fouleopt

 

Actualité des idées


♦____________________________

 

PENSER LA COMPLEXITÉ

 

Mondes mosaïques : Astres, villes, vivant et robots

Astres, villes, vivant, robots : quatre objets d’études apparemment profondément différents les uns des autres. Et pourtant, les analogies sont nombreuses. Tous ont un rapport très fort à la simplicité – la Nature, comme les hommes, choisit les procédés les plus simples possibles –, à la symétrie, à la cohérence. Tous sont soumis à l’entropie – le désordre les gagne –, tous ont une complexité qui s’accroît selon une évolution tout à la fois darwinienne – qui conduit, par sélection, à une meilleure adaptation – et en mosaïque – juxtaposition d’entités de même ordre de complexité qui, tout en conservant une autonomie certaine, sont intégrées dans des structures plus vastes, où le tout est supérieur à la partie. L’architecture des astres, des villes, des robots, est donc éminemment semblable à celle des systèmes les plus complexes qu’il nous soit donné d’appréhender : les organismes vivants. Dire que la complexité du vivant mime celle du monde matériel revient à constater que le cerveau, construit sur les mêmes bases que le reste de l’Univers, peut intégrer les lois du monde, et ainsi créer des villes ou de l’intelligence artificielle fondées sur ces mêmes lois. Un dialogue entre quatre disciplines en apparence étrangères les unes aux autres, riche d’enseignements et propre à susciter les questionnements et les débats.

 

Cet ouvrage propose une intéressante mise en avant de la complexité organisationnelle, mais fiat le pari osé d'une analogie entre des champs de la réalité bien différents, comme le système nerveux, les astres ou les villes. Quand la complexité augmente, les mêmes contraintes aboutissent-elles aux mêmes formes ?    

ART ET PHILOSOPHIE

 

Le sommeil de la raison engendre des monstres

 

SommeilraisonGoya a dessiné une série de gravures dans lesquelles il a traité des questions morales qui préoccupaient les intellectuels espagnols de la fin du XVIIIe siècle. « Le sommeil de la raison engendre des monstres » est devenue l'une des gravures parmi les plus célèbres du siècle des Lumières. L’artiste, endormi, est envahi par d’inquiétantes créatures. On peut l'interpréter de manière subjective, au sens où l’imagination laissée à elle-même engendre des pensées morbides, mais aussi politique, lorsque la déraison engendre des formes sociales montrueuses.

 



Malgré les Ray-Ban, Descartes n'est pas notre contemporain ....


DescartemoderneCe billet fait suite à la parution du livre Le corps et l'esprit - Problèmes cartésiens, problèmes contemporains. (Ed. des archives contemporaines, Paris, 2015). Certes, c'est un livre qui intéressera surtout les spécialistes de Descartes, mais le problème du rapport entre corps et esprit reste d'actualité. Se pose alors l'intéressante question de savoir si c'est le même problème qui préoccupa Descartes. Dans son article introductif "Cartésianisme et philosophie de l’esprit", Sandrine Roux s'intéresse à la relation de la philosophie avec son histoire et s'interroge sur la (bonne) manière de se référer aux auteurs du passé.

On peut évoquer quatre possibilités :

* Présupposer des problèmes éternels et des façons de penser toujours identiques.

* Se centrer sur l'auteur et reconstituer au plus près ce qu'il a voulu dire selon la façon de penser de l'époque. 

* Se situer dans une reconstruction rationnelle comme le fait la philosophie de l'esprit, ce qui revient à "lire les philosophes du passé comme s'ils étaient nos contemporains".

* Supposer une communauté d'expérience et de pensée suffisante avec l'auteur concerné pour que nous puissions dialoguer ? Aujourd'hui, les enjeux "sont-ils sensiblement les mêmes qu'à l'âge classique" (p. 21) ?

