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Actualité des idées


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Secrètes cellules

 

Parution  : La face cachée des cellules (Quand le monde des ARN bouscule la biologie) De Frédérique Théry, 296 pages, 16,4 x 24 cm, Editions Matériologiques, Collection Science et Philosophie, 21 €, Préface de François Gros de l’Académie des Sciences.

 

Au début des années 2000, la conception des génomes comme des machines à produire des protéines a été rendue caduque par la découverte inattendue dans les cellules d’une myriade d’ARN non traduits en protéines : les ARN non codants. Les recherches sur ces ARN, qui assurent des fonctions régulatrices majeures au sein des cellules, ont profondément modifié la représentation que les biologistes se font des propriétés de l’ADN et des processus cellulaires. Cet ouvrage se propose de retracer l’histoire, tant fascinante que complexe, des travaux qui ont mis en lumière le rôle régulateur des ARN.

Au-delà de cette perspective historique, l’auteur poursuit un projet plus ambitieux : celui de montrer que l’étude des ARN non codants accompagne, voire catalyse, certaines transformations théoriques, conceptuelles et épistémologiques majeures affectant la biologie moléculaire contemporaine. Outre qu’elle a conduit à réviser et étendre les fondements théoriques sous-tendant de nombreux champs disciplinaires, l’existence de ces ARN invite à repenser la pertinence et l’importance du concept de gène, ainsi que celui d’information, dans les théories biologiques. Les recherches sur les ARN non codants apportent par ailleurs un éclairage original sur l’évolution des démarches d’investigation et des pratiques explicatives mises en œuvre dans la biologie post-génomique. Autant de questions abordées qui intéresseront tout lecteur désireux de porter un regard novateur sur la biologie moléculaire contemporaine.

  Préface de François Gros, de l'Académie des sciences

http://materiologiques.com/sciences-philosophie-2275-9948/228-la-face-cachee-des-cellules-quand-le-monde-des-arn-bouscule-la-biologie-9782373610628.html

 

Frédérique Théry a écrit dans Philosophie, science et société : Le concept de mécanisme en biologie

 


Complexité et globalité

 

« La simplicité est la sophistication ultime. » (Leonardo da Vinci)
« Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l’est pas est inutilisable. » (Paul Valéry)
« Vous pouvez toujours reconnaître la vérité par sa beauté et sa simplicité. » (Richard Feynman)

L’appréhension des phénomènes complexes est un enjeu décisif pour le développement de la rationalité scientifique. Cependant, la science continue de fonctionner par application du principe de simplicité : sans simplification, point de science. Les progrès des sciences passent, en effet, presque toujours par une recherche de la plus grande simplicité explicative. A-t-on affaire ici à une opposition entre un monde complexe et des explications toujours trop simples, comme le suggère Valéry ? Ou bien cet antagonisme ne serait-il qu’apparent ?

Les rapports du simple et du complexe est présent dans les différents champs scientifiques, des sciences formelles aux sciences humaines en passant par les sciences de la matière et les sciences du vivant. A-t-on affaire à la même complexité lorsqu’il s’agit d’algorithmes, de physique, de chimie, de biologie ou d’organisations sociales ? Comment définir la complexité et les notions qui lui sont traditionnellement associées : information, système, émergence ? La complexité exprime-t-elle les relations entre le tout et les parties ? La maîtrise de la complexité dans la simplicité passerait-elle par la notion de globalité ? 

De nombreuses questions restent en suspens.

Voir l'article sur l'étude du complexe 


Philosophie et croyance

Le cours 21 de Jacques Bouveresse au Collège de France 2008-2009 pose un problème intéressant :

Que faire à l’égard de doctrines philosophiques dont on est convaincu qu’elles sont fausses ?  

...  Quine n’a aucun doute sur le fait que la philosophie doit être considérée comme ayant pour objectif la recherche de la vérité, au sens usuel du mot « vérité », et il ne fait manifestement pas beaucoup de différence entre la considérer comme une recherche de cette sorte et la pratiquer, sinon de façon scientifique, du moins dans un esprit scientifique. Cela soulève évidemment la question de savoir de quelle façon on doit se comporter à l’égard de thèses et de doctrines philosophiques dont on est convaincu, comme cela arrive tout de même assez souvent, qu’elles sont fausses et même absurdes. Sur ce genre de question, Quine se montre finalement beaucoup plus modéré et plus prudent qu’on ne pourrait le croire à première vue.

