Socle épistémique (définition)

 

Appuyé sur les idées de Bachelard, de Kuhn et de Foucault, on peut identifier un ensemble de traits permettant de caractériser, à une époque donnée, ce qui structure les connaissances. Ce socle correspond aux présupposés philosophiques sur lesquels est assis l'édifice du savoir. Il se définit par différents aspects :

  • les grands principes qui guident la connaissance
  • la conception ontologique (ce qui constitue le monde) 

Et, concernant une connaissance particulière :

  • le référent et l'objet de la connaissance
  • la gnoséologie (la manière de connaître, les choix théoriques)
  • la méthode ou pragmatique (la conduite de l'expérience)
  • le récit philosophique général qui en découle

Voyons-les successivement.

Aspects généraux : 

Les grands principes sont des idées générales qui conditionnent la démarche de connaissance, comme le déterminisme, l'absence d'interventions surnaturelles, la rationalité, etc.

Ce sont les présupposés concernant le réel, c'est-à-dire l'ontologie (implicite ou explicite) qui la guide. Les présupposés ontologiques sont premiers, au sens où ils influent sur l'ensemble de la connaissance. Malgré cela, ils sont souvent ignorés, car transmis implicitement comme des évidences.

Concernant une connaissance particulière, il faut identifier les points suivants :

Le référent est le point de départ d'une connaissance, la partie de la réalité abordée grâce à une méthode nouvelle et pertinente. Il se transforme en objet de science lorsque la connaissance se développe lors des activités de recherche. L'objet constitue le cœur de la recherche et sa spécificité. Bachelard considère à juste titre que l'objet d'une science est construit (et même reconstruit plusieurs fois au cours des évolutions scientifiques). Un même référent peut donner lieu à plusieurs objets de recherche.

Ensuite, il faut décrire les idées qui orientent la théorisation. Ce sont les principes gnoséologiques qui règlent le raisonnement et guident la manière de théoriser. Ils indiquent si l’on doit penser de manière causale ou légaliste, de manière analytique ou synthétique, si l’on doit utiliser la logique ou les mathématiques, etc. Ils sont plus généraux que les lois scientifiques, leur formalisation et les procédés heuristiques reconnus dont ils contribuent à guider l'élaboration. Puis, vient la description du type de théorie au sens précis et rigoureux du terme (les théories varient selon leur forme et leur degré de formalisation).

On doit s'intéresser à la méthode ou pragmatique au sens de l'ensemble des pratiques. Il s'agit des procédures et des techniques qui encadrent l’expérience et produisent les faits scientifiques, comme l’observation et l’expérimentation. Les procédures ont pour but de donner une objectivité aux faits. Dans l'idéal, la méthode permet de faire surgir des faits assurés, collectivement contrôlables et potentiellement reproductibles et les relie de manière univoque à la théorie de façon à pouvoir la tester empiriquement. La méthode ou pragmatique se définit par l'ensemble des pratiques régulées qui font l'objet d'un apprentissage au sein de la communauté scientifique, qui concerne la mise au point de dispositifs et protocoles expérimentaux, mais aussi et y compris d'apprentissages sur le plan perceptif, gestuel et technique.

Sur le plan culturel

Les sciences contribuent à un récit philosophique, une conception cohérente du monde, qui les dépassent sans pour autant être métaphysiques. Cette synthèse découle des connaissances, mais, en même temps, fait retour pour les unifier. Cela correspond à ce que Thomas Kuhn a identifié comme la conception et les croyances sur le monde.

 


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