Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

Les éditeurs du magazine La Recherche – le groupe de presse de Claude Perdriel – ont décidé de fusionner le mensuel La Recherche avec le mensuel Sciences et Avenir.

Présenté en Comité social et économique (CSE) le 30 avril 2020, le projet prévoit la création d’un mensuel scientifique unique, baptisé Sciences et Avenir - La Recherche, la fusion des deux sites web, ainsi que la publication d’un trimestriel La Recherche - Les Essentiels du XXIe siècle. Ce qui impliquerait la fusion des deux rédactions au sein d’un « pôle sciences ».

Selon la direction de la publication, ce projet répond à une nécessité économique, car le groupe Perdriel dans son ensemble connaît actuellement des difficultés financières.

Il est assez malheureux, à un moment où la science est mal comprise et mal perçue, que les publications qui la font connaître diminuent leur périmètre ; mais on peut penser, réciproquement, que c'est le discrédit sur la science qui rend les publications moins populaires, ce qui diminue les abonnements et fragilise leur base économique.

Le "Projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche pour les années 2021 à 2030" a pour objet de fixer les objectifs et le financement de la recherche en France. Le projet de loi sera présenté en Conseil des ministres le 8 juillet. 


Nous nous contenterons d'un extrait de l'exposé des motifs.


"La science et la recherche publique ont contribué à la construction de notre pacte républicain et à l’affirmation de notre pays lors de chaque crise majeure, notamment au lendemain de la seconde guerre mondiale ou plus récemment face à l’épidémie de Covid-19."


Or, la France se singularise par un financement de la recherche inférieur aux autres pays de l'OCDE.


"Ce déficit chronique d’investissement fragilise l’ensemble de notre système de recherche et a des répercussions immédiates sur les chercheurs et les enseignants-chercheurs en France.


À l’heure où la société française est traversée par des courants d’irrationalité et de doutes sur les progrès et les connaissances, le Gouvernement fait le choix d’inverser résolument la tendance, de réarmer notre système public de recherche afin de lui donner les moyens de relever les défis scientifiques d’aujourd’hui et de demain et d’inciter nos étudiants à faire le choix de l’entrée dans la carrière scientifique.


Il prévoit, avant toutes choses, un réinvestissement massif dans la recherche publique, dont l’effet de levier doit permettre d’aller vers l’objectif d’un effort national de recherche atteignant 3 % du PIB. À cette fin, le présent projet de loi vient consolider les outils actuels de financement et de pilotage de la recherche avec un effort budgétaire supplémentaire de 25 milliards d’euros pendant les dix prochaines années..."

Il est intéressant de voir que le gouvernement se soit aperçu que la manière dont il traite les scientifiques (le crédit qu'il leur porte et les crédits qu'il leur accorde) a une influence sur le développement de courants d’irrationalité et de doute en la science dans la population. On notera que l'ambition d'atteindre 3% du PIB, pourcentage reconnu comme le minimum souhaitable, en dix ans, est très modeste.

Par ailleurs, la loi souhaite «le déploiement d’une […] culture du management et de l’évaluation» dont il n'est pas sûr qu'elle soit adaptée à la recherche comme à l’enseignement.

« Aucun élément statistique ne permet de constater une détérioration du pouvoir d’achat des Français, ni une hausse des inégalités de revenu, depuis 30 ans. La hausse de la taxation des hauts revenus, des dépenses sociales et celle, plus légère, des revenus alloués au travail l’expliquent en partie.

Les données montrent qu’il n’y a pas de tendance négative en matière de pauvreté, d’inégalités de revenu, de mobilité sociale ou d’inégalité d’espérance de vie entre groupes sociaux. La situation s’avère assez stable depuis 30 ans, notamment grâce à la plus grande progressivité du système d’imposition.

Pour améliorer ce qui peut l’être, encore faut-il éviter de se tromper de constat général. L’histoire du vingtième siècle regorge de faux diagnostics produisant plus de désordres et de souffrances que le soi-disant mal qu’ils devaient combattre .» (Guillaume Bazot)

Rappeler cela est bien nécessaire, tant la critique et le catastrophisme règnent en notre pays. De nombreux médias, dont certains spécialisés dans ce domaine, se livrent au dénigrement systématique. Je cite en vrac : l'inquiétude de la population, creusement de inégalités, casse-tête pour les fins de mois, défaillance de l'État, augmentation de la misère, coût de la vie exorbitant, chômage catastrophique. En France, on semble spécialisé en critiques négatives et décourageantes. Une idéologie de la négativité s'est emparé des médias et des réseaux sociaux.