 Il y a une autre manière de poser le problème en se référant à l'épistémè de Michel Foucault ou à la notion de socle épistémique, si l'on préfère une notion moins structuraliste. Cette notion désigne l'ensemble des concepts, des formes de raisonnement, des présupposés sur le monde, qui se tiennent et forment système pendant une époque, si bien qu'à l'intérieur de cette époque, les formes de pensées seront homogènes et partageables sans trop de distorsions. 

Revenons à Descartes. Avec lui, nous entrons dans le problème corps-esprit, or, ce problème est dominant dans l'épistémè moderne. Descartes ouvre une époque, car, comme le dit Sandrine Roux, "le cartésianisme introduit à cet endroit une rupture décisive et un questionnement nouveau" (p. 6) Ce problème prend des formes différentes, mais il est omniprésent. Du coup, la philosophie de l'esprit contemporaine n'aurait pas tort et Gilbert Ryle parlerait à juste titre du "mythe cartésien" et de la "doctrine reçue", car la distinction corps/esprit contemporaine serait à peu de chose près le problème de Descartes. Si nous sommes encore pris dans le schéma corps/esprit, ce n'est pas parce que nous subissons l'influence de Descartes, mais parce que nous pensons selon les mêmes schémas et subissons les mêmes contraintes que lui.   

 


Un humanisme sans complaisance

erasme

 

À quoi bon reparler d'humanisme ? Au vu des doutes et incertitudes actuelles, il serait probablement utile de réinventer un récit philosophique partageable qui redonne une cohésion et une confiance collective. L'humanisme pourrait être un antidote à la vision utilitariste de l'homme, au vide idéologique contemporain, tout comme aux extrémismes religieux. L'humanisme est une doctrine suffisamment large pour qu'elle soit reprise par beaucoup de personnes de bonne volonté. Mais, il nous faut redéfinir l'humanisme, car si l'on veut qu'il soit efficace, il faut un humanisme sans complaisance.

Mettre l’homme en avant ne suffit pas, car la barbarie est – hélas – très humaine. Chaque homme peut aussi bien devenir un monstre stupide, ignorant, avide, sadique, haineux, qu’un sage empathique, savant, créatif et altruiste. Il peut surtout devenir une victime de l’idéologie. Les pires barbaries ont presque toujours été commises au nom de principes idéologiques et religieux : guerres de religion en Europe, massacres des juifs sous le nazisme, assassinats de masse sous le communisme. C’est toujours au nom de croyances idéologiques et religieuses – ce qui est le propre de l’homme – que le plus inhumain est perpétré. L'humanisme ne peut être une simple idéalisation de l’homme. Il faut le définir autrement et mieux. Pour cela l’humanité est une notion intéressante.

L'usage linguistique a consacré les termes d'humain et d'humanité pour signifier digne, sage et empathique. Par opposition, en cas de violence destructrice pour les individus et désorganisatrice pour la sociabilité, on parle de barbarie. L'usage courant du terme "humanité" valorise et généralise ce qui forge la sociabilité et simultanément l'épanouissement individuel. C'est une position éthique qui indique un but. On désigne par humain ce que devrait être l'homme, les qualités qu'il devrait avoir pour une vie harmonieuse. Dans cette perspective, l'éthique humaniste consiste à faire en sorte que l'humanité, possible chez l'homo-sapiens, advienne. L'humanité est à construire par l'éducation, la connaissance la plus large possible, l'acquisition d'une sagesse (voir l'article : → Humanité ou sagesse ? ) et collectivement l'avancée civilisationnelle. Pour que l'humanisme soit efficace, il faut qu'il soit à la fois volontariste et sans complaisance. 

 

 

DERNIÈRE PUBLICATION

 

Les qualités sensibles : clé du vivant, par Michel Troublé

La sensiblité est probablement une capacité opérative irréductible à toute interaction physico-chimique et, en même temps, compatible avec les lois physiques, contrairement à ce qu’affirme le philosophe des sciences Daniel Dennett. Elle constitue un caractère essentiel à la dynamique des structures vivantes et des processus cognitifs. 

chienrobot

→  TROUBLÉ Michel. Les qualités sensibles, clé du vivant

 


Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn