La psychologie cognitiviste

 

JUIGNET Patrick

 

La psychologie de la connaissance n'est pas nécessairement cognitiviste. La psychologie cognitiviste est une reformulation de la psychologie de la connaissance dans le cadre du cognitivisme, c'est-à-dire en s'inspirant de la théorie de l'information. Elle a eu lieu à partir des années 1950 aux USA et vers 1980 en Europe. Apporte-t-elle  quelque chose à la connaissance de l'homme ?

 

 Pour citer cet article :

JUIGNET Patrick. La psychologie cognitiviste. Philosophie science et société [en ligne]. 2015.https://philosciences.com/Pss/philosophie-et-humanite/psychologie-representation-cognition/127-psychologie-cognitiviste

 

Plan de l'article :


  1. Le référent de la psychologie cognitive
  2. La diversification des recherches
  3. La probable impasse computationniste
  4. La piste de la représentation
  5. Le mental, le conscient et l'inconscient
  6. Un renouveau sur l'homme

 

Texte intégral :

1. Le référent de la psychologie cognitiviste

Pour situer la psychologie cognitiviste, nous décrirons d'abord son référent (par référent, nous entendons ce à quoi une connaissance s'intéresse dans le monde et de quelle manière elle le fait). Cela permettra en même temps de la situer par rapport à la psychologie béhavioriste et à la psychanalyse.

Le cognitivisme suppose que les déterminations internes aux individus provoquent des conduites observables de ceux-ci. Il s'ensuit qu'à partir des conduites observées, il est possible de construire un modèle des déterminations internes de l'individu. Ce dernier est considéré au sein d'un environnement dont il reçoit des informations. On a ainsi un schéma cadre à trois termes :

environnement - individu - conduites
 

En définissant ces trois termes, leurs rapports et les méthodes utilisées pour les étudier, on peut situer précisément la psychologie behavioriste, la psychologie cognitive, la psychopathologie psychanalytique.

La première, la psychologie behavioriste se limite à l'environnement et aux conduites qui sont finalement réduites à des stimuli et à des réponses comportementales. Les déterminations internes à l'individu sont mises hors jeu (boîte noire). Le mode d'étude est exclusivement expérimental.

En opposition, la psychologie cognitiviste et la psychanalyse tiennent compte des déterminations internes à l'individu. Elles se séparent nettement du béhaviorisme quant au référent et à la méthode utilisée pour y accéder.

La psychologie cognitiviste simplifie l'environnement et les conduites de façon à délimiter les aspects cognitifs et à pouvoir appliquer la méthode expérimentale. Elle s'intéresse à un environnement plutôt concret. Elle utilise aussi parfois la méthode clinique et les tests. Elle porte son attention sur la connaissance et le traitement de l'information, qu'ils soient de type représentationnel ou pas. Elle donne, de la détermination interne à l'individu dans ce domaine cognitif, des théorisations et modélisations diverses.

La psychanalyse et la psychopathologie qui en dérive s'adressent à un environnement principalement familial et social et à des relations très complexes qui se sont échelonnées dans l'histoire individuelle, qu'elle étudie de façon clinique. Elle s'oriente vers les aspects concernant l'affectivité, la personnalité, les motivations. Elle en donne un modèle synthétique nommé le psychisme. Les déterminations sont ramenées au psychisme qui est une entité complexe et non homogène (voir l'article Le psychisme humain).

Contrairement à une opinion répandue, il n'y a pas d'opposition de fond entre psychologie cognitiviste et psychopathologie psychanalytique. Le schéma cadre est le même, c'est le référent qui change : l'une étudie l'univers cognitif et l'autre l'univers affectif, l'une est expérimentale, alors que l'autre est clinique. Par contre, la psychologie cognitiviste s'oppose au comportementalisme. La psychologie cognitiviste "se fonde contre le béhaviorisme", car elle s'autorise, "pour comprendre les comportements, à tenter de les expliquer par des causes invisibles, mentales". (Le Ny J-F, Comment l'esprit produit du sens, p. 48).

Plus généralement, la psychologie cognitiviste a « pour objet de reconstituer et de décrire les différents processus internes, de nature psychologique, que l’on suppose à l’origine des conduites » (Launay M., Psychologie cognitive, 2004, p. 18). Cette psychologie s'intègre dans les sciences cognitives qui ont une conception computationnelle et représentationnelle de la cognition humaine.

