Les personnalités névrotiques

 

JUIGNET Patrick

 

Nous parlerons des personnalités névrotiques. Les termes névrose et névrotique sont issus d'une évolution de la psychopathologie qui a d'abord supposé une origine nerveuse (neurologique) à ces troubles, avant de considérer qu'ils étaient plutôt psychologiques et issus de facteurs relationnels. Le qualificatif "névrotique" est donc trompeur et peu adapté, mais, comme c'est celui classiquement employé, il est difficile d'en changer. On se reportera, pour plus de précisions sur l'utilisation de ce mot, à l'article Comment se repérer en psychopathologie ?

 

Pour citer cet article :

JUIGNET Patrick. Les personnalités névrotiques. Philosophie, science et société [en ligne]. 2017. https://philosciences.com/Pss/philosophie-et-psychopathologie/psychopathologie-clinique/229-personnalite-nevrotique

 

Plan de l'article :


  1. Histoire de l'idée de névorse
  2. La personnalité en psychopathologie
  3. Un aspect de cohérence et de liaison
  4. Une organisation psychique évoluée, mais parfois conflictuelle
  5. Des problèmes relationnels tardifs
  6. Les formes cliniques de la personnalité névrotique
  7. Prise en chage thérapeutique
  8. Conclusion : personnalité névrotique plutôt que névrose

 

Texte intégral :

1. Histoire de l'idée de névrose

L'idée de névrose a beaucoup évoluée du XVIIIe siècle à nos jours. Cette classe de maladies a été créée par William Cullen en 1769 pour désigner des maladies dépendant d'une affection générale du système nerveux. Elle comprenait quatre ordres qui seront ultérieurement repris par Philippe Pinel, les comatia, adynamia, spasmi, vesania. C'est le moment où l'on passe d'une médecine classificatoire à une médecine des organes.

Briquet, qui est chargé du service des hystériques à l'hôpital de la charité à Paris, publie en 1805 un traité dans lequel il la définit comme une névrose de l'encéphale dont les phénomènes apparents consistent principalement dans la perturbation des actes vitaux qui servent à la manifestation des sensations affectives et des passions.

En Autriche, vers 1845, Ernst von Feuchterleben oppose névrose et psychose. La psychose serait une maladie mentale par opposition à la névrose qui dépendrait d'une altérations du système nerveux. Le terme névrose désigne simplement une atteinte du système nerveux quelle qu'elle soit. Mais une névrose peu s'accompagner d'une psychose entendue comme un dérèglement mental. 

En 1869, George Miller Beard, neurologue américain, décrit la neurasthénie, maladie qui devient vite célèbre et sera l'objet de diverses publications dans les 20 années suivantes. Elle se manifeste par un épuisement physique et mental, des névralgies, des céphalées et divers autres troubles. Vers 1880, il fit une théorie de la neurasthénie en termes d'épuisement de l'énergie nerveuse.

À la fin du XIXe siècle, dans son Traité des névroses, Alexandre Axenfeld donne la définition suivante des névroses : il s'agit d'états morbides qui présentent la double particularité de se produire en l'absence de toute lesion appréciable et ne pas entraîner par eux-mêmes de changements profonds et persistants dans la structure des parties. Il note que, concernant les névroses, nous ignorons ce qu'elles sont en réalité.

Martin Charcot suit les principes généraux de Bricquet pour classer les névroses. Concernant l'hystérie, il en rapporte les symptômes a un dysfonctionnement nerveux auquel il donne le nom de "lésion dynamique" (sans atteinte neurologique). Mais on est maintenant à l'époque de la médecine étiologique qui exige de trouver une cause à la maladie.

Un tournant sera pris à la fin du XIXe siècle lorsque Freud s'interrogeant sur la lésion dynamique de Charcot montrera qu'elle est plutôt de l'ordre de la représentation que de la physiologie. Il y voit un trouble de l'association entre représentations. Mais il ne s'arrête pas là, car, recherchant l'origine de ce dysfonctionnement (l'étiologie), il tombe sur des événements traumatiques dont il suppose qu'ils restent mémorisés sous forme de représentations et d'affects pathogènes.

