflictuelle, doit orienter vers une personnalité névrotique. Si la reconstitution de l’évolution et de la maturation nous montre une avancée favorable jusqu’à la phase œdipienne, cela doit nous orienter vers une personnalité que peut se placer à coup sûr vers le le pôle névrotique.

6. Les personnalités du pôle intermédiaire

Des ratages, des vacillations, des déviations

Le contact immédiat avec ces personnes est facile, puis des tonalités affectives très variables apparaissent au fil des rencontres, comme l’agressivité ou bien l’adhésivité. Dans certains cas, il y a une étrange neutralité un peu froide. La communication est aisée et le langage dans la norme. L’histoire et la vie quotidienne semblent chaotiques du fait des événements, mais aussi en partie du fait du récit qui en est fait. Certains aspects de la vie, certaines périodes, sont ignorés et impossibles à évoquer : on est frappé par des « blancs » dans des domaines plus ou moins étendus.

La réalité (le concret, le social) est correctement perçue, mais parfois la distinction entre imagination et réalité s’estompe. La loi commune est comprise mais mal intégrée, la loi normative n’est pas respectée et peut même être franchement transgressée. L’autre est vu de manière très variable selon les circonstances. Il peut apparaître très bon ou très mauvais, respectable ou simplement utile, grand et fort ou petit et faible, avec des oscillations parfois importantes. L’anamnèse montre une histoire irrégulière avec des carences affectives importantes dans l’enfance.

La souffrance est parfois vive. La dépression revêt un caractère bien particulier. Elle est dominée par un sentiment de solitude, d’abandon, de vide, de creux. Elle est souvent forte, difficile à exprimer et peut donner lieu à de graves tentatives de suicide. L’angoisse est fréquente mais pas caractéristique. Elle prend une forme diffuse ou peut se manifester par des crises et prendre une allure de panique. Chez certains, les décompensations se manifestent sous forme d’une maladie somatique.

Les moments de vacillements sub-délirants sont très caractéristiques. On trouve des épisodes de confusion entre imagination et réalité, des épisodes de rationalisme et des passages à l’acte dans un climat onirique. Ces vacillements sont déclenchés par les circonstances (poussée pulsionnelle) ou les toxiques.

La mentalisation étant faible et les interdits peu puissants, rien ne vient entraver l’action. Il y a une absence d’inhibition et une tendance à l’agir. Le contrôle émotionnel insuffisant et l’absence d’inhibition provoquent des colères et des passages à l’acte violent. Sur le plan sexuel, il y a une vivacité, car peu d’inhibition et l’incertitude dans la sexuation mène vers la recherche de satisfactions perverses, ce qui peut conduire à des agressions, des attentats à la pudeur ou des viols dans les formes graves. Les conduites addictives, très fréquentes, concernent selon l’histoire individuelle la nourriture, l’alcool, les médicaments, le tabac, l’héroïne, etc. Elles peuvent prendre l’allure d’assujettissements (addictions), mais pas toujours. Ce peut être un usage épisodique.

Les relations avec les autres sont très variables. La personne noue facilement des liens, mais ils sont labiles et se rompent facilement. Des quiproquos et conflits sont fréquents du fait de l’attribution aux autres d’intentions ou d’attitudes fantaisistes. Les relations amoureuses sont très différentes selon la forme clinique. Cela peut aller de la recherche d’une relation fusionnelle idéale jusqu’à une relation de domination et de manipulation perverse. La solitude provoque un sentiment de manque pénible, d’où une difficulté, voire une impossibilité à vivre seul.

Un soi fragile et un fonctionnement défaillant

Dans cette organisation psychique, la loi commune est mal intégrée et il y a un doute sur son bien-fondé. Le schème de permanence est très vacillant en ce qui concerne le référent objectal. Le principe de réalité se constitue, mais la séparation entre imaginaire et réalité est parfois très déficiente. La mentalisation est en général faiblement développée. Parfois, c’est l’ensemble du fonctionnement psychique qui ne peut être représenté, mais parfois ce sont certains domaines (qui sont liés à l’objet et, en cela, clivés). Le processus secondaire et processus primaire alternent selon les circonstances.

