Humanité ou sagesse ?

 

JUIGNET Patrick

 

Sous le terme "d'humanité", nous parlerons de ce que désigne les expressions "il est humain", ou "elle fait preuve d'humanité", ou encore "le respect dû à la personne humaine", "la dignité humaine", etc. Il existe dans notre civilisation un d'accord collectif sur ce qu'est "être humain" ou ne pas l'être. Cette appellation a donc une légitimité ; mais, nous verrons qu'elle contient aussi un abus de langage dont il faut se méfier.

 
Pour citer cet article :

JUIGNET Patrick. Humanité ou sagesse ? Philosophie, science et société [en ligne]. 2015. https://philosciences.com/Pss/philosophie-et-humanite/homme-humain-et-humanite/30-humanite-sagesse

 

Plan de l'article : 


  1. Des qualités remarquables
  2. Il faut évidement que cela soit possible. 
  3. Un abus de langage intéressant
  4. Conclusion sur l’humanisme

 

"Hommes soyez humains, c'est votre premier devoir" (Jean-Jacques Rousseau, 1762, Émile ou de l'éducation). 

 

Texte intégral :

1/ Des qualités remarquables

Nous commencerons par une approche intuitive et subjective de l'humanité, en nous limitant à quelques traits caractéristiques et communément admis. Être humain, serait une manière d’être qui associe la dignité, la sociabilité, l’empathie. Nous allons procéder intuitivement en énonçant les formes que ces qualités pourraient prendre aujourd’hui, sans prétention à la généralité ou à l’universalité. Voyons de quoi il s’agit.

Être digne

Un grand nombre de personnes respectent les formes élémentaires de la politesse et de la civilité, sont honnêtes, admettent les lois communes. Elles s’attendent à la réciproque dans un cadre de justice élémentaire. Elles vivent ce que Jean-Claude Michéa nomme la sociabilité primaire ou la « common decency » (George Orwell).  Respect, justice, réciprocité, sont au cœur de l’humanité. Ils offrent une possibilité de dignité pour chacun. Ces règles constituent le socle des relations humaines dans presque toutes les sociétés. On peut les considérer comme un ensemble formant un invariant anthropologique. Après Marcel Mauss, on peut y voir aussi la capacité à « donner, recevoir, rendre ». Ces formes élémentaires de la sociabilité se construisent grâce à l’éducation et dans les relations avec les autres. Avec Claude Lévi-Strauss, on peut aussi rapporter ces règles et leur respect à l’ordonnancement constitutif de la culture humaine, ce qu’il nomme la fonction symbolique. Aristote parlait de loi commune aux hommes (par opposition aux lois particulières).

Avoir une identité

Être humain, c’est avoir une identité individuelle et collective. Chacun sait qui il est individuellement, mais chaque personne a aussi une identité sociale qui lui permet de s’inscrire dans la collectivité humaine. L’identité psychologique permet de savoir que l’on existe en tant qu’individu. Elle se manifeste par des particularités, parfois un peu baroques, tout particulièrement à l’adolescence. L’identité sociale vient de la culture, de l’histoire, des traditions, du langage, dont le partage est un support majeur de la sociabilité. Être humain, c’est avoir une individualité ancrée dans le collectif, dans la communauté. Se créent ainsi les conditions nécessaires au partage et à l’échange avec les autres. La culture à l’origine de l’identité sociale peut être formée par les traditions de son village, les mœurs de son pays, ou une philosophie universelle, mais de toutes les façons, il faut une culture. C’est sur la base de cette identité partagée que la sociabilité humaine se crée.

Partager avec les autres

L’humain généralement se soucie de l’autre, il est empathique et sympathique : il compatit aux souffrances, partage les joies, échange ses émotions. Il y a une résonance, des effets en miroirs, des identités communes entre les humains. Être humain, c’est être relié à ceux qui nous entourent, les comprendre. C’est manifester une solidarité, une générosité, s’entraider. Le mouvement d’entraide est souvent spontané et souvent freiné par les circonstances. Ce qui implique de dépasser l’égoïsme inhérent à l’individualité. C’est aussi  transmettre aux autres ce que l’on connaît, ce que l’on aime, partager son savoir. L’inhumanité se manifeste par une attitude froide, indifférente, permettant de traiter l’autre comme un moyen, un pion utile ou inutile. L’individu inhumain est coupé des autres, indifférent, robotisé ; il agit froidement par calcul, selon des comportements guidés par son intérêt immédiat ou fondés sur la hiérarchie et les normes sociales.