Les travaux de Pierre Janet sont difficiles à intégrer dans l'histoire des névroses, car ils ont eu peu de suite. Janet décrivit les obsessions et les rituels. Son oeuvre a contribué à répandre les idées que les névroses ont une cause psychologique et sont des maladies de la personnalité. Au XXe siècle, c'est à Jean Bergeret que l'on doit la mise en avant de la personnalité par l'étude de la psychopathologie et par conséquent dans celle des névroses.

Au cours de la décennie 1970, l'association américaine de psychiatrie supprime le terme de névrose du Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux (DSM version III 1980). Les troubles correspondants sont considérés comme un symptôme ou groupes de symptômes faisant souffrir l'individu et reconnus par lui-même comme inacceptable ou étranger à sa personne. Ces symptômes sont regroupés en troubles affectifs, troubles anxieux, troubles somatoformes, les troubles dissociatifs et psychosexuels. C'est le retour à une pensée purement classificatoire appuyée sur les statistiques.

2. La personnalité en psychopathologie

Par personnalité, on entend l’ensemble des traits qui distingue chaque personne. La psychopathologie en propose une approche du point de vue particulier qui est le sien et n’embrasse pas la totalité de la personnalité humaine. Se référer à la personnalité note qu’on s’adresse à la globalité individuelle et non à des aspects parcellaires. Nous définirons la personnalité en psychopathologie comme la conciliation des aspects biologiques, cognitifs et sociaux, qui viennent se synthétiser dans le psychisme, dont l’une des fonctions est de réaliser et maintenir l’unité individuelle. Se délimite ainsi un domaine d’étude précis, celui qui a trait au psychisme que l’on peut modéliser en une structure. C’est dans cette perspective que nous étudierons les névroses. En cela, nous suivons la voie tracée par Jean Bergeret.

À partir des années 1960, Jean Bergeret à tenté une articulation entre les phénomènes manifestes (caractère et symptômes) et le psychisme, conçu sur le mode métapsychologique comme structure de la personnalité. La structure de la personnalité est l'aménagement stable du psychisme manifesté par le caractère et la symptomatologie lorsque cette organisation psychique se décompense, c'est-à-dire que des facteurs internes ou externes déséquilibrent les mécanismes de défense et d'adaptation. En psychopathologie, le vocable de structure se limite donc aux éléments de base de la personnalité, à la façon dont la personnalité est organisée sur le plan profond et fondamental. Jean Bergeret distingue les structures stables (psychotique et névrotique) et les organisations intermédiaires (états-limites) moins durables. (Bergeret Jean, La personnalité normale et pathologique, Paris, Bordas, 1974.)

En psychopathologie, le point de vue est orienté par deux finalités, diagnostique et thérapeutique, et il dépend d'une approche empirique de type clinique. Plutôt que de considérer les névroses comme des maladies, ou des syndromes, ou des entités nosologiques, nous les considérons comme des manifestations d'un type de personnalité qui sera défini de trois manières que nous allons voir successivement : les aspects cliniques, la structure psychique et l'évolution au cours du temps (la psychogenèse). Chaque approche donne une indication intéressante, mais c’est leur convergence qui permettra de faire un diagnostic sérieux. Ce que nous décrivons est une forme type générale qui ne correspond pas à un cas individuel. Il s'agit d'une catégorie générale qui se décline en diverses formes particulières. Voyons ce qui peut faire évoquer une personnalité de type névrotique.