Toute la gamme des imagos est présente, mais il y a une importance inhabituelle des imagos archaïques idéalisées. Elles concernent le parent maternant qui est tout-puissant, tantôt infiniment bon et gratifiant, tantôt infiniment mauvais et frustrant. L’imago de soi est différenciée et unifiée, mais fragile avec une oscillation entre une forme bonne et une forme mauvaise. L’objet est dangereux, car les bons aspects ne sont pas venus tempérer les mauvais. Il reste idéalisé et loin de la réalité. Les fantasmes archaïques dominent, surtout des fantasmes narcissiques de grandeur/déchéance.

Le clivage est le mécanisme de défense le plus employé. Les éléments clivés ne le sont pas en permanence, mais de manière dynamique en fonction de la situation. Par le déni, également très présent, les éléments dérangeants sont considérés comme inexistants. Ils ne font donc pas l’objet de représentation et ne peuvent par conséquent être mentalisés consciemment par la personne. La projection est fréquemment employée. Par ce mécanisme, les tendances pulsionnelles, les imagos, les fantasmes sont attribués à autrui, ce qui crée des situations relationnelles difficiles.

Concernant le ça, les pulsions agressives sont en équilibre instable par rapport aux pulsions libidinales, si bien que l’expression des unes ou des autres prévaut massivement selon les moments. Les structures fantasmatiques gardent une forme archaïque et les tendances sexuelles prégénitales restent puissamment investies. Les fonctions de contrôle du moi sont insatisfaisantes si bien que la gestion des exigences pulsionnelles par rapport aux contraintes de l’environnement et des autres instances est mauvaise.

La forte variabilité de l’investissement du soi est caractéristique des personnalités narcissiques (limites). Le pervers en est mieux protégé. De plus, bien qu’unifié, le soi risque toujours de se cliver, donnant une identité variable. L’instance de l’idéal, qui reste liée au narcissisme primaire, comporte des éléments identificatoires idéalisés très puissants auxquels il faut se conformer. Sa persistance sous une forme non secondarisée est caractéristique du pôle intermédiaire. Le surmoi est peu ou pas constitué du fait de la fonction symbolique défaillante et de l’œdipe non résolu. Cela donne à l’instance idéale une fonction organisatrice.

Le jeu fluctuant entre le soi, l’idéal et l’objet caractérise le fonctionnement psychologique intermédiaire. Tantôt le bon objet idéalisé et l’instance idéale viennent renforcer le soi, tantôt c’est l’inverse et le soi, privé de cet apport, se retrouve désinvesti. L’objet est dangereux et il subit des mécanismes de désinvestissement et de déni et il s’y associe une volonté de contrôle de la personne référente. Associé à l’absence de surmoi, ce dernier aspect produit un mode relationnel pervers.

Une autonomisation difficile

L’anamnèse montre des problèmes pendant la seconde phase structurante, celle qui suit la sortie de l’archaïque et précède la phase œdipienne. Lorsque ces problèmes ont porté principalement sur la lignée narcissique, cela donne les personnalités narcissiques et lorsqu’ils portent majoritairement sur la lignée libidinale, cela donne les perversions.

On relève généralement des carences éducatives comme un manque d’attention et de reconnaissance de l’enfant qui ont des origines diverses. Il peut s’agir d’un enfant non désiré ou élevé par une mère dépressive. Ce peut être la conséquence de séparations d’avec les parents, ou de la naissance d’un puîné qui accapare l’attention. Parfois, des attitudes éducatives rigides et sadiques (laisser pleurer l’enfant seul dans une pièce), ou une incapacité à s’occuper et s’identifier à l’enfant, produisent les mêmes effets. Elles peuvent venir, à l’inverse, de la volonté de fusion avec l’enfant qui conduit à une excessive attention. La mère veut garder l’enfant dépendant d’elle. Elle le retient prisonnier, lui interdit de s’éloigner et d’être bien sans elle.

Sur le plan libidinal, un certain nombre d’indices donnent à penser que les attitudes parentales ont provoqué une activation de l’excitation trop importante. L’entrée dans le processus œdipien ne se fait pas et le problème de la castration ne peut être résolu. Il y a une survalorisation des problématiques anales et phalliques. Le problème de la castration reste irrésolu et la différence des sexes n’est jamais vraiment intégrée. Le symbolique n’est pas stabilisé et le surmoi en tant qu’instance interdictrice et identificatoire ne se secondarise pas.