 Se limiter

L’homme a une propension à l’excès, à l’outrance, à vouloir tout et toujours plus. Cette absence de limite conduit à l’affrontement avec les autres et souvent à l’auto-destruction. La démesure a été repérée très tôt par la philosophie grecque et nommée hybris (du grec ancien húbris). Platon, dans La République, parle de la pléonexie (la passion d’avoir plus). Cette envie sans limite, si elle concerne les biens, produit la cupidité et l’avarice, et si elle concerne soi-même produit l’orgueil, l’arrogance et la fatuité. Dans son discours, Platon fait intervenir Socrate pour montrer que la pléonexie est destructrice pour la Cité.

De nos jours, dans un langage plus psychologique, on parlera d’avidité et de toute puissance. Ces tendances infantiles font naître chez l’individu une volonté sans frein qui ne considère rien d’autre qu’elle-même. L’avidité est prête à tout, y compris à la destruction, pour posséder toujours plus. Être humain, c’est ne pas tomber dans cet abîme destructeur, c’est avoir la capacité d’y opposer la tempérance, la modération. Se limiter sert à se préserver et à préserver les autres, c’est ce qui permet d’entrer dans une sociabilité harmonieuse.

Penser prudemment

Toute la philosophie s’accorde sur le fait que l’homme est un être pensant. Mais, au-delà de la pure capacité intellectuelle qui caractérise l’homme, on peut se demander ce que serait penser, dans le cadre des affaires relationnelles et sociales, selon un principe d'humanité ? La première réponse possible est que ce serait penser en tenant compte des autres et de la complexité des problèmes. C'est la raison pour laquelle Aristote s'est opposé à Platon, car il avait noté que les raisonnements logiques sont parfois trompeurs et insuffisants.

Les affaires humaines sont toujours complexes, et, pour les conduire, il faut saisir de nombreux paramètres et tenir compte des conséquences, car les effets pervers sont constants. S’en tenir à un seul, c’est le plus souvent être dans l’erreur, même si on tient un raisonnement rationnel. Une pensée butée sur un seul aspect et qui néglige la complexité est une pensée limitée et inconséquente. On s’efforcera donc à un jugement complexe et pondéré, intégrant l’idéal de l’éthique aux limitations de la morale (voir note), en s'adaptant à la situtation. 

Se montrer humain impose de penser avec prudence, ce qui évitera l’intolérance. Ce n’est pas être sceptique, mais prudent dans ses affirmations et les conduites qui en découlent. La pensée individuelle dépend de l’idéologie dominante. Cette dépendance idéologique est inéluctable, car l’homme reçoit son identité d’une culture donnée. Être humain, c’est se distancier, critiquer l’idéologie, ce que permet la philosophie si elle joue correctement son rôle.

La manière humaine de se conduire dont nous voulons parler rassemble ces qualités (et probablement quelques autres). Par humanité, nous désignerons les qualités de l’homme, lorsqu’il se montre altruiste et sociable, maîtrisé et empathique, digne et respectueux. Il s’agit finalement de la sagesse et de l’accomplissement personnel au sein d’une société qui peuvent advenir chez l’homme.

2/ Il faut que cela soit possible.

Il faut évidemment que ce que nous avons évoqué ci-dessus, soit possible pour un individu. Or, cela demande des conditions qui dépendent de la collectivité. Nous allons en envisager quelques unes dont on s’apercevra qu’elles ne sont par toujours réalisées.

Bénéficier d’une éducation

Tout cela ne vient pas spontanément. Il faut avoir eu une éducation permettant un équilibre personnel, une maturation et l’acquisition d’une culture. La culture donne des repères, transmet des valeurs morales et donne une identité sociale. Mais, contrairement à ce que prétend le relativisme, toutes les cultures ne se valent pas. Il faut une culture porteuse d’égalité et de fraternité. Il existe des cultures ou des sous-cultures barbares, utilitaristes, élitistes, qui valorisent l’égoïsme, la haine, la violence et la domination (le nazisme par exemple ou les cultures traditionnelles vindicatives). Dans ce cas, il n’y aura guère de possibilité que se développe ce que nous nommons humanité.