Elle ne représente pas toute la psychologie de la connaissance, car il y a une école très importante issue des travaux de Jean Piaget, qui prend la forme d'un structuralisme constructiviste, conciliant structure et genèse. Notons que le terme cognitivo-comportementaliste est une imposture intellectuelle, puisque le comportementalisme considère que la psychologie ne doit pas tenir compte des processus cognitifs internes à l'individu.

En conclusion de ce paragraphe, nous dirons que la psychologie cognitive tente de rendre compte, par des théories et des modèles, du fonctionnement interne aux individus dans le domaine cognitif, en le ramenant à des processus pouvant être expérimentés.

2. La diversification des recherches

La psychologie cognitiviste, qui a pour but de reconstituer les processus internes que l'on suppose à l'origine des conduites intelligentes observables, est diversifiée pour deux raisons. D'une part, son domaine d'étude est vaste. Elle s’intéresse à la sensation, à la perception, à l'attention, aux apprentissages, à la catégorisation, au langage, au raisonnement, à la mémoire, aux décisions et résolutions de problèmes. D'autre part, elle a des méthodes différentes selon qu'elle s'inspire de la modélisation informatique, ou de la neurobiologie, ou encore si elle autonomise les traitements cognitifs, cherchant à montrer ce qui leur est spécifique.

La conception de l'activité cognitive, qui caractérise la psychologie cognitiviste, implique en même temps de distinguer des niveaux de complexité et donc des types d'études différents. Le degré le plus simple concerne les signaux neurobiologiques, le degré suivant leur intégration en éléments cognitifs dont certains sont  représentationnels et le degré le plus complexe concerne le jeu de ces éléments cognitifs entre eux et leur utilisation.

Autrement dit, si la psychologie cognitiviste a un référent qui l'unifie, elle a des objets de recherche assez divers. Donnons des exemples. L'objet d'étude peut être la perception prise dans sa forme la plus élémentaire. Ce peut être la signification étudiée dans le cadre d'un échange verbal, et modélisée sous forme de "représentations" et de "réseau sémantique". Ce peut être les raisonnements logiques, mais aussi les raisonnements spontanés sous- tendus par une interprétation de la situation et une connaissance du monde. L'objet d'étude atteint alors une grande complexité.

Les recherches en cours de par le monde se réclamant de la psychologie cognitiviste sont très nombreuses et très intenses. Il serait vain de vouloir en faire une liste. La naissance des sciences cognitives a coïncidé avec l'émergence de la conception computationnelle et représentationnelle de la cognition humaine. Ce paradigme a, en particulier, présidé aux développements de l'étude  du langage. Se sont succédées la conception computationnelle et représentationnelle de la cognition, puis celles de "l'embodied cognition" et la conception de "l'extended mind".

3. La probable impasse computationniste

Courant éclectique, le cognitivisme a un versant nommé le computationnisme. Ce courant de recherche est fondé sur le postulat selon lequel la cognition est fondamentalement un calcul pouvant être effectué par un dispositif matériel. Cette démarche est fondée sur la déclaration d'Alan Turing de 1950, qui, en s'appuyant sur les travaux de Claude Shannon, affirma que ce que fait l’esprit humain pouvait être effectué par une machine.

Peu de temps après, H.H. Aiken élabora une théorie qui permettait de construire un circuit électronique réalisant une fonction logique. Suivi le développement de la cybernétique, puis de l'informatique. Le calcul logique, fait grâce à des variables (0 et 1) et des opérateurs (non, et, ou, ou exclusif, non-ou, non-et),  est tel que les formes syntaxiques peuvent être reproduites par des formes signalétiques électroniques. Des opérations peuvent être réalisées par des circuits, ce qui veut dire qu’aux opérations sur les variables logiques, correspondent point par point des fonctionnements électriques.

L’idée vint qu’un calcul logique du même type pourrait être effectué par l’activité nerveuse. C’est la « Nouvelle synthèse » proclamée dans les années 1940 par Stephen Pinker et Henry Plotkin. Pour eux, le calcul est enraciné dans le substrat biologique du cerveau humain et, qui plus est, de manière innée. Alan Nexell et Herbert Simon, lancent le dogme selon lequel l’intelligence, ou l’esprit, est un calcul symbolique de type informatique. Suit « l’information processing paradigm » annonçant que tous les aspects cognitifs (perception, apprentissage, intelligence, langage) sont des opérations de traitement de l’information (signal) similaires à celles que l’on peut implémenter dans un ordinateur. Il s’agissait de chercher « comment les phénomènes mentaux peuvent être matériellement réalisés », écrit Dan Sperber.

