Entre 1915 et 1925, le Mouvement pour la nouvelle culture a posé les jalons de la modernité chinoise et nourri la pensée des révolutionnaires communistes. Aujourd’hui, les autorités hésitent pourtant à revendiquer son héritage, conscientes de ses potentialités contestataires.

À l'époque, des manifestations étudiantes revendiquent plus de « science » et de « démocratie », envisagées comme les piliers d’une modernité en construction, dans un pays qui vit une difficile transition politique, d’un empire autocentré vers un État-nation capable de s’intégrer dans le concert des nations modernes. Mais, "les Lumières chinoises sont le grand projet inabouti de la nation" (Jin Guantao et Liu Qingfeng, 2009).

À l'occasion de ce rappel historique, David Bartel, dans son article" Qu'a-t-on fait des Lumières chinoises ? ", met en avant l'Universalisme des Lumières et son caractère profondément antidespotique.

L'idée de droits humains inaliénables, droit à la liberté et droit de vivre dans la dignité, ouvre une brèche dans les idéologies de l'asservissement. Si un tyran, une clique ou un prêcheur peuvent bien sûr toujours limiter ces droits, les entraver ou bien les reporter vers un hypothétique futur, pourtant, aucun ne peut les démettre. Inaliénables et imprescriptibles, ils ne dépendent ni de la volonté humaine, ni des décisions politiques.

Ce qui peut être menacé, c’est leur jouissance, non ces droits en tant que tels. On voit bien là que le socle universel de la pensée des Lumières offre un potentiel de contestation pour tous les régimes autoritaires.

Il est nécessaire de distinguer l'évolution néolibérale du capitaliste et l’héritage intellectuel des Lumières, en particulier dans des sociétés non européennes anxieuses tant de partager les dividendes du développement économique mondial que de garder à distance les valeurs universelles communément associées à cet héritage, pour mieux abuser leurs citoyens en justifiant leurs politiques développementalistes autoritaires au nom de normes culturelles spécifiques.

Ce constat nourrit la réflexion de l’historien Vivek Chibber qui ne cesse de se demander de quoi la mondialisation est l’universalisation. C'est une piste de recherche critique intéressante qui doit s'accompagner des mots d’Arif Dirlik : "La réponse au problème des Lumières, c’est plus de Lumières, et non de capituler devant l’oppression et la bigoterie présentées sous les oripeaux des différences culturelles". Le relativisme est l'arme idéologique la plus utilisée dans la post-modernité pour lutter contre l'universalisme.

 

David Bartel, « Qu’a-t-on fait des Lumières chinoises ? », La Vie des idées , 14 juillet 2017. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Qu-a-t-on-fait-des-Lumieres-chinoises.html

 

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