Les données sont beaucoup plus difficiles à retrouver en ce qui concerne les organisations à prédominance psychosomatique. On arrive parfois à reconstituer, vers le début de la seconde structuration (deux ans), que des problèmes relationnels importants par rapport à la mère ont eu lieu. L’apaisement symbolisant n’a pu être intégré et la possibilité d’user de représentations concernant le corps et la vie affective est mise en défaut.

Le diagnostic d’orientation

Un tableau d’allure chaotique avec un mauvais contrôle émotionnel, une facilité relationnelle mais d’importantes incertitudes et vacillations sur le plan narcissique et sexuel doit nous orienter vers le pôle intermédiaire. Une telle organisation psychique, comportant une mauvaise structuration du soi, un fonctionnement chaotique, une structure fantasmatique non génitalisée, doit nous orienter vers une personnalité intermédiaire. L’anamnèse montre des problèmes pendant la seconde phase structurante, celle qui suit la sortie de l’archaïque et précède la phase œdipienne. Une telle constatation doit nous orienter dans le diagnostic de personnalité vers le pôle intermédiaire (parfois nommé « limite »).

7. Les personnalités du pôle psychotique

Une impression de dissonance et de coupure

Le contact est rarement bon. On a le sentiment d’une relation peu congruente, car le vécu du patient n’est pas en rapport avec la situation actuelle. La personne semble un peu coupée, absente, « dans son monde ». La conversation est normale, mais, par instants, prend une tournure inhabituelle. La communication gestuelle est souvent en désaccord avec ce qui est dit. Les propos semblent superficiels, défensifs, et par moments très crus avec un contraste entre le contenu de l’énoncé et le vécu affectif. Il y a souvent peu de cohérence dans ce qui est rapporté de l’histoire et de la vie quotidienne et l’enchaînement des événements est difficile à saisir.

La réalité au sens ordinaire du terme (le concret, le social) est perçue de manière variable selon les circonstances et elle est le plus souvent très déformée. L’adaptation aux contraintes sociales peut être correcte, mais le sujet est gêné car il ne ressent pas ce qu’il faut faire et suit des recettes. La personne présente une adaptation de surface, mais au fond, elle se sent différente des autres.

La loi morale commune n’est pas bien comprise. La loi normative est souvent respectée dans une attitude rigide, mais elle peut être transgressée de manière importante et grave. L’autre n’existe pas en tant que personne autonome. Il est vu au travers de déformations imaginaires majeures et est le plus souvent vécu comme un persécuteur potentiel. Pour ces sujets, l’expérience ne semble pas compter car ils ne tiennent pas compte des instructions du passé.

Le vécu douloureux est souvent intense et déstabilisant, mais il est parfois absent si le sujet a trouvé un mode compensatoire efficace (rigidité caractérielle, fanatisme religieux). L’angoisse peut prendre plusieurs tournures différentes. Elle peut être liée à la persécution ou bien à l’envahissement par un sentiment d’inanité ou encore liée à la crainte de la mort. Elle prend des formes aiguës, déstructurantes, faisant perdre ses moyens au sujet. Dans certaines formes de personnalité, on constate des craintes corporelles de type dysmorphophobies. Les somatisations peuvent prendre une allure hypochondriaque associées à une plainte revendicative. L’inhibition est variable. Lorsqu’elle est présente, elle s’accompagne d’une fuite des contacts, d’un repli sur soi, d’une timidité intense. Ces symptômes, lorsqu’ils apparaissent, compromettent l’adaptation sociale et concrète jusqu’alors maintenue.

Le rationalisme se traduit par un discours coupé du vécu et manquant de bon sens, parfois nourri de connaissances philosophiques, religieuses ou politiques. Les erreurs de jugement produisent des idées fausses tant sur le monde que sur soi-même. Il s’ensuit des conduites désadaptées et à certains moments contraires aux intérêts du sujet. Degré suivant du rationalisme, le délire en diffère par la conviction qui anime le sujet, sa constance, le fait qu’il soit inébranlable. Variable selon les cas, il se nourrit d’interprétations liées à la persécution, la jalousie ou la grandeur et peut prendre une tournure religieuse. Les illusions et hallucinations apparaissent seulement dans les décompensations graves.