En 1943, Warren McCulloch et Walter Pitts publient un article « Un calcul logique immanent dans l’activité nerveuse ». Ils indiquent la possibilité d’un calcul logique  dans le système nerveux en le comparant avec un réseau électronique calculateur. Il s’agit d’un point de vue formel et hypothétique, car les schémas proposés simplifient considérablement les neurones et rien n’indique que de tels réseaux existent vraiment dans le cerveau. Ils sont seulement possibles au vu des connaissances de l'époque. Franck Rosenblatt propose, en 1962, une machine composée de deux couches de neurones simplifiés, liées entre elles par des connexions au hasard, et qui peuvent être modifiées pour apprendre.

La pensée, l’esprit, l’intelligence seraient un traitement syntaxique, un calcul traitant des représentations symboliques qui correspondent elles-mêmes à des traces, des marques matérielles. On retrouve, en 1989, le même projet exprimé par John Haugeland. « La pensée est une manipulation de symboles » et « la science cognitive repose sur l’hypothèse … que toute intelligence, humaine ou non, est concrètement une manipulation de symboles quasi linguistiques » (Haugeland J., L’esprit dans la machine, Paris, Odile Jacob, 1989). Haugeland affirme que les questions qui tracassent les philosophes depuis plusieurs millénaires ont trouvé une réponse. L’esprit est un système formel, car « la pensée et le calcul sont identiques ». « La pensée (l’intellect) est essentiellement une manipulation de symboles (c’est-à-dire d’idées) ». C’est le postulat calculateur fondateur du computationniste.

Au computationnisme, a fait suite le connexionnisme, contestant qu’il y ait un programme symbolique. Dans ce cas, le cerveau est le seul et unique niveau à considérer. On n'a même plus besoin de symboles, ni de représentations. La cognition ne serait pas une propriété abstraite qui pourrait être reproduite grâce à des manipulations de symboles, mais proviendrait de l'interaction des composants biologiques du cerveau. L'approche dynamique récuse la séparation entre la cognition et son incarnation. Elle considère la cognition comme inhérente au niveau  biologique, ce qui est nommé « embodied cognition », ou encore « enaction ». (Varela F., Invitation aux Sciences Cognitives, Paris, Seuil, 1988 et L'Inscription Corporelle de l'Esprit, Seuil, Paris, 1993). Le schéma paradigmatique est celui du stimuli-réponses, supposant que, si la connectique est suffisamment complexe, elle aura réponse à tout.

Une des applications de cette manière de voir en robotique est celle de Rodney Brooks, directeur du Laboratoire d'intelligence artificielle du Massachusetts Institute of Technology, qui tente de faire des robots autonomes sans représentation du monde. En gros, il applique l’idée d’une boucle réflexe élargie à la perception-action pour construire une machine qui, au départ, ne sait rien de son environnement, mais qui est dotée des boucles sensori-motrices efficaces. Elle testera sa boucle de réaction/action, jusqu'à la rendre efficace et pouvoir se débrouiller dans n'importe quel environnement.

C’est une manière intéressante de considérer en continu le cerveau, le corps, le monde, et de situer l'organisme dans un rapport adaptatif au monde. Cette conception qui peut être juste concernant les organismes inférieurs, est assez probable et l'analogie entre les robots et les cafards paraît utilisable. Par contre, il paraît abusif de l'étendre aux mammifères et surtout aux capacités supérieures de l'homme. 

Jean  Piaget a montré depuis longtemps que l'acquisition de la capacité d'abstraction est inséparable de la mise en œuvre des schèmes sensori-moteurs, mais qu’elle ne peut s’y réduire. Il y a un procédé de raisonnement fallacieux à l’œuvre, consistant à passer de schèmes de catégorisation pratiques à des catégories conceptuelles. Si un cafard ou un robot fuit une situation, cela ne veut pas dire qu’il la juge indésirable, cela veut seulement dire que s’est bouclé un circuit d’évitement. Il n’y a là aucune signification, aucun concept, aucune pensée.

