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Actualité des idées

Blog philo

RessemblancePersonne ne nierait que les chats se ressemblent sous un grand nombre de rapports, ni ne douterait du fait qu’ils ressemblent plus aux chiens qu’aux bactéries. Il semble légitime de croire que c’est en vertu d'une similarité d’ensemble que nous pouvons dire que certains individus appartiennent à une même espèce. Ces intuitions partagées suggèrent que la ressemblance jouerait un rôle sur le plan épistémique. Elle sous-tendrait nos classifications et taxonomies, et serait à la source des raisonnements analogiques et inductifs.

Cette place de la ressemblance dans le discours ordinaire et scientifique appelle des hypothèses métaphysiques ou ontologiques. Pour certains, nos jugements de ressemblance seraient ultimement dépendants de (et justifiés par) une organisation intrinsèque de la réalité. Il y a, en épistémologie et en philosophie des sciences, un écho direct à ces discussions sur le concept de ressemblance. Toute démarche inductive a partie liée avec le repérage de régularités qui se jouent au niveau des phénomènes naturels. Il revient ainsi au scientifique d’identifier des événements qui se répètent et donc de définir – sinon de construire – un format pour la ressemblance signifiante. Souvent, le scientifique doit prendre des décisions normatives – tout à la fois pratiques et théoriques - relativement au type de ressemblance retenu comme pertinent dans un contexte donné et dans une discipline particulière. Mais, que faire de telles décisions ?

 

Donald Trump décide qu’il n’y pas de réchauffement climatique. Le gouvernement de Matteo Salvini déclare les vaccins dangereux et les usines d’incinération inutiles. Les syndicats agricoles déclarent que le glyphosate et autres herbicides/pesticides ne sont pas nuisibles à la santé. Les exemples de ce type sont innombrables. Des responsables politiques donnent leurs opinions pour vraies, contre le savoir acquis scientifiquement.

Les efforts faits depuis le siècle des Lumières pour asseoir la réflexion et les pratiques sur un savoir scientifiquement fondé finissent par être discrédités. Il n’y plus de vérité, on ment sans honte et avec aplomb. Plus besoin d’argumenter, il suffit d’affirmer ; l’arrogance et la suffisance remplacent la connaissance.

L’opinion sans fondement s’affirme en face des savoirs fondés scientifiquement. Il s'agit de faire valoir ce qui arrange sur un plan économique, ce qui satisfait des intérêts politiques ou financiers. Il s’agit de faire valoir une opinion et le plus fort médiatiquement a raison. Que nous soyons tombés aussi bas au XXIe siècle en Occident après tant d'efforts de moralisation et de rationalisation de la vie publique est désespérant.

Stupéfiante évolution civilisationnelle ! Comment cela peut-il être accepté ? On peut y voir la faillite d’un système éducatif qui a négligé d’enseigner ce que sont le sérieux, la vérité, la validité des savoirs, la vérification de faits, la connaissance scientifique. On peut y voir aussi aussi les effets dissolvants du scepticisme post-moderne et le retour à la vieille confusion entre vérité et opinion majoritaire ou idées imposées autoritairement, confondant ainsi la vérité et la volonté des puissants.

Depuis la déclaration de Singapour sur l’intégrité scientifique en 2010, la communauté scientifique internationale se mobilise pour que les exigences méthodologiques et éthiques de la recherche soient plus clairement affirmées. En effet, le contexte de course à la nouveauté et l’introduction d’une logique concurrentielle renforcée, contraires à la démarche scientifique, multiplient les risques de dérive.

Les différents organismes de recherche en France ont multiplié les initiatives et leur convergence a conduit à la signature de la charte de déontologie des métiers de la recherche par la Conférence des Présidents d'Universités et les principaux organismes en janvier 2015. À la suite du rapport remis par le Pr. Pierre Corvol en 2016, "Bilan et propositions de mise en œuvre de la charte nationale d’intégrité scientifique", plusieurs décisions ont été prises, notamment :

  • les écoles doctorales doivent veiller à ce que les doctorants bénéficient d'une formation à l'éthique et à l'intégrité scientifique,
  • les établissements ont nommé un référent à l'intégrité scientifique,
  • un Office français de l'intégrité scientifique a été installé en 2017 auprès du HCERES.

Il existe des manquements à l'intégrité scientifique. Les fraudes telles que la fabrication de données ou la falsification de résultats, ou encore le plagiat, restent exceptionnelles. Ce qui pose aujourd'hui problème, ce sont les petits manquements tels que les méthodologies mal adaptées, les séries de résultats insuffisantes pour être probantes, les annonces excessives par rapport à ce qui est effectivement démontré, les extensions et extrapolations douteuses.