"La tolérance pose un problème parallèle à celui de la religion, mais moins lourd de conséquences, dans l’enseignement de sujets polémiques tels que la philosophie. Il faudrait une représentation équilibrée des philosophies rivales, insiste-t-on. Certes, si l’on retient uniquement l’histoire et la sociologie de la philosophie ; ou l’histoire et la sociologie de la religion. Mais pour qui s’adonne à la philosophie dans un esprit scientifique, comme à une quête de la vérité, pratiquer la tolérance envers une philosophie mal pensante serait aussi absurde que pour un astrophysicien tolérer l’astrologie, et aussi immoral que pour un fondamentaliste fanatique tolérer la doctrine unitarienne" (W.V.O. Quine, Quiddités. Dictionnaire philosophique par intermittence).

Mais, justement, la philosophie ne semble réellement comparable ni à une science ni à une religion. Ses propositions ne sont pas ou en tout cas ne devraient pas être des articles de foi. Et même s’il peut exister parfois entre une doctrine philosophique et une autre des différences qui semblent plus ou moins comparables à celles qui existent entre l’astrophysique et l’astrologie, le philosophe qui estime, en l’occurrence, être dans la position de l’astrophysicien, ne dispose pas, il s’en faut de beaucoup, de moyens comparables aux siens pour affronter son adversaire avec l’espoir de réussir à le réduire au silence – pour ne rien dire du fait que même l’astrophysicien qui accepte la confrontation avec l’astrologue en ayant à sa disposition de meilleures armes que celles du philosophe, n’a lui-même que des chances très réduites de réussir à convaincre son interlocuteur.

 

Nous voilà perplexe ! Toute connaissance philosophique serait-elle impossible ? 


PENSER LA COMPLEXITÉ

 

Mondes mosaïques : Astres, villes, vivant et robots

Astres, villes, vivant, robots : quatre objets d’études apparemment profondément différents les uns des autres. Et pourtant, les analogies sont nombreuses. Tous ont un rapport très fort à la simplicité – la Nature, comme les hommes, choisit les procédés les plus simples possibles –, à la symétrie, à la cohérence. Tous sont soumis à l’entropie – le désordre les gagne –, tous ont une complexité qui s’accroît selon une évolution tout à la fois darwinienne – qui conduit, par sélection, à une meilleure adaptation – et en mosaïque – juxtaposition d’entités de même ordre de complexité qui, tout en conservant une autonomie certaine, sont intégrées dans des structures plus vastes, où le tout est supérieur à la partie. L’architecture des astres, des villes, des robots, est donc éminemment semblable à celle des systèmes les plus complexes qu’il nous soit donné d’appréhender : les organismes vivants. Dire que la complexité du vivant mime celle du monde matériel revient à constater que le cerveau, construit sur les mêmes bases que le reste de l’Univers, peut intégrer les lois du monde, et ainsi créer des villes ou de l’intelligence artificielle fondées sur ces mêmes lois. Un dialogue entre quatre disciplines en apparence étrangères les unes aux autres, riche d’enseignements et propre à susciter les questionnements et les débats.

 

Cet ouvrage propose une intéressante mise en avant de la complexité organisationnelle, mais fiat le pari osé d'une analogie entre des champs de la réalité bien différents, comme le système nerveux, les astres ou les villes. Quand la complexité augmente, les mêmes contraintes aboutissent-elles aux mêmes formes ?    

ART ET PHILOSOPHIE

 

Le sommeil de la raison engendre des monstres

 

SommeilraisonGoya a dessiné une série de gravures dans lesquelles il a traité des questions morales qui préoccupaient les intellectuels espagnols de la fin du XVIIIe siècle. « Le sommeil de la raison engendre des monstres » est devenue l'une des gravures parmi les plus célèbres du siècle des Lumières. L’artiste, endormi, est envahi par d’inquiétantes créatures. On peut l'interpréter de manière subjective, au sens où l’imagination laissée à elle-même engendre des pensées morbides, mais aussi politique, lorsque la déraison engendre des formes sociales montrueuses.

 



Malgré les Ray-Ban, Descartes n'est pas notre contemporain ....


DescartemoderneCe billet fait suite à la parution du livre Le corps et l'esprit - Problèmes cartésiens, problèmes contemporains. (Ed. des archives contemporaines, Paris, 2015). Certes, c'est un livre qui intéressera surtout les spécialistes de Descartes, mais le problème du rapport entre corps et esprit reste d'actualité. Se pose alors l'intéressante question de savoir si c'est le même problème qui préoccupa Descartes. Dans son article introductif "Cartésianisme et philosophie de l’esprit", Sandrine Roux s'intéresse à la relation de la philosophie avec son histoire et s'interroge sur la (bonne) manière de se référer aux auteurs du passé.

On peut évoquer quatre possibilités :

* Présupposer des problèmes éternels et des façons de penser toujours identiques.

