Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

Depuis la déclaration de Singapour sur l’intégrité scientifique en 2010, la communauté scientifique internationale se mobilise pour que les exigences méthodologiques et éthiques de la recherche soient plus clairement affirmées. En effet, le contexte de course à la nouveauté et l’introduction d’une logique concurrentielle renforcée, contraires à la démarche scientifique, multiplient les risques de dérive.

Les différents organismes de recherche en France ont multiplié les initiatives et leur convergence a conduit à la signature de la charte de déontologie des métiers de la recherche par la Conférence des Présidents d'Universités et les principaux organismes en janvier 2015. À la suite du rapport remis par le Pr. Pierre Corvol en 2016, "Bilan et propositions de mise en œuvre de la charte nationale d’intégrité scientifique", plusieurs décisions ont été prises, notamment :

  • les écoles doctorales doivent veiller à ce que les doctorants bénéficient d'une formation à l'éthique et à l'intégrité scientifique,
  • les établissements ont nommé un référent à l'intégrité scientifique,
  • un Office français de l'intégrité scientifique a été installé en 2017 auprès du HCERES.

Il existe des manquements à l'intégrité scientifique. Les fraudes telles que la fabrication de données ou la falsification de résultats, ou encore le plagiat, restent exceptionnelles. Ce qui pose aujourd'hui problème, ce sont les petits manquements tels que les méthodologies mal adaptées, les séries de résultats insuffisantes pour être probantes, les annonces excessives par rapport à ce qui est effectivement démontré, les extensions et extrapolations douteuses.

Accessible gratuitement et librement en ligne, en français et en anglais, L'Économie est une encyclopédie résultant d’un travail collectif réunissant, depuis 2013, des centaines d’économistes de toutes nationalités, parmi lesquels nombre des grands noms de la discipline autour d’une équipe de 23 rédacteurs.

Le cadre d’analyse de L’Économie demeure entièrement néoclassique. Pour chacune des questions économiques de base (travail, chômage, entreprise, monnaie, etc.), l’interprétation proposée est standard-traditionnelle. Aucune place n'est faite au pluralisme. C'est un choix qu'il faut connaître lorsqu'on la lit.

La théorie a perdu sa primauté dans l’administration de la preuve, et même dans l’argumentation générale qui est proposée. Il est significatif à cet égard que les auteurs ne définissent jamais leur travail par référence à une tradition de pensée spécifique. Pour les très nombreux auteurs rassemblés dans cet ouvrage, le capitalisme ne demande plus à être justifié parce qu’il n’a plus d’adversaire reconnu, il règne sans rival d’un bout à l’autre de la planète.

Si d'évidence une économie sans capital est devenue impossible, la gestion privée du capital en vu d'un profit qui l’accroît sans cesse et l'inféodation des entreprises à ce but est un aspect discutable complètement passé sous silence. Le profit est vu comme ce qui reste aux propriétaires d’entreprise lorsqu’ils ont payé ce qu'ils doivent, un « résidu » nous est-il dit. Selon nous, le profit n'est pas un résidu, mais un moteur dans cette forme de gestion du capital qui empêche le partage des bénéfices.

 

Voir l'ouvrage en ligne : L'Économie

Ferhat Teylan propose de relire une séquence précise de l’épistémologie historique en France allant de Meyerson à Foucault avec comme fil directeur la question de l’articulation des concepts et des rationalités. En effet, dès ses premières élaborations, l’épistémologie historique vise à éclairer non seulement l’émergence des concepts scientifiques, mais aussi des « mentalités » ou des « rationalités » plus larges qui les rendent possibles.

La question de savoir si ces rationalités doivent être étudiées à l’intérieur d’une logique exclusivement scientifique où les concepts ont leur propre normativité (comme le soutiennent Cavaillès et Bachelard), ou, au contraire, comme étant des modes de raisonnement, ou « ontologies », irréductibles aux seules sciences dans lesquelles émergent les concepts (ainsi que Meyerson, Metzger, et plus tard – d’une manière distincte – Foucault l’affirment), constitue une ligne de clivage dont cet ouvrage propose de mesurer la portée.