Il est absolument nécessaire que l’éducation, en particulier précoce, forge des schèmes relationnels positifs entre enfants et adultes, et entre pairs. Si les schèmes relationnels de base sont marqués par la haine, la jalousie, la persécution, rien ne pourra les rectifier ultérieurement. Il faut aussi une éducation qui apprenne les règles, permette d’en comprendre l’utilité, puis de les intégrer et de les faire sienne. L’individu mémorise sur le plan psychique tous ses apprentissages, ce qui va guider ses relations ultérieures avec ses semblables. Pour qu’il se montre humain et respectueux, il faut une éducation réussie.

Prendre son temps

Pour développer ces qualités, il faut avoir du temps. Le temps permet d’agir en conscience, de faire bien ce que l’on a à faire. Il permet d’être civil, d’accueillir les autres. Prendre son temps donne une possibilité d’attention et de sérieux vis-à-vis de soi, de l’autre, de la chose faite quelle qu’elle soit. Être humain, c’est avoir non seulement du temps, mais aussi et surtout du temps libéré des passions et des agitations. Ce temps servira à penser calmement, en étant momentanément exempt des nécessités vitales, des avidités pulsionnelles, des conflits sociaux. C’est avoir une pensée libérée de l’opinion, distanciée des idéologies. Nous rejoignons par là un grand nombre de traditions philosophiques. Si l’on évite la métaphysique et que l’on s’en tient à l’aspect pratique, ce qui est nommé dans beaucoup de traditions  « méditation », « exercice spirituel », sont des moments libérés, permettant de penser honnêtement, authentiquement. Ces techniques permettent de se stabiliser et de se distancier par rapport à ce qui fausse le jugement.

Être suffisamment libre

Pour exercer les vertus énoncées plus haut, il faut être libre. La liberté en question ne consiste pas dans une indétermination ou une pensée pure hors de tout contexte, ce qui correspond à l’ambition d’une liberté absolue, parfaitement vaine. Il s’agit de la liberté concrète donnée dans l'éduction et par la société de pouvoir agir concrètement au quotidien.

Celui qui a été endoctriné dès l’enfance a peu de chance de réfléchir librement. Celui qui est asservi par un travail utilitaire épuisant n’aura guère la possibilité de penser. Celui qui est contrôlé à tous les instants de sa vie ne pourra pas se sortir du conformisme social. L’invention d’une société meilleure sera difficile à envisager, si c’est l’actuelle qui est désignée pour être la seule possible. Aller vers plus de justice et de tolérance impose de se distancier par rapport aux déterminismes socio-culturels qui n’y sont pas favorables. Comme on le constate régulièrement, les crispations identitaires provoquent l’exclusion et l’ostracisme qui peuvent dégénérer en guerre et génocide.  Appuyé sur sa culture, il faut aussi pouvoir s’en libérer. En termes philosophiques on parlera aussi « d’autonomie », par opposition à l’hétéronomie d’une vie endoctrinée, asservie à des normes, à des contraintes politiques.

3/ Un abus de langage

En admettant que tout ce qui a été décrit ci-dessus soit possible et réalisable, il reste une question de fond. Certains hommes sont étranger à l'humanité, ce qui implique l’affirmation paradoxale que des hommes ne soient pas humains. Mais alors, que seraient ces hommes non humains ? Voilà un problème embarrassant.

Humain et inhumain

Le terme "homme" est utilisé pour désigner les individus de l'espèce homo sapiens. Il existe des individus de cette espèce qui se conduisent tout autrement de ce que nous avons exposé ci-dessus. Ils sont incultes, violents, indifférents, sans empathie, se montrent sadiques, ubuesques, sans loi, ni respect des autres. Ces attitudes sont attribuables à des personnalités pathologiques, mais elles sont aussi provoquées par des organisations sociales violentes, le maximum étant atteint par les polices et armées des états totalitaires perpétuant sans état d’âme, massacre, torture, asservissement. On qualifie tout cela d’inhumain. Nous voilà donc avec des hommes inhumains.

L’agressivité, la violence, l’égoïsme, la toute puissance, font partie de l’homme. L’individu se montre souvent violent et prédateur envers ses semblables. Beaucoup d’hommes sont menteurs, tricheurs, enclins à transgresser la loi commune. On pourrait donc tout autant dire qu’être « humain », c’est se montrer violent et hors-la-loi. On se retrouve dans l'obligation paradoxale de désigner des être humains comme inhumains. Avançons nous un peu dans ce paradoxe qui s’avère ne pas être trivial.