3. Un aspect de cohérence et de liaison

Voyons ce qui retient l'attention au premier abord. Dans la plupart des cas, le contact immédiat avec ce type de personnalité est bon et, après quelques entretiens, on a le sentiment d’une relation cohérente. L’attitude du patient est en rapport avec le contexte relationnel dans lequel il se trouve et ce qu’il dit est lié à ce qu’il pense ou ressent. La communication n’est pas problématique. La conversation est facile et compréhensible, les propos ont un sens, le langage ne présente pas de bizarreries. La communication gestuelle (gestes, attitudes, mimiques) est adaptée. La manière de raconter son histoire et de la vie quotidienne est cohérente. Le repérage dans le temps des événements est correct et l’enchaînement compréhensible, même s’il existe quelques lacunes. La personne a un aperçu intuitif de son fonctionnement psychique qui est parfois réduit.

La réalité, au sens ordinaire du terme (le concret, le social), est correctement perçue. Le sujet s’adapte assez bien aux contraintes concrètes et sociales et il distingue sans difficulté ce qui vient de son imagination et ce qu’il faut attribuer à la réalité. La loi morale commune (au sens des grands principes régissant les rapports humains) est comprise et intégrée. La loi normative (les lois des codes et des règlements) est le plus souvent respectée. L’autre existe en tant que personne autonome et respectable. Ce n’est ni un moyen dont on se sert ni un personnage supérieur et effrayant. L’anamnèse montre une histoire qui n’est pas chaotique et une enfance qui s’est déroulée dans une famille structurée.

Le vécu douloureux, lorsqu’il existe, est motivé, il est dû aux conditions d’existence (échecs, désagréments, frustrations). Il y a souvent un contraste entre l’appréciation du patient pour qui il apparaît intense et celle du clinicien, qui ne le juge pas inquiétant. L’anxiété est assez fréquente. Les crises aiguës d’angoisse apparaissent lors des décompensations et se présentent souvent comme une exacerbation du fond anxieux. La dépression prend la forme d’une sensation de tristesse pénible et douloureuse avec une culpabilité ou un sentiment d’infériorité, mais sans effondrement ni dévalorisation extrême.

L’inhibition est fréquente. Elle s’accompagne d’une fuite des contacts, d’une disparition de la sexualité. Lorsque ces symptômes apparaissent, ils sont de gravité modérée. Le patient a conscience de leur caractère pathologique et il demande de l’aide. Ces symptômes diminuent l’efficience de la personne, mais ne compromettent pas l’adaptation sociale et concrète. Ces symptômes peuvent être de divers types. Nous allons en donner quelques exemples.

Il peut s’agir d’une phobie, qui est la peur d’un objet particulier ou d’une situation précise. L’angoisse occasionnée par la phobie est esquivable par évitement de l’objet ou par un système de réassurance. Il peut s’agir d’une obsession, pensée involontaire qui persiste et s’impose. Elle est impossible à chasser, mais provoque peu d’anxiété. Pour lutter contre les obsessions, ou parfois de manière indépendante, le névrosé met en place des rituels. On constate aussi des somatisations souvent de type musculaire, mais qui peuvent être aussi sensorielles ou viscérales. La personne s’en plaint, mais tolère bien le trouble.

L’adaptation sociale est bonne car le sujet a un travail et subvient correctement à ses besoins. Son activité est normale, parfois limitée en cas d’inhibition. La réflexion et les interdits sont suffisamment puissants pour éviter les passages à l’acte néfastes. Sur le plan sexuel, l’orientation est généralement hétérosexuelle, mais il y a parfois une inhibition et une insatisfaction. Les relations avec les autres (amitié et camaraderie) sont variables selon les formes cliniques ; faciles chez les uns et difficiles chez les autres. Elles sont souvent durables et stables. Selon les cas, les relations amoureuses peuvent être durables et satisfaisantes ou bien instables du fait du mécontentement récurrent vis-à-vis des partenaires. La solitude provoque un sentiment pénible, mais elle est supportable.