Pour Varela, en tant que système neuronal, le fonctionnement du cerveau revient à la recherche de stabilité sensori-motrice. Chez l'animal, le système neuronal, fait une boucle perception-action. Sur le plan évolutif, ce serait sur cette base que des choses plus abstraites ont commencé à se greffer. « Comment se produit ce saut ? Pourquoi des propriétés abstraites symboliques émergeraient-elles chez le robot COG que développe Brooks ? La réponse n'est pas encore claire » (Interview dans la revue La Recherche) admet Varela. Ceci est à rapprocher de l’aveu de Jean-Pierre Changeux à Paul Ricœur « L’implémentation de ce que l’on entend par signification pose problème » (Dialogue entre J.-P. Changeux et P. Ricoeur).

De notre point de vue, le computationnisme est erroné. Les circuits neuronaux du cerveau ne fonctionnent pas comme ceux des ordinateurs (ils sont bien plus complexes) et il paraît impossible qu’ils puissent être le support d’inscription (d’implémentation) d’un programme symbolique déterminant les actions humaines. Quant à l'élimination complète des représentations, de la signification, elle est contraire à l'évidence. La réduction-simplification a lieu de tous les côtés sans motivation valable. Ces réductions simplificatrices sont erronées et n'ont aucune justification scientifique.

Ces doctrines participent d’un mythe supposant un monde matériel dans lequel se meut un homme biomécanique réagissant à des stimuli par des réponses déterminées par son câblage nerveux, et, au mieux, par l’intermédiaire d’une cognition réductible à sa forme syntaxique. C’est une vision de l’homme qui laisse de côté la culture, l’histoire et la pensée. Ce mythe nous donne à voir un homme simplifié, réduit à son soubassement biocomportemental se mouvant dans un environnement concret. Le réductionnisme débouche sur une anthropologie naturaliste qui a le grave inconvénient de gommer la spécificité humaine.

4. La piste de la représentation

En reprenant les propos de Tiberghien (1999), on pourrait dire qu'il y a deux aspects fondateurs à ce courant important de la psychologie cognitiviste, le premier qui est "l'émergence d'un nouvel objet scientifique, la représentation mentale" ; le second la reprise des données de l'informatique et de la neurobiologie.

Le tournant théorique a été permis par la reprise d'une notion ancienne, la "représentation" qui vient des psychologies associationnistes des XVIIIe et XIXe siècles.  Les représentations sont supposées être le support des compétences. Ce sont des entités (de diverses tailles et de diverses natures), douées de propriétés (sémantiques, syntaxiques et autres), mémorisables (à court ou long terme), qui font l'objet de traitements ou processus cognitifs. Les représentations ne sont pas observables, ce sont leurs effets qui font l'objet d'une étude empirique. À ce titre aussi, la psychologie cognitiviste est anti-behavioriste, car ce courant proscrit toute référence aux représentations dans l'explication psychologique du comportement (car elles sont inobservables directement).

Citons à nouveau Tiberghien (1999) sur ce sujet : "Mais, c’est de l’intérieur même que le behaviorisme a littéralement implosé. C’est tout d'abord Tolman (1925, 1948) qui a été contraint, l'un des premiers, de postuler des états représentationnels ("cartes mentales") et même intentionnels (réponses vicariantes) pour expliquer les apprentissages latents et l'orientation spatiale chez l’animal. Les hypothèses tolmaniennes ont ainsi engendré un néo-behaviorisme qui s’est de plus en plus émancipé de la règle behavioriste: Hull est amené à postuler des réponses implicites anticipatrices de buts entre les stimulus et les réponses (1952) ; les théories médiationnelles réintroduisent une certaine forme d’état représentationnel ou émotionnel, observable "en principe" ou "potentiellement", entre les états objectivement observés de l'environnement et le comportement".

On peut donner l'exemple de l'enseignement de P. Jacob (DR CNRS, Institut Jean Nicod, CNRS-ENS/EHESS) qui porte sur les représentations mentales et celui de R. Casati (DR CNRS, Institut Jean Nicod, CNRS-ENS/EHESS) sur les représentations publiques. Citons leur argumentaire (2010) :

"Le tournant cognitif en psychologie s'appuie sur l'introduction d'une entité théorique, la représentation mentale. Les ingrédients fondamentaux de la compétence seraient des représentations, c'est-à-dire des entités douées de propriétés sémantiques et syntaxiques, qui feraient l'objet de computations. Il s'agit bel et bien d'une notion théorique : les représentations ne sont pas des observables, et leurs propriétés font l'objet d'une recherche empirique. Des contraintes conceptuelles sur la notion ont été discutées dans la philosophie de l'esprit et des sciences cognitives. La révolution cognitive des années 1950 a été une contre-révolution dirigée contre la "révolution" behavioriste qui proscrivait toute référence aux représentations mentales dans l'explication psychologique du comportement parce que les représentations mentales sont des entités théoriques inobservables."