Inscrire Foucault dans ce débat, en indiquant les déplacements qu’il propose, permet de comprendre aussi la manière dont il hérite de la problématique de Canguilhem d’articulation des concepts biologiques aux rationalités politiques.

L'enquête de Ferhat Teylan ne conduit ni au relatvisme ni à renoncer à la connaissance scientifique, mais à une meilleure compréhension de la manière dont elle forme ses concepts. Elle permet aussi de préciser le domaine de l'épistémologie historique, par rapport à ses voisins : la philosophie des sciences, la sociologie des sciences et l'histoire des idées.

 

Taylan F., Concepts et rationalités. Héritages de l'épistémologie historique, de Meyerson à Foucault, Paris, Éditions Matériologiques, 2018.

La science est une activité de connaissance cherchant à s'adapter au réel du mieux possible et à en avoir une vision la plus large et la plus authentique possible. Ceci implique une autonomie des acteurs du champ scientifique, c'est-à-dire qu'ils aient la capacité de fixer eux-mêmes les méthodes et les objets propres à ce mode de connaissance. D'un autre côté, la pratique scientifique, en tant que pratique sociale, dépend du contexte politique et économique dont elle tire ses ressources. Or, ce contexte impose des objectifs qui tendent à mettre la communauté des chercheurs à son service. En ce qui concerne les sciences appliquées, les technosciences, la société veut avoir un contrôle sur les applications pour l'adapter à son idéologie et à son éthique. Contre cette attitude, une partie de la communauté scientifique défend l'autonomie scientifique comme une nécessité épistémique pour son développement.

Le contrôle et l'orientation de la recherche scientifique viennent de divers horizons : de son insertion grandissante dans l'économie de marché, de son utilisation comme facteur de puissance par les États et d'un besoin de contrôle social eu égard à l'éthique. Si bien qu'il se produit un relatif mouvement de recul de son autonomie. Se pose alors un problème épistémologique : comment faire pour que la science reste une authentique activité de connaissance du monde et ne devienne pas une activité technique visant seulement la modification de la réalité ? La question politique : "Quel type et quel degré d'autonomie faut-il accorder au champ scientifique d'une part, et aux chercheurs individuels d'autre part, pour optimiser la production des connaissances ?" (Bedessem B., Quelle autonomie pour la recherche ?, Thèse 2018) élude le problème qui est remplacé par celui d'une "optimisation de la production".

À l’heure où dans de nombreux pays les difficultés sociales, les inquiétudes, les problèmes du déclassement, de la précarité ou de la mobilité descendante aboutissent au populisme, au nationalisme et à l’extrémisme, la France donne une image singulière : celle d’une société où s’exprime un mouvement social dont le cœur est éloigné des tendances mondiales.

Ce mouvement social s’inscrit dans le cadre d’un type de société. Ici, ce n’est pas faire injure aux acteurs que de dire qu’ils sont plus dans la défense d’un modèle social et culturel qui se défait depuis une trentaine d’années sous l’effet, notamment, de la mondialisation, avec la déstructuration de l’État-nation et la sortie de l’ère industrielle classique, que dans l’invention d’un nouveau modèle.

S’il est défensif, et classique dans ses significations, il est particulièrement moderne dans ses formes. Il est mobile, « liquide » aurait dit Zygmunt Bauman, et en même temps capable d’ancrage local, il utilise massivement et intelligemment, les technologies nouvelles de communication, Internet, les téléphones mobiles, les réseaux sociaux.

Dans ses significations les plus élevées, le mouvement fait apparaître une France qui se cabre, qui s’indigne, qui demande à être respectée et entendue, qui voudrait une autre politique sociale, plus de démocratie aussi. Et il n’est pas spécialement préoccupé par les prochaines élections.

 

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