4. Une organisation psychique évoluée, mais parfois conflictuelle

Les lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec le modèle du psychisme peuvent se reporter à l'article Un modèle du psychisme. Sur le plan du fonctionnement psychique, il y a un recouvrement du processus primaire par le secondaire dans la vie éveillée. Le processus primaire ne se manifeste que dans les rêves, les lapsus, les actes manqués. Le principe de réalité est solide et résiste bien aux traumatismes. La capacité cognitive et représentationnelle bien développée permet une bonne mentalisation du fonctionnement psychique et la loi morale commune est intégrée.

La sublimation, moyen de défense efficace, est souvent employée. Par ce mécanisme, il y a un abandon du but initial et une transformation de l’investissement pour un but socialement utile et moralement acceptable. Le refoulement est également fréquent, il produit un désinvestissement de la tendance refoulée, puis un contre-investissement sur un aspect dérivé. Rarement complet, il s’accompagne de formations réactionnelles, de formations substitutives et de formations de compromis qui permettent un retour du refoulé acceptable. On trouve d’autres mécanismes comme la rationalisation, la dénégation, la projection. Ces trois mécanismes sont tempérés par les processus secondaires et peuvent donner lieu à une critique.

Les principales imagos ont un caractère évolué. L’imago de soi-même est bien constituée, elle intègre un corps unifié et sexué à une identité stable constituée des identifications successives. Les imagos parentales sont différenciées, sexualisées et réajustées par rapport à la réalité. L’objet est total et unifié et il comporte des caractéristiques issues de la réalité. Il est organisé autour d’une imago sexuée de l’autre. L’objet oriente la recherche d’un référent, d’un autre concret sur le mode hétérosexuel. Les structures fantasmatiques sont œdipiennes ou post-œdipiennes.

En ce qui concerne le ça, les pulsions libidinales priment sur les pulsions agressives. Concernant l'évolution libidinale, la génitalité a pris le dessus par rapport aux tendances infantiles dites "prégénitales" (orale, anale, phallique). Lorsque perdurent désirs infantiles puissamment investis, il se produit un conflit avec le surmoi qui sera source de difficultés. Le moi coordonne efficacement les exigences pulsionnelles avec les exigences de la réalité dans un sens favorable à la totalité de l’individu. Il est parfois débordé par le conflit entre ça et surmoi, ce qui donne les aspects pathologiques, comme l’a montré Freud de manière inaugurale. Dans ce cas, le moi n’assure plus son rôle de coordination efficace des exigences contradictoires en lutte.

Le soi associe l’imago de soi-même à un investissement stable et comporte les fonctions nécessaires à la cohérence identitaire. Il est bien constitué, pourvu d’un investissement constant et il est capable d'instituer une limite correcte entre soi-même et les autres. Il permet une unité et une identité individuelle perdurantes. Le surmoi est bien présent et comporte des éléments identificatoires issus des parents. Dans la névrose, le surmoi est parfois trop puissant, fonctionnant de manière exacerbée ou à mauvais escient. L’instance de l’idéal a évolué, elle est tempérée et elle a perdu de son importance au profit du surmoi. Sa persistance, sous une forme secondarisée et atténuée, correspond aux idéaux et au support des projets.

Les aspects pathologiques sont dus à la dynamique conflictuelle entre le ça et le surmoi. Dans certaines circonstances, le moi, généralement efficace, est débordé par la violence du conflit entre ça et surmoi. Devant une poussée pulsionnelle venue du ça, le surmoi fait barrage et des mécanismes de défense sont mis en place (le refoulement principalement). Ces mécanismes sont efficaces, mais source de difficultés et de symptômes qui ne peuvent être endigués par le moi. La personne se rend compte de ses symptômes, mais ne peut les endiguer. Des tendances régressives se manifestent.

5. Des problèmes relationnels tardifs

Sur le plan du développement, l’individuation et l’autonomisation se sont faites correctement. La sexuation (la situation de soi dans un sexe et un genre bien définis) s’est avancée favorablement, et enfin la phase œdipienne s’est amorcée. La maturation psychique s'est faire correctement jusqu'à ce point, ce qui est nécessaire à la structuration névrotique de la personnalité dont nous nous occupons ici.