 

Pessimisme 

 

BAZOT, Guillaume. Les inégalités s’accroissent-elles vraiment ? Niveau de vie, mobilité sociale et répartition en France. In : La vie des idées. 2 juin 2020. https://laviedesidees.fr/Les-inegalites-s-accroissent-elles-vraiment.html

 

Pour certains, une situation d’urgence comme celle de la pandémie permettrait de s’affranchir des règles habituelles en médecine. La pandémie serait comme une opération de secourisme ou de combat, dans laquelle il faudrait improviser et agir vite. Pourtant, un urgentiste confirmé sait que c'est l’inverse : dans l’urgence, il faut appliquer calmement les protocoles pour éviter d’empirer la situation. La règle du primum non nocere vaut encore plus que dans toute autre situation.

Une série d'arguments  permettent de rejeter l’idée qu’il faille s’affranchir des règles en situation d’urgence pandémique.

1 - la méthodologie permet d’obtenir des données fiables dégagées des intérêts privés (intérêts de médiatisation personnelle ou de commercialisation pharmaceutique).

2 - les essais cliniques sérieux permettent de s’assurer qu’un nouveau traitement n’empire pas l’état des patients et cela évite une surmortalité, ce qui est quand même primordial.

3 - la métholodogie permet de dépasser la conviction individuelle (d’une personne ou d'une équipe) concernant l’efficacité de son traitement, qui n’est pas un indicateur fiable, surtout dans l'empressement.

4 - ne pas respecter les règles et préférer des essais rapides peu probants retardera la formation d'un consensus justifié et les mesures efficaces.

L'épistémologie d'une science appliquée comme la médecine nous apprend qu'elle est particulière. Elle est en butte à des biais cognitifs dus à son caractère humain, biais qu'il faut sans cesse combattre pour éviter que le charlatanisme ne s'en empare.

 

Voir l'article complet : L’urgence de la pandémie ne justifie pas de s’affranchir des règles en médecine

Une question de méthode ?

La méthode qui permet de déterminer l'efficacité d'un traitement en médecine est une construction sociale qui s'est mise au point progressivement dans le champ de cette science particulière : elle est appliquée (ni fondamentale, ni exacte) et, qui plus est, elle est appliquée à des humains et par des humains, qui ne sont pas neutres.

La méthode mise au point impose des normes rationnelles, non spécifiques, comme des conditions similaires et comparables et un nombre suffisant de patients pour que les essais soient significatifs. Elle impose aussi des normes spéciales pour déjouer les biais subjectifs et sociaux qui interviennent très facilement dans le champ de l'humain (pour cela les essais sont faits en double aveugle).

En médecine, si la méthodologie est respectée, elle facilite l'accord entre les pairs.

Une remise en cause médiatique de la méthode

La méthode n'est pas toujours respectée à cause de falsifications plus ou moins volontaires. Elle peut aussi être refusée. Mais pourquoi ? 

Le refus de la méthode commune est une prétention à imposer arbitrairement son opinion. "Moi, je sais mieux que la communauté scientifique, au titre de mon intuition". Mais pas seulement, car dans le cas de l'utilisation des antipaludéens contre la Covid-19, le procédé est populiste. On fait valoir le bon sens populaire contre la méthode des "élites".

La mise en avant médiatisée de l'hydroxychloroquine, de la chloroquine et de l'Artemisia Annua, est un problème qui n'est pas scientifique, c'est un procédé de propagande populiste : on vante publiquement le bon médicament, qui est le vieux remède des familles, l'antipalu que tout le monde connaît, la bonne tisane naturelle, contre l'avis des "experts".

Les raisons de la médiatisation outrancière d'un remède incertain sont politico-médiatiques. Il s'agit de se mettre en avant comme sauveur, tout en se montrant anti-élite. On est passé d'un problème de méthode (le sérieux, la scientificité de la connaissance) pour entrer dans un problème médiatico-politique (la propagande et la manipulation des populations).

Le rétablissement réglementaire et sa suite

Le 24 mai 2020, le HCSP a publié de nouvelles recommandations relative à l'utilisation de l'hydroxychloroquine, selon lesquelles l'hydroxychloroquine (seule ou associée à un macrolide) ne doit plus être utilisée dans le traitement COVID-19 en raison du manque d'efficacité et des effets toxiques sur le cœur. Du coup, on voit qu'une autorité politico-administrative responsable doit intervenir pour faire respecter le savoir médical reconnu. Mécontentant au passage la partie de la population convaincue de ce que le remède miracle était le bon. Puis, de nouvelles études sont relancées. Il est quand même étonnant que l'on n'arrive pas à avoir un avis sérieux sur la question ! Mais la recherche n'est pas l'acquis c'est.. la recherche, avec ses incertitudes.

 

En savoir plus : Épidémie de Covid-19 : savoir et politique (3)

 

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