* Se centrer sur l'auteur et reconstituer au plus près ce qu'il a voulu dire selon la façon de penser de l'époque. 

* Se situer dans une reconstruction rationnelle comme le fait la philosophie de l'esprit, ce qui revient à "lire les philosophes du passé comme s'ils étaient nos contemporains".

* Supposer une communauté d'expérience et de pensée suffisante avec l'auteur concerné pour que nous puissions dialoguer ? Aujourd'hui, les enjeux "sont-ils sensiblement les mêmes qu'à l'âge classique" (p. 21) ?

 Il y a une autre manière de poser le problème en se référant à l'épistémè de Michel Foucault ou à la notion de socle épistémique, si l'on préfère une notion moins structuraliste. Cette notion désigne l'ensemble des concepts, des formes de raisonnement, des présupposés sur le monde, qui se tiennent et forment système pendant une époque, si bien qu'à l'intérieur de cette époque, les formes de pensées seront homogènes et partageables sans trop de distorsions. 

Revenons à Descartes. Avec lui, nous entrons dans le problème corps-esprit, or, ce problème est dominant dans l'épistémè moderne. Descartes ouvre une époque, car, comme le dit Sandrine Roux, "le cartésianisme introduit à cet endroit une rupture décisive et un questionnement nouveau" (p. 6) Ce problème prend des formes différentes, mais il est omniprésent. Du coup, la philosophie de l'esprit contemporaine n'aurait pas tort et Gilbert Ryle parlerait à juste titre du "mythe cartésien" et de la "doctrine reçue", car la distinction corps/esprit contemporaine serait à peu de chose près le problème de Descartes. Si nous sommes encore pris dans le schéma corps/esprit, ce n'est pas parce que nous subissons l'influence de Descartes, mais parce que nous pensons selon les mêmes schémas et subissons les mêmes contraintes que lui.   

 


Un humanisme sans complaisance

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À quoi bon reparler d'humanisme ? Au vu des doutes et incertitudes actuelles, il serait probablement utile de réinventer un récit philosophique partageable qui redonne une cohésion et une confiance collective. L'humanisme pourrait être un antidote à la vision utilitariste de l'homme, au vide idéologique contemporain, tout comme aux extrémismes religieux. L'humanisme est une doctrine suffisamment large pour qu'elle soit reprise par beaucoup de personnes de bonne volonté. Mais, il nous faut redéfinir l'humanisme, car si l'on veut qu'il soit efficace, il faut un humanisme sans complaisance.

Mettre l’homme en avant ne suffit pas, car la barbarie est – hélas – très humaine. Chaque homme peut aussi bien devenir un monstre stupide, ignorant, avide, sadique, haineux, qu’un sage empathique, savant, créatif et altruiste. Il peut surtout devenir une victime de l’idéologie. Les pires barbaries ont presque toujours été commises au nom de principes idéologiques et religieux : guerres de religion en Europe, massacres des juifs sous le nazisme, assassinats de masse sous le communisme. C’est toujours au nom de croyances idéologiques et religieuses – ce qui est le propre de l’homme – que le plus inhumain est perpétré. L'humanisme ne peut être une simple idéalisation de l’homme. Il faut le définir autrement et mieux. Pour cela l’humanité est une notion intéressante.

L'usage linguistique a consacré les termes d'humain et d'humanité pour signifier digne, sage et empathique. Par opposition, en cas de violence destructrice pour les individus et désorganisatrice pour la sociabilité, on parle de barbarie. L'usage courant du terme "humanité" valorise et généralise ce qui forge la sociabilité et simultanément l'épanouissement individuel. C'est une position éthique qui indique un but. On désigne par humain ce que devrait être l'homme, les qualités qu'il devrait avoir pour une vie harmonieuse. Dans cette perspective, l'éthique humaniste consiste à faire en sorte que l'humanité, possible chez l'homo-sapiens, advienne. L'humanité est à construire par l'éducation, la connaissance la plus large possible, l'acquisition d'une sagesse (voir l'article : → Humanité ou sagesse ? ) et collectivement l'avancée civilisationnelle. Pour que l'humanisme soit efficace, il faut qu'il soit à la fois volontariste et sans complaisance. 

 

 

DERNIÈRE PUBLICATION

 

Les qualités sensibles : clé du vivant, par Michel Troublé

La sensiblité est probablement une capacité opérative irréductible à toute interaction physico-chimique et, en même temps, compatible avec les lois physiques, contrairement à ce qu’affirme le philosophe des sciences Daniel Dennett. Elle constitue un caractère essentiel à la dynamique des structures vivantes et des processus cognitifs. 

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→  TROUBLÉ Michel. Les qualités sensibles, clé du vivant

 


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