Actualité des idées

fouleopt

 

Un collectif de scientifiques appelle à une marche le 22 avril 2017 à l’occasion de la Journée de la Terre et à la veille du premier tour de la présidentielle en France pour soutenir les sciences contre les obscurantismes.

Les scientifiques utilisent une méthode basée sur la collecte, la vérification et l’analyse des faits. Impossible pour eux de fabriquer et d’utiliser des pseudo-faits (« alternative facts ») sans que cela soit immédiatement décelé et dénoncé par la communauté.

Les thèses dites de la "post-vérité" et du "relativisme", en mettant tout dans le même panier, jettent un discrédit sur la validité des résultats scientifiques. Elles ramènent tout savoir à une opinion discutable à laquelle on peut opposer une autre opinion tout aussi valable. Ainsi, on pourrait accorder un crédit à des positions idéologiques favorisant les grands lobbys industriels ou aux thèses d'inspiration religieuses tout autant qu'aux savoirs issus d'une démarche scientifique.

Des sujets aussi divers que le changement climatique ou l'évolution de la vie sur Terre pourraient être affaire d'opinion. C'est un déni de l'effort fait depuis le XVIIe siècle pour donner une qualité d'universalité à la connaissance.

 

Le site : http://www.marchepourlessciences.fr/

La langue de bois est un discours pour ne rien dire. Ce "dire rien" s'oppose au "dire vrai", à la vérité en politique, ce que les grecs nommaient la parrêsia, qui concerne le discours publique, mais aussi le dialogue interindividuel.

Le discours véhicule généralement du sens et, lorsqu'on le vide de son sens, un sens implicite surgit : celui de platitude, de fausseté, de duperie, etc. La langue de bois est une souffrance pour ceux qui s'en rendent compte.

Ceci explique (en partie) le rejet de la politique observé actuellement, car cette pratique est utilisée en permanence. Cette manière de parler est irrespectueuse, car elle sous-entend un mépris pour ceux qu'elle prétend endormir. 

L'utilisations massive de la langue de bois est l'un des symptômes des difficultés que traverse la démocratie. On peut et on doit la critiquer, mais on peut aussi la tourner en dérision. Voyez le petit cours de langue de bois proposé par un expert de l'ENA.

 


Les "réseaux sociaux" comme systèmes de pouvoir et de profit

 

Le terme de réseau "social" est quelque peu trompeur. Il s’agit en vérité de systèmes informatiques mis en place par des entreprises à but lucratif, donnant la possibilité, à ceux qui s’y abonnent, de déposer ou voir des contenus et d'échanger des messages. Comme nous sommes sur Philosophie, science et société, nous parlerons d’abord du réseau nommé Academia.edu.

Ce réseau de diffusion par le web appartient à l'entreprise Academia dont le siège est à San Francisco. Le site a un nom de domaine en ".edu", alors qu'il n'est pas une institution éducative et a un intitulé "Academia" qui évoque l'Université alors qu'il y est étranger (il vise et utilise les universitaires). L’utilisateur, pour participer, doit accorder une licence mondiale, irrévocable et sans dédommagement à Academia pour utiliser, copier, adapter, vendre, diffuser, utiliser à des fins publicitaires tout ce qu’il met sur son profil et tout ce qui est recueilli par les traces de connexions.

 

Quelques mots sur Tzevtan Todorov

todorov tzvetan image

 

Personne attachante par sa douceur et sa modération, Tzvetan Todorov vient de disparaître. Il avait d'abord vécu en Bulgarie avant de s’installer en France en 1963. Cet auteur a commencé par des études littéraires et a participé au structuralisme. Au début des années 1980, il a pris un tournant qui l'éloigna de la linguistique et de la théorie littéraire. Il a remis en cause le primat de la forme qui était le thème structuraliste dominant (Critique de la Critique, Paris, Seuil, 1984). Il est ensuite passé à l'anthropologie, à l'histoire des idées et à la philosophie morale.

Le philosophe et sociologue Zygmunt Bauman s'est éteint le 9 janvier 2017, à l'âge de 91 ans. Son concept de "modernité liquide" l'a rendu, à juste titre, célèbre (Liquid Modernity, Polity Press, 2000). "Contrairement aux corps solides, les liquides ne peuvent pas conserver leur forme lorsqu'ils sont pressés ou poussés par une force extérieure, aussi mineure soit-elle. Les liens entre leurs particules sont trop faibles pour résister... Et ceci est précisément le trait le plus frappant du type de cohabitation humaine caractéristique de la « modernité liquide ». L'auteur décrit une société sans repère stable dans laquelle les individus sont amenés à s'adapter sans cesse au changement.

 

Zigmunt Bauman na 20 Forumi vydavciv

 

Les termes de modèle et de modélisation sont, depuis quelques décennies, omniprésents dans la littérature scientifique et en particulier celle des sciences du langage, de l’homme et de la société. Quel sens donner à ce phénomène ? Même si, dans certains cas, c’est la définition « classique » telle que proposée par la philosophie des sciences qui est utilisée, à savoir le modèle comme instance intermédiaire de validation empirique d'une théorie, le terme de modèle se substitue souvent à ceux de théorie, système, schéma ou méthode et reçoit des acceptions variables visant à combler le fossé entre enquête empirique et réflexion théorique. La modélisation, quant à elle, tient souvent moins à la mathématisation des savoirs qu’à des modes distincts de mise en œuvre tels que figurer, interpréter et simuler.

