Paradigme scientifique (définition)

 

Le terme de paradigme, avancé par Thomas Samuel Kuhn dans son livre majeur La structure des révolutions scientifiques, concerne les sciences et correspond à un modèle qui s’impose pendant un temps donné. Le paradigme ne concerne pas que la théorie, il vise aussi les méthodes, la conception ontologique de base, les manières de voir. Un paradigme naît d’une découverte scientifique universellement reconnue qui, pour un temps, fournit à la communauté de chercheurs des problèmes type et des solutions adaptées.

Le mot paradigme, qui donne l’idée d’un modèle à suivre, est bien adapté pour décrire ce qui se passe dans les sciences, car la force normative, quoique régulée par la rationalité, y est aussi importante qu’ailleurs. Un paradigme a une dimension collective qui produit des effets pratiques dans la conduite des recherches et dans la gestion institutionnelle de la science normale.

Certains définissent même le paradigme comme « un système de croyances ». Dans toutes les disciplines, l’histoire nous montre une volonté de poursuivre et de répéter la méthodologie jugée valide. Les savoirs sont repris collectivement et institutionnellement selon une expression collective simplifiée, ce qui présente l’avantage d’une intégration simplificatrice transmissible, mais, par ailleurs et à certains moments, constitue un frein à l'avancée des recherches

Pour Thomas Kuhn, les changements de paradigme sont assez radicaux et il parle de "révolution scientifique". Les concepts changent, certaines des vérités admises ne le sont plus, les méthodes se modifient, les conceptions ontologiques sous-jacentes évoluent, le travail des étudiants et des chercheurs change et finalement, c'est une nouvelle manière de voir le monde qui apparaît. Il y a une incompatibilité ("incommensurabilité") entre les paradigmes.

Il semble qu'actuellement le paradigme de la science moderne (analytique et réductionniste) soit progressivement remplacé, dans certains domaines, par une manière de voir différente. Depuis le milieu du XXe siècle, la manière d'envisager le monde sur un mode analytique et linéaire, tend à être remplacée par une manière de voir globale, systémique, qui insiste sur les interactions, les structures, les équilibres. La compréhension causaliste linéaire du déterminisme évolue vers une conception plus souple admettant la récursivité et l'aléatoire.

La rupture s’est amorcée avec les premières découvertes de la physique quantique et confirmée lors de la généralisation de la thermodynamique, puis avec la cybernétique et la biologie contemporaine. Certains auteurs, comme Ervin Laszlo, voient dans la théorie des systèmes le point central de la révolution qui s'effectue dans la compréhension scientifique du monde. Le mouvement systémique du début du XXe siècle correspond à la recherche "de cadres théoriques solides dans les sciences non physiques (biologie, psychologie, économie, sociologie, etc.)", recherche rendue nécessaire par l’inadéquation d’une pensée analytique ou atomiste souvent qualifiée de mécaniste afin d’appréhender les problèmes posés par la complexité organisée.

 

Kuhn Th., La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1970, p. 11.
Pouvreau D., "Systémologie générale", Sciences et techniques en perspective, vol.12, 2009.

 


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