Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

La face cachée des cellules (Quand le monde des ARN bouscule la biologie)

Au début des années 2000, la conception des génomes comme des machines à produire des protéines a été rendue caduque par la découverte inattendue dans les cellules d’une myriade d’ARN non traduits en protéines : les ARN non codants. Les recherches sur ces ARN, qui assurent des fonctions régulatrices majeures au sein des cellules, ont profondément modifié la représentation que les biologistes se font des propriétés de l’ADN et des processus cellulaires.

Cet ouvrage se propose de retracer l’histoire, tant fascinante que complexe, des travaux qui ont mis en lumière le rôle régulateur des ARN. Au-delà de cette perspective historique, l’auteur poursuit un projet plus ambitieux : celui de montrer que l’étude des ARN non codants accompagne, voire catalyse, certaines transformations théoriques, conceptuelles et épistémologiques majeures affectant la biologie moléculaire contemporaine.


Complexité et globalité

 

« La simplicité est la sophistication ultime. » (Leonardo da Vinci)
« Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l’est pas est inutilisable. » (Paul Valéry)
« Vous pouvez toujours reconnaître la vérité par sa beauté et sa simplicité. » (Richard Feynman)

L’appréhension des phénomènes complexes est un enjeu décisif pour le développement de la rationalité scientifique. Cependant, la science continue de fonctionner par application du principe de simplicité : sans simplification, point de science. Les progrès des sciences passent, en effet, presque toujours par une recherche de la plus grande simplicité explicative. A-t-on affaire ici à une opposition entre un monde complexe et des explications toujours trop simples, comme le suggère Valéry ? Cet antagonisme ne serait-il pas plutôt la conséquence du choix d'un paradigme insuffisamment évolué ?

 

Le vingt et unième cours de Jacques Bouveresse au Collège de France de l'année universitaire 2008-2009 pose un problème épineux : que faire à l’égard de doctrines philosophiques dont on est convaincu qu’elles sont fausses ?  Pour y répondre, il se réfère à Quine. Quine, dit Bouveresse, n’a aucun doute sur le fait que la philosophie doit être considérée comme ayant pour objectif la recherche de la vérité, au sens usuel du mot « vérité » ce qui la rapproche de l'esprit scientifique. Cela soulève évidemment la question de savoir de quelle façon on doit se comporter à l’égard de thèses et de doctrines philosophiques dont on est convaincu, comme cela arrive tout de même assez souvent, qu’elles sont fausses et même absurdes. Sur ce genre de question, Quine se montre finalement modéré :

" Il faudrait une représentation équilibrée des philosophies rivales, insiste-t-on. Certes, si l’on retient uniquement l’histoire et la sociologie de la philosophie ; ou l’histoire et la sociologie de la religion. Mais pour qui s’adonne à la philosophie dans un esprit scientifique, comme à une quête de la vérité, pratiquer la tolérance envers une philosophie mal pensante serait aussi absurde que pour un astrophysicien tolérer l’astrologie, et aussi immoral que pour un fondamentaliste fanatique tolérer la doctrine unitarienne" (W.V.O. Quine, Quiddités. Dictionnaire philosophique par intermittence).

Mondes mosaïques : Astres, villes, vivant et robots un ouvrage de Jean Audouze, Georges Chapouthier, Denis Laming, Pierre-Yves Oudeyer. éditions du cnrs. 2015

Astres, villes, vivant, robots : quatre objets d’études apparemment profondément différents les uns des autres. Et pourtant, les analogies sont nombreuses. Tous procèdent de la manière la plus simple possible ( symétrie, cohérence). Tous sont soumis à l’entropie, tous ont une complexité qui s’accroît selon une évolution tout à la fois darwinienne (sélection pour meilleure adaptation) et sont organisés en mosaïque : par  juxtaposition d’entités de même ordre de complexité qui, tout en conservant une autonomie certaine, sont intégrées dans des structures plus vastes, où le tout est supérieur à la partie. L’architecture des astres, des villes, des robots, est donc semblable à celle des systèmes les plus complexes qu’il nous soit donné d’appréhender : les organismes vivants. Dire que la complexité du vivant mime celle du monde matériel revient à constater que le cerveau, construit sur les mêmes bases que le reste de l’Univers, peut intégrer les lois du monde, et ainsi créer des villes ou de l’intelligence artificielle fondées sur ces mêmes lois. Un dialogue entre quatre disciplines en apparence étrangères les unes aux autres, riche d’enseignements et propre à susciter les questionnements et les débats.

Cet ouvrage met en avant de la complexité organisationnelle, mais fait le pari osé d'une analogie entre des champs de la réalité bien différents, comme le système nerveux, la pensée, les astres ou les villes. Quand la complexité augmente, les mêmes contraintes aboutissent-elles aux mêmes formes ?

Descartemoderne

Ce billet fait suite à la parution du livre Le corps et l'esprit - Problèmes cartésiens, problèmes contemporains. (Ed. des archives contemporaines, Paris, 2015).

Certes, c'est un livre qui intéressera surtout les spécialistes de Descartes, mais le problème du rapport entre corps et esprit reste d'actualité pour l'ensemble de la philosophie. Se pose alors l'intéressante question de savoir si c'est le même problème qui préoccupa Descartes. Pensons-nous la même chose lorsque nous entendons avec la même expression ?

Dans son article introductif "Cartésianisme et philosophie de l’esprit", Sandrine Roux s'intéresse à la relation de la philosophie avec son histoire et s'interroge sur la (bonne) manière de se référer aux auteurs du passé.

A ce sujet, on peut évoquer quatre possibilités. Voyons-les successivement  :