La période critique est celle de la résolution œdipienne qui se situe entre cinq et sept ans, puis se rejoue à l’adolescence. Elle concerne la sexuation définitive (c’est-à-dire l’adoption d’un genre et d’un rôle sexuel), la place par rapport aux autres et plus généralement le positionnement dans l’ordre humain (la parenté, la loi commune). Il n’y a de névrose que si le processus œdipien a été abordé. Son évolution favorable, en l’absence de difficultés spécifiques et de fixation antérieure, permet une bonne santé et un développement psychologique optimal. En cas de difficulté, la résolution est imparfaite et il se produit une régression à un mode relationnel et libidinal infantiles. Plus cette régression est forte et fixée, plus elle provoque des conflits et constitue un point d’appel pour les moments de décompensation ou de régression ultérieurs.

Il faut d’abord signaler que la famille est en général bien structurée et assure une éducation correcte. Les difficultés peuvent venir d’une éducation rigide, dans un milieu surprotecteur et fermé. Une éducation répressive induit une extension de l’interdit incestueux à toute la génitalité. C’est une sorte de dévoiement de l’interdit qui, au lieu de porter sur l’inceste, porte sur la sexualité génitale. Il s’ensuit un refoulement massif de la sexualité. À l’adolescence, la poursuite d’une éducation rigide et répressive empêche la levée du refoulement concernant la sexualité génitale qui reste interdite de même que l’ouverture extra-familiale. Les difficultés peuvent être dues à un amour parental trop intense.

Un amour trop important du parent œdipien, insatisfait par sa relation avec le (ou la) partenaire, donne une nostalgie à l’enfant qui reste fixé à cet amour. Il se produit des situations ambiguës ou vécues comme telles. La sublimation insuffisante du parent donne des attitudes séductrices qui rendent difficile la résolution du conflit œdipien. Ce peut être aussi des attitudes de brouillage vis-à-vis de la sexuation (très à la mode en ce début de xxisiècle sous le mauvais prétexte d’égalité), l’enfant étant encouragé à ne pas adopter le genre afférent à son sexe biologique.

Les difficultés peuvent venir d’un père qui ne joue pas bien son rôle. Un père distant et trop sévère ne fournit pas, pour le garçon, un bon modèle identificatoire. Son attitude agressive exacerbe la menace de castration au point qu’elle devient insurmontable. Pour la fille, l’absence de contact physique et de tendresse est inquiétante et n’apporte pas de compensations favorables à l’abandon du projet œdipien. L’effacement dans nos sociétés du rôle d’autorité tutélaire dévolu au père ou le fait qu’il ne soit pas tenu par un homme mais par une femme (aussi bien dans la famille que dans la sphère éducative), provoque une difficulté de repérage qui peut aboutir à un infantilisme persistant.

Une question classique en psychopathologie est celle de "l’événement traumatique" comme facteur de pathologie. Une tentative de séduction sexuelle concrète a-t-elle eu lieu ou pas ? Dans le cas de la névrose, il s’agit de situations ambiguës et rarement de relations sexuelles directes quoique celles-ci ne soient pas exclues. Il vaut donc mieux parler de « scène de séduction », notion qui intègre le vécu et laisse de côté le déroulement objectif exact, toujours difficile à cerner.

On peut aussi s’aider, pour comprendre cela, de l’idée de « séduction généralisée » avancée par Jean Laplanche (Laplanche J., Vie et mort en psychanalyse, Paris, Flammarion, 1970), que l’on peut reformuler ainsi : tout enfant est confronté à des adultes qui ont un désir sexuel en décalage avec son propre degré de maturation. Ceci a un caractère potentiellement traumatique au sens d'une préorganisation libidinale qui sera ultérieurement conflictuelle. L’ambiguïté de l'adulte est une source de difficultés, car elle disqualifie la loi commune qui doit être portée explicitement par les parents et en particulier par le père. C'est sur elle que s'appuie la résolution heureuse du conflit œdipien.