5. Le mental, le conscient et l'inconscient

Il y a un certain flou dans le vocabulaire employé au sein du cognitivisme. Généralement, on qualifie de "mental" les fonctionnements cognitifs perçus par le sens interne. Ils ont un aspect factuel, puisqu'ils sont perçus intérieurement et transmis extérieurement. Mais parfois, on désigne par mental des processus non observables. Les définitions du mental sont floues et contradictoires. Nous préférons, par conséquent, éviter la définition de la psychologie cognitiviste par les processus mentaux et/ou les réalités mentales (par exemple, Le Ny ou Richard), car les processus cognitifs ne sont pas tous conscients et symbolisés. Les processus cognitifs ne font pas nécessairement l'objet d'une mentalisation.

Comme on l'a vu, la psychologie cognitiviste ne s’adresse pas spécialement aux faits conscients et admet que les structures et fonctions cognitives soient inconscientes. Ses modèles sont inférés à partir des faits, mais ne correspondent pas nécessairement à quelque chose de mentalisé par l'individu concerné. Par exemple, Stich (1978) parle de processus ou d’états « infra-doxatiques ». La recherche vise, dans ce cas, à révéler la "structure infra-doxatique de la cognition". Il serait préférable d'éviter le terme de "mental" qui est ambigu, et de parler tout simplement de processus cognitifs.

Une partie de la psychologie cognitiviste considère les processus cognitifs comme des systèmes de traitement de l'information composés de modules spécialisés et agencés dans une architecture contrôlée par un système de supervision. C'est un modèle fondé sur des principes d'organisation séquentielle ou parallèle et de rétroaction issus de l'informatique.

6. Conclusion : Un renouveau sur l'homme

La psychologie cognitiviste, d'abord centrée sur des processus simples, a étendu ses ambitions du côté de la pensée en général, voire de l'esprit, s'interrogeant sur "les mécanismes fondamentaux de l'esprit" (Launay, p. 17). La recherche d'une continuité  dans "la manière dont la pensée émerge de l'activité cérébrale" et "d'une conception unitaire de l'activité psychologique, organisée en niveaux de traitement hiérarchisés, qui part de l'analyse des signaux (les stimuli) pour s'achever avec l'élaboration de connaissances stables présentées de manière symbolique" (Launay M., Psychologie cognitive, p. 18) est novateur. Cependant, la continuité ne peut être établie en se contentant d'une formule contradictoire comme celle de "l'esprit-cerveau" (Le Ny, Comment l'esprit produit du sens, p. 15).

La définition de l'esprit n'est pas claire et renvoie implicitement à la notion traditionnelle de l'esprit comme substance, ce qui pose un problème insoluble.  Il serait préférable d'éviter ce terme et de le remplacer par celui de "processus cognitifs" qui ne présente pas d'ambiguïté. Cela permettrait une vraie rupture avec la conception spiritualiste de la cognition humaine.

Pour que cela soit possible, il faudrait simultanément une reconnaissance de l'existence du niveau cognitivo-représentationnel, ce qui demanderait de rompre avec le réductionnisme et d'accepter l'existence de niveaux hiérarchisés. Admettre que le niveau cognitif a une véritable identité ontologique, qu'il existe comme tel à côté du niveau neurophysiologique, ne serait pas un effort si extraordinaire... et apporterait un nouveau souffle au cognitivisme

Il y a, dans la psychologie cognitiviste, un vrai renouveau, l'amorce d'un paradigme original concernant l'homme. Nous souscrivons à ce renouveau, tout en notant que le pas décisif n'a pas encore été franchi. Il règne encore une indécision conceptuelle qui doit être levée pour qu'une vraie avancée se produise.

 

Bibliographie :
Tiberghien G., "La psychologie cognitive survivra-t-elle aux sciences cognitives ?" in Psychologie Française, 44 (3), 1999.
Le Ny J-F., Comment l'esprit produit du sens, Paris, Odile Jacob, 2005.
Launay M., Psychologie cognitive, Paris, Hachette, 2004.
Richard J-F., Les activités mentales, Paris, Armand Colin, 2004.
Varela F., Invitation aux Sciences Cognitives, Paris, Seuil, 1988.
Varela F., L'Inscription Corporelle de l'Esprit, Seuil, Paris, 1993.

 


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