L'ouvrage  Modélisation et sciences humaines. Figurer, interpréter, simuler (Paris, L’Harmattan, 2016) se propose d’établir un état des lieux et des usages. Qu’appelle-t-on modèle ? Faut-il restreindre ce terme à un certain type de généralisation ? Les sciences humaines, ou certaines sciences humaines, ont-elles développé des types de modélisation spécifiques ? Comment les modèles sont-ils produits, empruntés, abandonnés ? Cette réflexion sur les modèles et la modélisation menée sur les plans historique et épistémologique dans des domaines variés tels que la linguistique, l’histoire de la grammaire, la philosophie du langage, la géographie, la psychologie, l’économie, l’histoire de l’art, a permis d’ouvrir un espace commun pour ces disciplines.

Profits sur les revues scientifiques

Le libre accès au savoir scientifique par opposition à la restriction de sa diffusion et la transformation de cette diffusion en un système lucratif pose un problème éthique et pratique. Cette cette vidéo présentant l'économie lucrative des revues scientifiques pose le problème. Elle est suivie d'un entretien avec Marin Darcos. Marin Dacos est un auteur et informaticien français, ingénieur de recherche au CNRS, engagé dans la lutte pour l'open édition et le libre accès.

Cette vidéo est un document à verser au dossier du Web et libre accès, dossier que nous mettons régulièrement à jour dans Philosophie, science et société. L'idée du libre accès par le web dérive de la culture de l'open source née dans le milieu informatique au début de sa diffusion dans le grand public. Les valeurs de l'open source sont : liberté, gratuité, partage et collaboration. Il serait heureux qu'elles s'étendent et concernent l'ensemble du savoir.

https://www.youtube.com/watch?v=WnxqoP-c0ZE

 

 

Esquisse de l'épistémè moderne

Dans la modernité, le monde est devenu naturel et explicable. Le naturalisme exclut de la réalité la possibilité de causes occultes, de providence ou d’interventions divines ; il considère que le fonctionnement de la nature est autonome.

Cette manière de voir le monde, ce récit philosophique naturaliste, est né avec le XVIIe siècle et il a eu des développements divers. Ce naturalisme est rationnel, il considère que l’Univers est déterminé et exempt de surnaturel, si bien que la raison humaine est susceptible de l’expliquer entièrement.

Cependant, cette épistémè a pour inconvénient de couper involontairement le monde en deux, car l'Univers naturel est connu et expliqué par un sujet pensant, un esprit, qui n'en fait pas partie et le surplombe. La coupure du monde, qui impose une ontologie dualiste est un problème, car, outre les objections philosophiques que l'on peut y faire, elle produit certains inconvénients pour la connaissance scientifique.

 

Voir : Une esquisse de l'épistémè moderne

 

De l'après ou pseudo démocratie ?

L'Europe est en crise, rejetée ou ignorée par les peuples, dominée par la technocratie et les lobbies économiques et financiers. Les politiques ont perdu en crédibilité, l'abstention atteint des sommets. Sommes-nous entrés dans l'ère de la « post-démocratie », fonctionnement politique vidé de sa substance, quand les véritables décisions sont prises en coulisses, à l'écart de la scène publique ? Les régimes politiques occidentaux auraient eu leur apogée démocratique un peu avant la Deuxième guerre mondiale pour les Etats-Unis, et dans les décennies qui l'ont immédiatement suivie pour les autres. Puis, la situation se serait peu à peu dégradée, et nous serions entré dans l'ère de la post-démocratie : les institutions démocratiques demeurent, mais les décisions les plus importantes sont prises ailleurs, dans d'autres cadres : ceux des grandes firmes internationales, des agences de notation ou des organismes technocratiques comme la Banque mondiale. Bref, la mondialisation économique et le capitalisme financier auraient, pour une bonne part, vidé la démocratie de sa substance. Le terme "post" est flou et laisse une incertitude sur ce qu'il qualifie. Est-ce parce qu'on n'arrive pas à définir et donc à nommer ce qui se passe ? Le relativisme, la perte des repères, l'abandon des idéaux, le contournement des institutions, les rapides évolutions, rendent probablement ce qui se passe dans la société contemporaine difficile à qualifier.

 

L'anomie ou la perte des repères sociaux

emileLa notion d'anomie, forgée par le sociologue Émile Durkheim, désigne la situation difficile des individus qui survient lorsque les règles sociales sont incompatibles entre elles ou qu'elles sont minées par les changements économiques et idéologiques.

Dans son ouvrage De la division du travail social et le Suicide, Émile Durkheim considère l'anomie comme une pathologie d'origine sociale. Cette idée de pathologie sociale est importante ; elle contraste avec le relativisme que l'on a vu se développer ensuite en sociologie. Le terme de pathologie note quelque chose de défavorable, qui produit une souffrance individuelle et un dysfonctionnement collectif. Or, s'il y a dysfonctionnement nocif, il convient de le signaler. Fonctionnement et dysfonctionnement ne peuvent être considérés comme équivalents.

Abonnement à Philosophie, science et société

Cet abonnement sert uniquement à être informé de la parution d'un nouvel article dans Philosophie, science et société.