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Actualité des idées

Blog philo

Alors que des crises sanitaires, environnementales, sociales et économiques se succèdent, la parole et les connaissances de scientifiques sont mises en avant dans la légitimation des décisions politiques tout en étant souvent remises en cause dans l’espace public ainsi que sur les réseaux sociaux. Les discours et les pratiques des scientifiques peuvent apparaître instrumentalisés, mal-compris ou inappropriés, selon les contextes.

Désireux d’être utiles, de nombreux membres de la communauté académique s’impliquent sur des sujets de recherche en relation avec des enjeux sociaux. Parallèlement, le pilotage des recherches scientifiques vers les « bons » sujets par des outils incitatifs (financement, postes ciblés), coercitifs (menace d’enquête) ou dissuasifs (sous-financement) se développe. Si l’on considère que l’autonomie des chercheurs est la condition de l’objectivité des faits scientifiques, comment l’articuler avec leur responsabilité sociale et les besoins collectifs de nos sociétés ?

Comment se constituent aujourd’hui les nouveaux savoirs qui allient des communautés scientifiques avec la participation d’individus ou de collectifs extérieurs au monde académique ? Que peuvent dire et faire les différentes sciences, et les scientifiques, qui soit pertinent pour interroger ou résoudre les problèmes contemporains ? Comment sont repris certains savoirs scientifiques impliqués dans des controverses sociales et politiques alors que d’autres passent inaperçus ?

L’Homme étant dans le Monde, le portrait que l'on peut en peindre dépend de l’ontologie sous-jacente à l'entreprise anthropologique que l'on prétend mener. Nôtre ontologie est pluraliste et permet des considérer l'Homme en continuité avec la pluralité de l'Univers qui l'entoure. Il s'ensuit que que la fermeture individuelle d'un esprit dans un corps proposée par la philosophie classique dualiste paraît inappropriée.    

Le corps et l'esprit constituent-ils un couple utile pour l'anthropologie philosophique ? Rien n'est moins sûr. Il existe une conception bien plus intéressante, celle pluraliste des niveaux d'organisation. Grace à elle, on peut penser les capacités intellectuelles humaines en dehors de toute hypothèse métaphysique, soit par le niveau cognitif et représentationnel, soit par le niveau neurophysiologique.

Un nouveau livre historique de grande qualité sur l'époque des Lumières nous est proposé, c'est L’héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, écrit par Antoine Lilti.

Pourquoi les Lumières nous interpellent-elles ?

Pour ma part, elles évoquent un moment flamboyant de l'histoire des idées en contraste avec notre époque de tristesse blasée (issue de la déconstruction post-moderne) et surtout marquée par le retour en force des superstitions, des religions, de l'ignorance et de l'irrationalité.

« Lumières », « Enlightenment », « Aufklärung », « illustracion» , « Illuminismo », ces termes désignent un vaste mouvement culturel présent en Europe au cours du XVIIIe siècle, dont les historiens contemporains ont voulu montrer la diversité.

Mais, l’associer à la diversité des transformations du XVIIIe siècle, fait perdre de vue ce qui, du point de vue des idées philosophique, a fait postérité et reste intéressant pour nous ; ce qui fait que « ce XVIIIe siècle est encore parmi nous et travaille en nous » disait Alphonse Dupont. Enfin seulement certains d’entre nous, car au XXIe siècle, nos sociétés changent en bafouant ouvertement les valeurs des Lumières. Quelles sont-elles donc ?

L'auteur nous aide à caractériser les Lumières de façon synthétique. Même si c'est une façon un peu simple de procéder, elle est importante à un moment où les principes avancés par la philosophie des Lumières disparaissent des écrans radars de l'idéologie contemporaine (ce sont les écrans des télés, des smartphones, des tablettes, des ordinateurs, etc. qui servent de radars idéologiques). Listons ces valeurs et principes, que nous rappelle Antoine Lilti :

- autonomie fondée sur la raison
- tolérance et droits de l’homme
- liberté individuelle  - modération 
- justice  - liberté d’expression 
- émancipation adossé à la diffusion du savoir
- optimisme réformateur et foi dans le progrès
- critique des préjugés et des conventions
- prestige de la science   - humanisme cosmopolite

Principes auxquels on pourrait ajouter, de nos jours, celui d'une

- relation harmonieuse avec l'environnement

L’auteur aborde son sujet au travers de trois thèmes : l’Universalisme, la Politique et la Modernité. Il évoque dans l'Introduction divers problèmes épistémologiques, dont nous ne retiendrons que celui de l’historicisme :

« Pour certains, les Lumières représentent un ensemble de valeurs et de concepts […] pour d’autres, en revanche, les Lumières […] ne peuvent être comprises qu’au regard des transformations historiques ».

On retrouve, en effet, au sujet des Lumières, la fausse querelle de l’historicisme, supposant que l’approche rationnelle et l’approche historique de la pensée seraient exclusives. Or, on peut admettre que l’évolution civilisationnelle et culturelle fasse apparaître des principes, qui peuvent - aussi - être jugés rationnellement et évalués pour eux-mêmes. Rapporter la pensée à une époque et à sa culture n’exclut pas de juger de son intérêt et de sa valeur. Ce que résume Antoine Lilti :

« ces deux conceptions ne peuvent s’émanciper l’une de l’autre ».

Lilti A., L’héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, Paris, EHESS Gallimard Seuil, 2019.