Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

À l’heure où dans de nombreux pays les difficultés sociales, les inquiétudes, les problèmes du déclassement, de la précarité ou de la mobilité descendante aboutissent au populisme, au nationalisme et à l’extrémisme, la France donne une image singulière : celle d’une société où s’exprime un mouvement social dont le cœur est éloigné des tendances mondiales.

Ce mouvement social s’inscrit dans le cadre d’un type de société. Ici, ce n’est pas faire injure aux acteurs que de dire qu’ils sont plus dans la défense d’un modèle social et culturel qui se défait depuis une trentaine d’années sous l’effet, notamment, de la mondialisation, avec la déstructuration de l’État-nation et la sortie de l’ère industrielle classique, que dans l’invention d’un nouveau modèle.

S’il est défensif, et classique dans ses significations, il est particulièrement moderne dans ses formes. Il est mobile, « liquide » aurait dit Zygmunt Bauman, et en même temps capable d’ancrage local, il utilise massivement et intelligemment, les technologies nouvelles de communication, Internet, les téléphones mobiles, les réseaux sociaux.

Dans ses significations les plus élevées, le mouvement fait apparaître une France qui se cabre, qui s’indigne, qui demande à être respectée et entendue, qui voudrait une autre politique sociale, plus de démocratie aussi. Et il n’est pas spécialement préoccupé par les prochaines élections.

 

Voir l'article complet dans The conversation : Les « gilets jaunes », quand la France se cabre

Le samedi 17 novembre 2018 a été déclaré « Jour de rébellion » par le mouvement « Extinction Rebellion ». Ce mouvement écologiste, né en Angleterre, regroupe un certains nombre des personnes opposées à ce qu’elles estiment être un gouvernement de « criminels du climat ». Ce groupe a décidé de réunir suffisamment de manifestants pour fermer certaines zones de la capitale britannique, en bloquant le trafic routier en divers points stratégiques.

L'objectif à long terme du mouvement est de créer un contexte dans lequel le gouvernement ne pourra plus ignorer la volonté d’un nombre croissant de personnes déterminées à détourner le monde de la catastrophe climatique. L’objectif d’Extinction Rebellion est de prévenir une dévastation de notre environnement qui est certaine et risque de survenir rapidement, à moins que nous réussissions à changer radicalement le cours du développement industriel.

Le changement de modèle industriel est contraire aux intérêts des élites, mais aussi des citoyens ordinaires, particulièrement dans les pays développés, car il faudrait diminuer la consommation. La tâche parait particulièrement ardue, et les chances de succès du mouvement très minces. De plus, le problème est mondial et il est impossible de le résoudre si seulement un ou deux États européens devenaient subitement vertueux en matière écologique, alors que d'autres, bien plus importants (USA, Chine, Inde), continuent à polluer.

 

L'article sur Diamond Jared et l'effondrement des sociétés peut éclairer la motivation de ce nouveau mouvement écologiste.

« La philosophie soulève la question de la valeur et du crédit qui peuvent être accordés à une discipline qui n’est apparemment jamais parvenue à décider aucune des questions dont elle s’occupe et ne semble pas plus près aujourd’hui qu’hier de réussir à le faire ». (Jacques Bouveresse, Cours au collège de France, cours 4, 2008).

« Qu'il s'agisse du fil de l'histoire ou du panorama d'une époque, on peut dire que la division et le désaccord règnent en philosophie » (Angèle Kremer-Marietti « Philosophie et sciences » in Épistémologiques, Philosophiques Anthropologiques, Paris, L'harmattan, 2005.).

Ces constats concordants devraient alerter. L’impossibilité d’avancer vers des solutions admises par la communauté est un problème inquiétant. Cela a conduit certains auteurs et non des moindres à quitter la philosophie, comme Norbert Elias, Claude Lévi-Strauss, Pierre Bourdieu.

Thomas Kuhn remarque dans La structure des révolutions scientifiques (Paris, Flammarion, 1970, p. 223) que, dans les disciplines non scientifiques, les écoles se multiplient. Elles mettent en question les buts, les normes et même les principes fondamentaux des écoles concurrentes. C’est bien le cas en philosophie. On y trouve un cumul et une juxtaposition de doctrines très sophistiquées et inconciliables les unes avec les autres.

Chaque philosophe soigne et développe à l’extrême la ramure de l'arbre philosophique faisant semblant d'ignorer qu'il manque le tronc paradigmatique sur lequel la connaissance philosophique pourrait progresser.

Ne serait-ce pas la tâche essentielle, si l'on veut que la philosophie trouve la crédibilité qu'elle mérite ? 

 

Google jouit en Europe et en Inde d’une position dominante (environ 90 %) et moindre aux États-Unis (78 %). En Chine et en Russie, ce sont respectivement Baidu et Yandex qui sont massivement utilisés.

Ces moteurs enregistrent nos données personnelles et les traces de nos requêtes sur le web. Ils transmettent des informations aux services de renseignement des pays concernés si besoin. L’usage de ce pistage mondial est d’abord commercial, mais il est aussi politique et policier.

Pour y échapper, il existe des moteurs de recherche anonymisés qui sont des instruments de protection des citoyens, mais aussi de souveraineté nationale.

Lancé en 2013, Qwant est un moteur de recherche développé en France offrant une solution alternative. Rappelons qu'il existe d'autres moteurs de recherche discrets comme DuckDuckGo, Startpage ou Disconnect.

Signalons aussi le réseau Tor. Il s'agit d'un groupe de serveurs exploités par des bénévoles qui permet aux utilisateurs des connections privées et sécurisées sur Internet.

Tor est un outil de contournement de la censure grâce auquel on peut atteindre des contenus bloqués, ou communiquer avec les lanceurs d'alerte et les dissidents, ou joindre discrètement les organisations non gouvernementales. Malheureusement, il peut être détourné et utilisé à des fins malveillantes ou douteuses.

Internet et le web, outils de liberté, sont aussi des moyens de surveillance et d'influence utilisés par des firmes commerciales, des officines de manipulation de l'opinion et par les régimes totalitaires pour espionner les citoyens.

Jean-Baptiste Fressoz a ajouté un chapitre à la dernière édition du livre qu'il a publié avec Christophe Bonneuil (L'événement Anthropocène. La Terre, l'histoire et nous, Seuil, 2018), intitulé Capitalocène.

Le nom « Capitalocène » veut signifier qu'il y a une histoire conjointe du système Terre et des systèmes-mondes techno-capitalistes. Si, selon le mot de Frederic Jameson, il est plus facile « d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme », c’est que ce dernier est devenu coextensif à la Terre.

Les trois derniers siècles se caractérisent par une accumulation extraordinaire de capital : en dépit de guerres destructrices, ce dernier s’est accru d’un facteur 134 entre 1700 et 2008. Cette dynamique d’accumulation du capital a sécrété une « seconde nature » structurant les flux de matière, d’énergie, de marchandises et de capitaux à l’échelle du globe. C’est cette technostructure orientée vers le profit qui a fait basculer le système Terre dans l’Anthropocène.

Le changement de régime géologique nommé "Anthropocène" a été produit par l'accroissement massif du capital, bien plus que par l'activité proprement humaine (le capital mobile productif dédié à l'économie). 

En utilisant les méthodes développées par l’école viennoise d’écologie sociale, l'auteur propose une histoire des systèmes-mondes qui ont fait basculer la Terre dans l’Anthropocène. Les « systèmes-mondes » organisent les flux de matière, d’énergie, de marchandises et de capitaux à l’échelle planétaire.