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Actualité des idées


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Mardi 23 janvier 2018 – Conférence de Jean-Gabriel Ganascia

NICE - Faculté des sciences - Campus Valrose, 17h à 18h30, en salle de conférences du Laboratoire J.A. Dieudonné.

L’écho grandissant que reçoivent les masses de données (Big Data en anglais) et l’apprentissage profond (Deep Learning en anglais) depuis quelques années, masquent mal leurs limitations. On les pare de toutes les vertus au point de laisser entendre qu’elles transformeront l’humanité pour la rendre plus juste et surtout plus parfaite, au point, peut-être de l’aider à conquérir si ce n’est l’immortalité, tout au moins une plus grande longévité. Pourtant, si ces techniques apportent et apporteront beaucoup dans un grand nombre de secteurs, par exemple dans le domaine médical, pour aider à diagnostiquer des maladies, ou dans le champs social, pour faire de la prédiction et rationaliser certains choix, elles reposent sur l’induction, c’est-à-dire sur le raisonnement qui va du particulier au général. En conséquence, elles sont soumises aux limitations logiques de toute induction que nous tâcherons de rappeler ici. De plus, comme nous le montrerons, ces techniques permettent de détecter des corrélations qui ne correspondent pas toutes à des relations de causalités, et qui s’avèrent parfois trompeuses. Enfin, nous verrons que l’emploi abusif de procédures de décision fondées sur l’apprentissage machine peut avoir des effets prédateurs sur la société, car loin d’être objectifs, les choix comportent des biais.

L’occasion d'évoquer l'humanisme dans la vie sociale a été donnée par un suicide au CHU de Grenoble. Le médiateur national missionné au lendemain du suicide d'un neurochirurgien a remis un rapport le 8 janvier 2018. Il pointe : « Le style de management qui maintient de manière permanente une certaine pression sur les équipes et qui priorise le résultat […] doit s'infléchir ». Son enquête fait écho aux très nombreux témoignages sur la souffrance au travail. Le manque d’humanisme coûte cher aux services de santé ! Le montant, évalué entre 10 000 et 30 000 euros de coûts cachés par an et par personne salariée, correspond à des coûts liés à l’absentéisme, aux accidents du travail, au turn-over du personnel, mais également à la sous-productivité et aux défauts de qualité. Cela a naturellement des conséquences sur la qualité de la prise en charge des patients. L'humanisme n'est pas un luxe de philosophe, c'est un important enjeu de société !

> Pour un management humaniste à l'hôpital et dans les services de santé

Cette fin d'année 2017 sera l'occasion de fêter le tricentenaire de la naissance de Jean le Rond d'Alembert. De nombreuses manifestions auront lieu en France. Jean Le Rond d’Alembert est né le 16 novembre 1717 à Paris et il y est mort le 29 octobre 1783. Son oeuvre qui occupe la seconde moitié du XVIIIe siècle, concerne les mathématiques, la physique, l'astronomie, la philosophie, la morale. À partir de 1750, il s'occupa avec Diderot et Jaucourt de la publication en France de l'Encyclopédie (Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société des gens de lettres qui a été publiée entre 1751 et 1772). Voici quelques extraits de l'Éloge de d'Alembert fait par Condorcet (Discours prononcé par M. de Condorcet, à la séance publique de l'Académie des sciences, le 12 novembre 1783, in Œuvres de Condorcet, Paris, Firmin-Didot, 1847, t. II, p. 51-110).

maze in my mind1Selon certains, il y aurait une incompatibilité entre humanisme et psychopathologie. Je cite cette opinion formulée par un lecteur de Philosophie, science et société : « il y a incompatibilité dans la mesure où l’humanisme fait référence à un principe idéologique et la psychopathologie à une démarche scientifique. Un scientifique peut être humaniste mais une science, par définition, est a-idéologique et se contente de décrire et tenter d’expliquer selon la méthode expérimentale les phénomènes qu’elle observe, et de prévoir à l’aide des statistiques les phénomènes observés et non encore observés qui découlent logiquement de sa théorie explicative ». Je suis tout à fait d’accord avec cet interlocuteur concernant la nécessité de bien distinguer science et idéologie. Mais, le problème de la relation entre humanisme et psychopathologie ne se réduit pas à cet aspect, car la psychopathologie concerne des humains, pas des choses inertes.

 

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Émile Durkheim, dans son livre De la division du travail social, interroge la solidarité. Il oppose deux types de solidarités : - une solidarité fondée sur l'empathie permise par la similitude des individus entre eux, ce qui existe principalement dans les sociétés anciennes (il la nomme solidarité mécanique) . - une solidarité fondée sur la complémentarité fonctionnelle au sein de la société qui existe surtout dans les sociétés modernes ( il la nomme solidarité organique). Durkheim pense que c'est principalement par l'organisation sociale du travail que les sociétés modernes peuvent se structurer et maintenir une solidarité. Il estime qu'il y a deux moyens d'organiser le travail - la réglementation juridique du contrat de travail - le fonctionnement du groupe professionnel.

