Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

Les termes de modèle et de modélisation sont, depuis quelques décennies, omniprésents dans la littérature scientifique et en particulier celle des sciences du langage, de l’homme et de la société. Quel sens donner à ce phénomène ? Même si, dans certains cas, c’est la définition « classique » telle que proposée par la philosophie des sciences qui est utilisée, à savoir le modèle comme instance intermédiaire de validation empirique d'une théorie, le terme de modèle se substitue souvent à ceux de théorie, système, schéma ou méthode et reçoit des acceptions variables visant à combler le fossé entre enquête empirique et réflexion théorique. La modélisation, quant à elle, tient souvent moins à la mathématisation des savoirs qu’à des modes distincts de mise en œuvre tels que figurer, interpréter et simuler.

L'ouvrage  Modélisation et sciences humaines. Figurer, interpréter, simuler (Paris, L’Harmattan, 2016) se propose d’établir un état des lieux et des usages. Qu’appelle-t-on modèle ? Faut-il restreindre ce terme à un certain type de généralisation ? Les sciences humaines, ou certaines sciences humaines, ont-elles développé des types de modélisation spécifiques ? Comment les modèles sont-ils produits, empruntés, abandonnés ? Cette réflexion sur les modèles et la modélisation menée sur les plans historique et épistémologique dans des domaines variés tels que la linguistique, l’histoire de la grammaire, la philosophie du langage, la géographie, la psychologie, l’économie, l’histoire de l’art, a permis d’ouvrir un espace commun pour ces disciplines.

Profits sur les revues scientifiques

Le libre accès au savoir scientifique par opposition à la restriction de sa diffusion et la transformation de cette diffusion en un système lucratif pose un problème éthique et pratique. Cette cette vidéo présentant l'économie lucrative des revues scientifiques pose le problème. Elle est suivie d'un entretien avec Marin Darcos. Marin Dacos est un auteur et informaticien français, ingénieur de recherche au CNRS, engagé dans la lutte pour l'open édition et le libre accès.

Cette vidéo est un document à verser au dossier du Web et libre accès, dossier que nous mettons régulièrement à jour dans Philosophie, science et société. L'idée du libre accès par le web dérive de la culture de l'open source née dans le milieu informatique au début de sa diffusion dans le grand public. Les valeurs de l'open source sont : liberté, gratuité, partage et collaboration. Il serait heureux qu'elles s'étendent et concernent l'ensemble du savoir.

https://www.youtube.com/watch?v=WnxqoP-c0ZE

 

 

Esquisse de l'épistémè moderne

Dans la modernité, le monde est devenu naturel et explicable. Le naturalisme exclut de la réalité la possibilité de causes occultes, de providence ou d’interventions divines ; il considère que le fonctionnement de la nature est autonome.

Cette manière de voir le monde, ce récit philosophique naturaliste, est né avec le XVIIe siècle et il a eu des développements divers. Ce naturalisme est rationnel, il considère que l’Univers est déterminé et exempt de surnaturel, si bien que la raison humaine est susceptible de l’expliquer entièrement.

Cependant, cette épistémè a pour inconvénient de couper involontairement le monde en deux, car l'Univers naturel est connu et expliqué par un sujet pensant, un esprit, qui n'en fait pas partie et le surplombe. La coupure du monde, qui impose une ontologie dualiste est un problème, car, outre les objections philosophiques que l'on peut y faire, elle produit certains inconvénients pour la connaissance scientifique.

 

Voir : Une esquisse de l'épistémè moderne

 

De l'après ou pseudo démocratie ?

L'Europe est en crise, rejetée ou ignorée par les peuples, dominée par la technocratie et les lobbies économiques et financiers. Les politiques ont perdu en crédibilité, l'abstention atteint des sommets. Sommes-nous entrés dans l'ère de la « post-démocratie », fonctionnement politique vidé de sa substance, quand les véritables décisions sont prises en coulisses, à l'écart de la scène publique ? Les régimes politiques occidentaux auraient eu leur apogée démocratique un peu avant la Deuxième guerre mondiale pour les Etats-Unis, et dans les décennies qui l'ont immédiatement suivie pour les autres. Puis, la situation se serait peu à peu dégradée, et nous serions entré dans l'ère de la post-démocratie : les institutions démocratiques demeurent, mais les décisions les plus importantes sont prises ailleurs, dans d'autres cadres : ceux des grandes firmes internationales, des agences de notation ou des organismes technocratiques comme la Banque mondiale. Bref, la mondialisation économique et le capitalisme financier auraient, pour une bonne part, vidé la démocratie de sa substance. Le terme "post" est flou et laisse une incertitude sur ce qu'il qualifie. Est-ce parce qu'on n'arrive pas à définir et donc à nommer ce qui se passe ? Le relativisme, la perte des repères, l'abandon des idéaux, le contournement des institutions, les rapides évolutions, rendent probablement ce qui se passe dans la société contemporaine difficile à qualifier.

 

L'anomie ou la perte des repères sociaux

emileLa notion d'anomie, forgée par le sociologue Émile Durkheim, désigne la situation difficile des individus qui survient lorsque les règles sociales sont incompatibles entre elles ou qu'elles sont minées par les changements économiques et idéologiques.

Dans son ouvrage De la division du travail social et le Suicide, Émile Durkheim considère l'anomie comme une pathologie d'origine sociale. Cette idée de pathologie sociale est importante ; elle contraste avec le relativisme que l'on a vu se développer ensuite en sociologie. Le terme de pathologie note quelque chose de défavorable, qui produit une souffrance individuelle et un dysfonctionnement collectif. Or, s'il y a dysfonctionnement nocif, il convient de le signaler. Fonctionnement et dysfonctionnement ne peuvent être considérés comme équivalents.