Substance (définition)

 

Le terme "substance" nomme la stabilité et la persistance de ce qui existe par opposition aux "phénomènes" qui sont changeants. On peut dire aussi, avec Descartes et Spinoza, que la substance est le support permanent des attributs, qualités ou accidents. La métaphysique traditionnelle suppose une ou plusieurs substances.

Le concept conjugue plusieurs idées : 

1/ Le terme est souvent employé pour désigner des constituants concrets (bois, marbre, etc.) qui peuvent prendre diverses formes (opposition classique entre forme et matière). Cette origine n'est pas anodine, car elle constitue une matrice pour le concept. 

2/ Par extension de cet usage, le substantialisme métaphysique suppose une entité, la substance, éternelle, omniprésente, infinie, cause de toute chose et existant par elle-même (qui ne dépend d'aucune autre). C’est une hypothèse ontologique réaliste qui suppose un fondement au monde. 

3/ A contrario, Kant définit la substance comme l’idée a priori de la permanence du réel dans le temps. Il en fait une catégorie de la pensée sans prétention réaliste. C’est une définition acceptable, mais qui se confond avec le jugement d’existence référé à la temporalité : pour comprendre le monde, nous devons penser que quelque chose dure dans le temps. 

Dans les emplois effectifs du terme, on constate souvent un mélange des trois idées avec une prépondérance de l’une ou l’autre, selon le cas.

Comme chacun le sait, le dogme du dualisme des substances s’est installé avec Descartes. Le monde se composerait de deux substances : matérielle et spirituelle. La science aurait pour tâche de s’occuper de la substance étendue ou matière. C’est possible, par l’intermédiaire de la substance spirituelle, qui constitue l’esprit du savant.

Le monisme, en général matérialiste, suppose une seule substance, la matière. La notion de matière est définie par Locke comme une « substance corporelle » ne relevant que des qualités premières.Force est de constater que la physique n’a pas mis en évidence ce constituant fondateur et que, dans les autres sciences, le terme donne l’idée d’un matériau, par exemple la « matière minérale » ou la « matière vivante ». Jacques Monod a dû rappeler (Leçon inaugurale, Collège de France, 1967) que cette dernière n’existait pas. L’idée de substance matérielle pousse vers une chosification inappropriée.

La notion de substance étant source de difficultés et de confusions, il paraît préférable de l’éviter pour désigner ce qui existe.

Pour en savoir plus, voir l'article :  L'idée de substance

 


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