Résoudre le paradoxe

Les distorsions langagières ont toujours des conséquences fâcheuses, car elles introduisent des biais dans la pensée. Parler d’humanité sans précision risque d’induire un raisonnement fallacieux conduisant à négliger la part nuisible de l’homme et à la rejeter ailleurs, chez l’autre, l’étranger, le barbare. L’homme, en tant qu’individu du genre homo, a des potentialités diverses, dont certaines sont nocives. Il s'ensuit que ce qui est communément qualifié d’humain, correspond à une manière d’être possible, mais nullement certaine, celle de l’homme éduqué, équilibré, sage, mature. L’humanité au sens commun est une possibilité de l’homme, mais elle n'advient pas toujours.

Pour résoudre le paradoxe, on pourrait parler de sagesse altruiste, de sociabilité positive et accomplie, de décence et de dignité. On pourrait évoquer une potentialité empathique ancrée dans ce qui constitue l’homme (ses premières identifications), sa réalisation correspondant à la « common decency » décrite par Orwell, ou encore à ce que les moralistes depuis l’Antiquité considèrent comme des « vertus ». Mais, d'un autre côté, ces périphrases alourdiraient le discours, alors que l'on a un terme communément admis et facile d'emploi.

Il y a aussi une autre raison, plus sérieuse, de garder le terme "d’humanité", tout en sachant qu’il ne recouvre que l’une des possibilités de la condition humaine. L’usage courant du terme « humanité » valorise et généralise ce qui chez l'homme permet l’épanouissement de l’individu et la vie en société. Il donne une universalité à ce qui n'en a pas toujours, mais devrait en avoir une. Cette manière de parler correspond à une position éthique. On désigne par « humain » ce que devrait être l’homme, par « humanité » les qualités qu’il devrait avoir. Cette tradition langagière est acceptable, car il y a légitimité à promouvoir l’humanisme, à vouloir en faire l’essentiel de l’homme.

Et l’humanisme ?

L’humanisme, mouvement intellectuel apparu en Italie au XIVe siècle, s’est propagé en France aux XVe et XVIe siècles. 

Norbert Elias montre que « le processus de civilisation consiste en une modification de la sensibilité et du comportement humain dans un sens bien déterminé » (La dynamique de l'Occident, p. 181). Ce processus viendrait de ce que l'interdépendance entre les hommes donne naissance à un ordre spécifique qui, à l'époque moderne occidentale dont on fait remonter le début au XVIIe siècle, a mené un adoucissement des mœurs. À la communauté de l'humanité répond une pluralité des cultures, qui ne sont pas équivalentes du point du vue des valeurs humanistes

L’humanisme, né à la Renaissance, s'est continué et constitué à l’époque des Lumières. C'est une philosophie qui suppose que l'homme a la capacité de s'humaniser et que ce n’est pas une abstraction, mais quelque chose de réalisable par chacun, car chacun est potentiellement pourvu de qualités fondamentales nécessaires. L’humanisme peut se définir comme la doctrine fondée sur l’affirmation ontologique selon laquelle les qualités propre à l’humanité existent réellement. L’humanisme suppose un fond commun à la condition humaine, une humanité de tous les membres de l’espèce humaine.

Cependant tout homme appartient à une culture particulière, qui défend des valeurs qui ne sont pas universelles et parfois sont hostiles aux autres cultures ou à certaines parties de la population. Il peut y avoir une contradiction entre culture et humanisme, car du fait de ces particularités. Avec la philosophie des Lumières, une importante avancée a eu lieu, car la pensée s'est universalisée ; elle a pu s'émanciper du conditionnement crée par l'appartenance communautaire. C'est ce mouvement qui a conduit vers les "droits de l'homme".

Le versant éthique de l’humanisme prône la dignité et la valeur de tous les individus humains et rejette les formes d’assujettissement. C’est un effort pour surmonter des particularismes culturels, des affrontements politiques et sociaux, pour protéger les individus au nom d’un principe supérieur. L’humanisme suppose un fond commun à la condition humaine, une humanité possible et devant être mise en acte. C’est un effort pour sortir l’homme de la barbarie, pour le civiliser. Encore faut-il que les conditions sociales permettent ce travail .

L’individu humain, tel qu'on peut le concevoir aujourd'hui, résulte de la synthèse individualisante qui associe des aspects biologiques, psychologiques et sociologiques, et il s'ensuit que l'humanisme ne peut faire l'économie de la pluralité ontologique de l’homme. À partir de là, une conséquence inatendue de l’humanisme consiste à respecter la pluralité de ce qui constitue l’homme, à le considérer selon toutes ses dimensions. Et donc à rejeter les doctrines qui cherchent à en éliminer certaines. De plus, l’homme est issu de processus évolutifs, à l’échelle de l’espèce, à l’échelle de l’individu (qui passe de l’enfance à l’âge adulte), et à celle des sociétés. L’homme n’est pas figé, mais en devenir. La versatitlité et la plasticité de l'homme lui imposent une éthique et une morale, pour qu'il puisse se diriger.