La mise en acte entraîne parfois des dommages, tant pour le sujet que pour l’entourage. Sur le plan sexuel, il y a une insatisfaction fréquente. L’insertion sociale est très variable selon les cas et les moments de la vie ; parfois excellente pour les personnalités rigides, parfois très limitée en cas d’inhibition. L’adaptation sociale peut être obtenue grâce à des recettes adaptatives ou par l’effet contenant d’une institution très hiérarchisée et codée (église, armée, secte). Les relations d’amitié et de camaraderie sont rares, grevées de quiproquos et de conflits du fait de l’attribution aux autres d’attitudes inexistantes. Le patient est souvent isolé. Son insertion dans le groupe est superficielle, parfois permise uniquement grâce à l’institution qui lui donne une place, un rôle. Une relation amoureuse durable et satisfaisante est rarement possible. La solitude est le lot de ces personnes. Elle est relativement bien supportée, car les difficultés qu’elle engendre sont plus faibles que les difficultés relationnelles. Dans les cas graves, la symptomatologie est bruyante dès l’enfance. Elle provoque une inadaptation et un retard scolaire.

Une grande fragilité et des aménagements rigides

Parfois, on constate un fonctionnement alterne des processus primaire et secondaire. Dès l’instant où l’affectif est en jeu, le processus primaire se met en route. La fonction réalitaire est très fragile et ne résiste pas aux traumatismes. La fonction symbolique est présente, mais ne permet pas l’intégration de l’ordre symbolique. La mentalisation est souvent bonne et parfois étonnante, mais inefficace car les résultats ne peuvent être utilisés par le moi.

On trouve parmi les mécanismes de défense le morcellement, le clivage, le désinvestissement, l’isolation. La projection est violente et en miroir (c’est-à-dire qu’elle concerne spécifiquement les propres tendances du sujet). Ces mécanismes ne sont pas tempérés par les processus secondaires et ne peuvent donner lieu à une critique.

Les principales imagos ont un caractère archaïque. L’imago de soi est mal constituée et la limite entre soi et l’autre floue. L’identité est incertaine. Les imagos parentales sont indifférenciées et mal sexualisées, sans réajustement par rapport à la réalité. L’objet est partiel, mal unifié et comporte peu de caractéristiques issues de la réalité. Il est organisé autour d’une imago archaïque. Les fantasmes sont archaïques : anéantissement, fusion, morcellement.

Les pulsions agressives priment sur les pulsions libidinales et la pulsion sexuelle n’est pas génitalisée. Le moi ne coordonne pas efficacement les exigences pulsionnelles avec la réalité et les diverses instances. Il n’enregistre pas les expériences, ne remplit pas ses fonctions de régulation, d’auto-observation et d’autocritique. Le soi n’assure pas la cohérence, l’unité, la continuité et l’individu oscille entre diverses tendances ou compense par des traits caractériels prononcés. Les vacillations de l’investissement narcissique sont importantes. Le surmoi est archaïque et mortifère de même que l’idéal. Ils imposent à la personne et aux autres des exigences tyranniques. On constate généralement l’existence d’un pseudo-soi (faux-self), instance suppléant le déficit identificatoire de la personne par un « mode d’emploi » social.

Le moi est parfois déficient, mais parfois efficace du point de vue de l’adaptation. Il n’empêche pas les erreurs de jugement et le rationalisme déréalisant qui par moments peut se transformer en un authentique délire. La dynamique peut être caractérisée par l’idée du débordement. Le moi inefficace est régulièrement débordé par les poussées pulsionnelles. Les défenses archaïques (déni, projection) le coupent du reste du fonctionnement psychique, et il prend une forme purement adaptative pour organiser les rapports avec l’environnement social et relationnel.

Une constitution de l’identité incertaine

La période des relations fusionnelles avec la mère avant six mois présente ou non des troubles selon les cas. La mise en place de la capacité à limiter l’excitation qui permet une modération des réponses motrices et des manifestations émotionnelles est parfois en défaut. L’action maternelle permet à l’enfant d’acquérir une capacité de contrôle et d’apaisement de l’excitation qu’elle soit d’origine interne ou externe.

La première structuration ne se passe pas bien : l’individuation ne se fait pas correctement, la fonction réalitaire n’apparaît pas, la capacité de représentation est affaiblie. Le ratage de cette étape est caractéristique et forme une personnalité psychotique. Les conduites parentales n’ont pas été suffisamment cohérentes, continues, prévisibles pour une bonne structuration. Ce moment critique se situe entre six mois et deux ans. De ce fait, la constitution d’une l’identité et la différenciation entre soi et l’autre sont mauvaises.

