Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

Michel Piccoli nous a quitté.Picoli

« J'ai joué à avoir plusieurs vies. »

 

Dans A Voix Nue, sur France Culture, il exprimait son inquiétude face à la vie politique :

« Nous sommes abandonnés, la politique nous abandonne. Mais c'est beaucoup plus grave qu'on ne le croit. La mondialisation achète tout, pille les pays, c'est une machine banquière, guerrière mondiale gigantesque : Il y a des machines qui nous endorment, qui savent nous endormir dans un bien-être du sport, de la farce, du pornographique : je parle de la télévision qui "enconarde" le monde entier. [...] Nous sommes doublement manipulés par des fantômes gigantesques qui achètent les pays, qui vendent les pays et par la communication, la grande communication des télévisions qui nous endort dans le confort de l'achat. Plus vous achèterez, plus vous serez heureux.»

 

L’arrêt de la Cours Constitutionnelle Allemande du 5 mai 2020 est une illustration pratique d’un cas de philosophie politique. En pleine pandémie, au moment où certains gouvernants promettent que « rien ne sera comme avant » et qu’il y aura « un monde d’après », la Cour Constitutionnelle Allemande condamne la politique monétaire de la BCE qui aide les États en rachetant leurs dettes publiques (la BCE a lancé en mars un énorme « plan pandémie » de 750 milliards d’euros d’achats de titres).

Cette décision de la Cours est une conséquence du dogme allemand sur la monnaie. La « doctrine monétariste » allemande est stricte. On la nomme « ordolibéralisme ». Elle est attachée à l’indépendance de la Banque centrale tout comme n’importe quelle autre variante du monétarisme, mais elle vise la stabilité des prix dans le cadre d’une doctrine purement anti-inflationniste et rejette toute forme d’intervention monétaire dans les affaires économiques. Cette idée de séparer monnaie et économie est critiquée, entre autre, par l’école keynésienne. La Cours défend cette conception, qui est la conception allemande depuis le début de la création de l'Union Européenne.

Mais, cette décision est aussi l’effet d'une tendance à défendre les intérêts nationaux sans cesse résurgente, car l’Allemagne n'a pas intérêt, dans l'immédiat, à une telle politique. Deux visions s'opposent sans cesse en Europe : l’une selon laquelle, face à la globalisation, l’union (européenne) fait la force et, l’autre, qui suppose que des États, isolés et concurrents, peuvent s’en tirer seuls plus facilement (exemple le Brexit).

Au final, c’est une question de philosophie politique : l'union et l’entraide, dans une situation difficile, valent-elles plus politiquement que l’intérêt de tel ou tel pays qui est momentanément perdant ? L'enjeu est d'importance, car la puissance d’une institution commune comme la BCE est décisive pour l'économie.

 

En savoir plus : Épidémide de Covid-19 : savoir et politique (3)

 

Une rétrospective en vidéo qui montre la tendance à la minimisation de la gravité et les errances politico-administratives dans la gestion du début de l'épidémie. Toutefois, il convient de noter que la critique a posteriori a tendance à inverser la temporalité : sachant maintenant ce qu’on ignorait auparavant, on se demande pourquoi on n'a pas fait ce qu'il fallait plus tôt.

 

 

Source : Dans le cadre du séminaire Politiques des Sciences, un collectif interdisciplinaire de chercheurs appartenant à RogueESR (collectif critique de la politique scientifique actuelle) analyse l’errance politique et admnistrative du gouvernement en établissant les fait scientifiques et en les confrontant à la réaction des acteurs politiques. 

Pour plus d'info sur l'épidémie : Épidémie de Covid-19 : savoir et politique (2)

Certains envisagent déjà l'avenir, l'après de la crise que nous traversons. Les uns y voient l'occasion d’un changement radical, d’un nouveau départ comme Joseph Confavreux :

«Je le dis en tant qu’historien et avec une franchise qui peut paraître brutale : l’ampleur du choc économique et social, mais aussi politique et moral, me paraît nous mener vers une période tout autre.»

Pour d’autres, rien ne change ! Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef a déclaré le 13/4 sur BFM TV qu’il :

« faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire ... l'important, c'est de remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse ».

Le propos a été relayé par des membres de la majorité politique. Pour ceux-là, aucune leçon à tirer, rien à apprendre, rien à changer sur le modèle de développement productiviste néolibéral. Il y a une volonté de ne rien savoir, pour ne rien changer.

Le Président de la République dans son discours parle lui aussi de « préparer l'après » et avance l'idée de changer, de « se réinventer » :

E Macron

« Notre pays aujourd'hui tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Les distinctions sociales ne peuvent être justifiées que sur l'utilité commune*  ... Sachons sortir des sentiers battus, des idéologies et nous réinventer. Moi le premier. »

Peut-être Emmanuel Macron a-t-il appris de cette crise et est-il disposé à modifier son orientation politique ? Peut-être a-t-il pris conscience des limites de son idéologie ?

L'article 1er de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen

Pour en savoir plus sur l'épidémie de Covid-19

"Science ouverte ! Ce devrait donc être un pléonasme, mais cela fait des décennies que cela ne l’est plus. Comment en est-on arrivé là alors que pendant des siècles la communauté scientifique avait réussi à échanger, à s’organiser à travers de multiples réseaux ? " écrit Bruno DAVID (La science ouverte : refaire circuler le savoir librement).

Je le cite à nouveau :

"Après avoir demandé aux scientifiques, la plupart du temps payés par les pouvoirs publics, d’écrire leurs articles, de les éditer, de valider gratuitement ceux de leurs pairs, puis de payer pour les lire, les éditeurs ont aussi souhaité faire payer pour publier, simplement en proposant des accès facilités et accélérés à la publication contre rétribution. Bref, une forme d’asservissement consenti s’est installée, où il fallait passer trois fois à la caisse.

Ministere ES R I

À trop vouloir gagner, un vent contraire s’est levé, celui de la science ouverte."

Un comité de pilotage pour la science ouverte a été mis en place par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

 

Pour en savoir plus, visitez le site Ouvrirlascience.fr

 

 

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