6. Les formes cliniques de la personnalité névrotique 

Ce type de personnalité peut prendre diverses formes en fonction du conflit psychique et de la voie trouvée pour le résoudre. Ces formes cliniques se traduiront par des traits de caractère et des symptômes caractéristiques. On individualise ainsi une forme équilibrée sans symptôme important, la forme hystérique dans laquelle le théatralisme et les somatisations sont importants, la forme anxio-phobique dominée par les peurs et, enfin, la forme obsessionnelle caractérisée par une maîtrise excessive et des obsessions.

La personnalité névrotique est l’organisation psychique dans laquelle la santé est la plus fréquente, en particulier si une stabilité affective s’est établie. Il existe une forme d’organisation psychique se caractérisant par un équilibre personnel, une adaptation sociale et des périodes asymptomatiques pendant lesquelles la personne va bien. On voit pourquoi le terme névrotique qui évoque la pathologie est peu approprié. 

7. Prise en charge thérapeutique

La psychothérapie de soutien est indiquée pour les personnalités névrotiques. Elle aide dans les situations difficiles, apaise les symptômes, renforce les capacités d’autonomie et d’adaptation, évite les décisions inopportunes et contraires à l’intérêt du patient. Pour que le travail puisse se faire et se pérenniser, la dimension transférentielle doit être maintenue dans des limites étroites et positives. Il est nécessaire d’établir une relation de collaboration, une  alliance thérapeutique. On peut y associer diverses techniques particulières, ainsi que des prescriptions médicamenteuses.

Si le patient manifeste une volonté de changement, une psychothérapie dynamique, c’est-à-dire permettant une mobilisation et une évolution du psychisme, est indiquée. Chez l’adulte, le dispositif classique divan-fauteuil est utilisable, mais souvent le face-à-face convient mieux. Chez les enfants, il s’agit toujours d’une technique aménagée par le jeu, le dessin. Le projet est de défaire l’organisation pulsionnelle régressive et de favoriser une évolution vers la complète maturité.

Conclusion : personnalité névrotique plutôt que névroses

Les idées sur les névroses ont beaucoup évolué si bien que ce que l'on évoquait originairement sous ce terme n'a plus grand chose à voir avec ce qu'il en est aujourd'hui. Il reste un flou et un désacord sur ces problèmes et une partie de ce qui était ainsi désigné (les dysfonctions neurologiques) a été laissé de côté.

Nous nous sommes placé dans la perspective d'un type de personnalité, qualifiée de "névrotique", car c'est le terme qui est resté suite à l'opposition entre névrose et psychose qui a marqué l'évolution des idées dans le courant psychanalytique et psychodynamique. Cette forme de personnalité se caractérise par organisation du psychisme complète, au sens où l'évolution individuelle a été jusqu'à terme et a permis à toutes les instances psychiques de se constituer, mais qui peut être conflictuelle. Dans la structure psychique névrotique, le fonction de réalité et les capacités de représentation sont présentes et efficaces. Toutes les instances sont constituées et fonctionnelles. La loi commune est intégrée.

Ce qui fait parfois problème pour la personne concernée et engendre un malaise relationnel et des symptômes, c'est le conflit entre l'organisation libidinale, telle que l'histoire individuelle l'a façonnée, et le surmoi qui ne l'admet pas. 

 

Bibliographie :

Bergeret Jean, La personnalité normale et pathologique, Paris, Bordas, 1974.

Juignet P., Manuel de psychopathologie générale, Grenoble, P.U.G., 2015.

Juignet P., Manuel de psychothérapie et de psychopathologie, Grenoble, P.U.G., 2016.

Laplanche J., Vie et mort en psychanalyse, Paris, Flammarion, 1970

 


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