La traduction en français de Science et relativisme de Larry Laudan (Éditions Matériologiques, Traduction : Michel Dufour, Préface : Pascal Engel) donne l'occasion d'une réflexion sur la persistance du relativisme épistémologique. Dans son introduction, Larry Laudan, note que, pour la plupart des non-spécialistes, " le positivisme fut détrôné au début des années 1960 et remplacé par ce qui a été unanimement appelé « la philosophie des sciences post-positivistes » qui rendrait problématiques des notions telles que progrès, objectivité et rationalité et même validerait un relativisme radical en matière de connaissance (relativisme épistémologique). Ce constat pose le problème des formes de pensées présentes à une époque donnée, de leur diffusion, de leur prévalence. Ainsi, le relativisme culturel et épistémologique a largement diffusé dans la "post-modernité", pour des causes diverses qui ne sont certainement pas de bonnes raisons. Face à cela, l'auteur propose une contre-argumentation.

Entre 1915 et 1925, le Mouvement pour la nouvelle culture a posé les jalons de la modernité chinoise et nourri la pensée des révolutionnaires communistes. Aujourd’hui, les autorités hésitent pourtant à revendiquer son héritage, conscientes de ses potentialités contestataires. À l'époque, des manifestations étudiantes revendiquent plus de « science » et de « démocratie », envisagées comme les piliers d’une modernité en construction, dans un pays qui vit une difficile transition politique, d’un empire autocentré vers un État-nation capable de s’intégrer dans le concert des nations modernes. Mais, "les Lumières chinoises sont le grand projet inabouti de la nation" (Jin Guantao et Liu Qingfeng, 2009). À l'occasion de ce rappel historique, David Bartel, dans son article" Qu'a-t-on fait des Lumières chinoises ? ", met en avant l'Universalisme des Lumières et son caractère profondément antidespotique.

Retour du religieux ? Le problème ne se pose que dans les sociétés occidentales au sein desquelles la foi a reculé et les institutions religieuses ont perdu en influence politique. Il ne se pose pas dans les autres sociétés où la religion a toujours été omniprésente et mêlée au politique. Les derniers livres d'André Tosel (Du retour du religieux et Nous citoyens, laïques et fraternels ?), ainsi qu'un récent numéro de la revue ¿Interrogations? sur ce sujet, sont l'occasion de s'interroger. Nous suivrons, de manière critique, l'article d'Édouard Delruelle : "De la laïcité comme dissensus communis". La laïcité a une double face, elle est à la fois civile et politique : civile, car une sorte de consensus s'est établi pour une neutralité publique, et politique par la séparation de l'État et du clergé. L’État garantit la liberté de conviction religieuse et le libre exercice des cultes, et corollairement un consensus relègue les manifestations religieuses dans la sphère privée afin d'éviter une conflictualité permanente.

Les revues - il vaudrait mieux dire leurs éditeurs - jouent un rôle ambigu eu égard à la diffusion scientifique. Là où il suffirait de mettre un contenu sur un site ou un blog, pour qu’il soit accessible à tous gratuitement, les revues impriment les textes et les vendent, tout en restreignant leur diffusion. Si l’impression a pu être dans les siècles passés un excellent moyen de diffusion, aujourd’hui ce n’est plus le cas. Accéder à un texte imprimé est beaucoup plus compliqué et coûteux qu’accéder à un texte numérique. Même quand elles sont obligées de mettre leurs contenus en version numérique, elles essayent d’en limiter l’accessibilité avec toutes sortes de barrières – version payante, embargo, barrières mobiles ou fixes, etc. Bien sûr, il y a des exceptions, certaines revues permettent un libre accès à leurs contenus, mais l'édition scientifique est généralement une manière de faire des profits financiers.

> Qu’est-ce qu’une revue scientifique ? 
> The obscene profits of commercial scholarly publishers

Le prix Nobel de physique 2017 a été attribué à Rainer Weiss, Kip Thorne et Barry Barish pour leurs travaux sur les ondes gravitationnelles qui ont abouti, en février 2016, à une confirmation expérimentale. C'est l'aboutissement d'un long processus de recherche initiée par l'hypothèse avancée par Albert Einstein en 1916. À la suite de Newton, la gravitation a été considérée comme une force d’attraction. Par contre, pour Albert Einstein, la gravitation est une déformation de l’espace-temps qui se produit autour des objets très massifs. Selon cette conception, la Terre est attirée par le Soleil parce que ce dernier courbe l’espace-temps autour de lui. En 1916, il s'interrogea sur les effets du mouvement accéléré d'un objet de très grande masse. Il en conclut que la déformation de l'espace-temps produite par cet objet se propagerait dans l’espace, en s’éloignant comme une onde circulant à la vitesse de la lumière, déformant l’espace sur son passage (elle l’étirerait selon un axe tandis qu’elle le contracterait selon un axe perpendiculaire au premier).

Leszek Kolakowski

Brice Couturier a consacré trois chroniques sur France Culture à Leszek Kolakowski, remettant ainsi en lumière un philosophe mis de coté en France. Spécialiste du marxisme, Leszek Kołakowski est connu pour son Histoire du marxisme très documentée, en trois volumes, dont seuls les deux premiers ont été traduits en français.  Je vous recommande ces trois émissions de cinq minutes chacune qui dressent un portrait de l'homme et de l'œuvre. Elles interviennent après la publication par les éditions "Les Belles Lettres" d'un recueil d’articles parus en français dans la revue Commentaire sous le titre « Comment être socialiste, conservateur et libéral ».

Le nationalisme
L'histoire du XXe siècle
La critique du marxisme

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