Dans la perspective d'une diversité des devenirs possibles pour l’homme, l’humanisme consiste à faire en sorte que l’humanité, – possible mais pas certaine chez l’homo-sapiens – , advienne. C’est donc un projet éthique. Une éthique se prononce sur le bien, situé comme un but à atteindre, comme un projet à mettre en œuvre. Ici, le bien désigne ce qui forge la sociabilité et la dignité. L’éthique humaniste n’implique pas une attitude complaisante ou compassionnelle envers l’homme, ni un anthropocentrisme, mais bien plutôt la mise en œuvre des conditions nécessaires à l’humanisation.

En ce qui concerne l'humanisme, se contenter d'une visée éthique est préférable aux prescriptions sur les modes de vie.Toutes les philosophies anciennes proposent des techniques de vie, des codes de conduite qui participent à l'humanisation. C’est aussi le cas de certaines religions. Dans ces diverses propositions, il y a une prétention à imposer quelque chose qui néglige les circonstances sociales auxquelles chacun doit s’adapter. Nous sommes donc réticent à la traditionnelle « philosophie comme mode de vie » remise en avant, entre autre, par Pierre Hadot.

Il parti préférable que chacun de trouve et invente, en fonction de son tempérament et des circonstances sociales, la manière de se conduire conformément à une éthique humaniste. Pris dans les conflits de la vie, ce n'est pas toujours facile ; il faut de l'habilité, ce qui rejoint l'idée de sagesse.

Conclusion

L’éthique humaniste est une éthique qui se donne pour idéal le développement de l'humanité possible en chaque homme. Ce possible n'est pas toujours réalisé. Il existe des idéologies barbares, utilitaristes, élitistes, qui s’y opposent. Au vu du poids des déterminations psychologiques, sociales, économiques et politiques, agissant sur les conduites humaines, il est naïf de penser que la raison philosophique puisse exercer une influence directe et décisive à ce sujet. L’éthique humaniste joue plutôt comme un idéal, qui appelle des actions pratiques.

Ce sont ces actions pratiques, à la fois individuelles et collectives, qui peuvent créer les conditions psychologiques, éducatives, politiques, économiques et sociales, nécessaires à la réalisation de l'humanisme. Ellles sont innombrables et participent à ce qu'on nomme globalement une civilisation.

L'humanisme a une vertu pratique : son application amène une limitation morale. Une action, si elle détruit l'humanité en l'homme, ne peut être bonne, même si elle est faite au nom d'une cause jugée noble, d'un intérêt estimé supérieur, d'un idéal considéré suprême, ou au nom du sens de l'histoire. Inversement on voit très bien l'intérêt politique qu'il y a à récuser l'humanisme et imposer une idéologie relativiste : la violence directe ou indirecte peut être justifiée.  

Les vertus positives qui rendent l’homme « humain », adviennent chez l’homo sapiens au terme d’une éducation et d’une maturation personnelle réussies. Il faut défendre l'humanisme à la fois comme potentialité et comme éthique : l'homme possède en lui ce qui peut le rendre humain, mais cette potentialité n'est pas suffisante et il faut un projet éthique (défendu individuellement et collectivement de manière pratique) pour quelle se réalise.

L'humanisme est un acquis civilisationnel à reconquérir à chaque génération, faute de quoi la barbarie reparaît, avec son cortège de dégradations et de violences. Ce doit être un humanisme sans complaisance, qui ne néglige pas la nocivité de l'homme, un humanisme critique qui, tenant compte la duplicité et de la fragilité des hommes, impose une action résolue pour favoriser l'humanité.

 

Note : La distinction et de Paul Ricoeur : l'éthique propose un idéal, un souverain bien, la morale apporte des limites, car la fin ne justifie pas les moyens et ils peuvent même la compromettre. Il est évident que se montrer inhumain pour défendre l'humanisme est irresponsable.

 

Bibliographie :

Abdenour B., Histoire de l'humanisme en occident, Paris, Armand Colin, 2014. 

Legros R., L'idée d'humanité, Paris, Grasset, 1990.

Norbert E., La dynamique de l'Occident, Paris, Calmann-Lévy, 1975.

 

 


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