Les angoisses de persécution et d’abandon sont trop fortes pour être correctement métabolisées. La mère n’apporte pas les représentations apaisantes nécessaires pour la stabilisation émotionnelle de l’enfant. Du fait d’attitudes parentales incertaines, la première triangulation, qui intervient vers deux ans, est déficiente. Le repérage des places (mère-père-enfant) est incertain et les rapports des personnes ne sont pas perçus comme étant stabilisés par l’ordre régissant le rôle de chacun dans la famille. L’enfant ne se sent donc pas protégé et subit des craintes d’abandon et de persécution envahissantes.

La suite se joue plus ou moins favorablement selon le degré de l’atteinte primitive. L’autonomisation, la sortie de la relation en miroir avec les autres, sont rendues difficiles ou impossibles. La stabilisation psychique donnée par un cadre familial rassurant et une éducation qui fait respecter la loi commune est souvent absente et le processus œdipien impossible.

Cette suite joue un rôle important dans la détermination de la forme clinique, car des aménagements se produisent qui compensent, ou non, le trouble initial. Ainsi, des mécanismes défensifs puissants peuvent être mis en place au moment du stade anal. Ils modifieront considérablement le tableau clinique.

Le diagnostic d’orientation

Si l’on constate une adaptation précaire, une coupure affective, une dissonance, un rationalisme, compensés par des attitudes rigides, nous devons nous orienter vers le pôle psychotique. La fragilité et l’inefficacité du moi et du soi, mal compensées par des mécanismes de défenses rigides laissant constamment place à l’archaïsme et provoquant des attitudes déréalisantes doivent nous orienter vers un fonctionnement psychique psychotique. Un trouble repéré au cours du premier âge et surtout au cours de la période précoce de constitution de l’identité et de l’accès à la capacité de représentation doit nous orienter vers une personnalité qui trouvera place vers le pôle psychotique.

Conclusion : un balisage de la psychopathologie relationnelle

La notion de personnalité a une acception large qui déborde le psychisme. Toutefois, nous l’utilisons pour noter que notre approche s’adresse à l’ensemble de la personne dans le déroulement de sa vie, et que les symptômes, comportements ou troubles divers cliniquement constatés sont en rapport direct avec la personnalité. La personnalité se forge dans l’enfance et au fil du temps sous l’influence des relations, du milieu social, et il n’est pas possible d’en dissocier la symptomatologie qui en manifeste les mouvements pathologiques.

Les polarités permettent un repérage qui est spécifique à la psychopathologie considérée sous l’angle de la personnalité. Le repérage se fait selon une démarche progressive qui a une triple exigence : celle d’associer et de faire concorder l’approche clinique, structurelle, et psychogénétique. Cette avancée progressive est nécessaire, car un tel diagnostique ne peut se faire rapidement et à l’emporte-pièce.

Si l’on s’en tient aux connaissances actuelles qui ne sont en rien définitives, on peut distinguer trois grands pôles : névrotique, intermédiaire, psychotique. Autour de chaque pôle, chaque cas, apprécié de manière nuancée, peut trouver place.

Ce procédé va à l’inverse de la parcellisation de la clinique et de sa dissociation en une multitude de « troubles » sans lien avec la personnalité, démarche actuellement dominante sous l’influence croissante du DSM et de l’empirisme béhavioriste.

 

Pour un aspect plus détaillé, voir les différents articles sur les personnalités névrotiques, intermédiaires et psychotiques.

 

Bibliographie :

Bergeret J., La Personnalité normale et pathologique, Paris, Dunod, 1985.

Bergeret J. et Col., Psychologie pathologique, Paris, Masson, 1986.

Braconnier A., Psychologie dynamique et psychanalyse, Paris, Masson, 1998.

Espasa F. P., Dufour R., Diagnostic structurel chez l’enfant, Paris, Masson, 1995.

Ey H., Bernard P., Brisset Ch., Manuel de psychiatrie, Paris, Masson, 1978.

Juignet P, Manuel de psychopathologie générale, Grenoble, PUG, 2015.

Juignet P, Manuel de psychothérapie et psychopathologie clinique, Grenoble, PUG, 2016.


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