Actualité des idées

Au fil de l'actualité philosophique, scientifique et sociétale.

 

L’arrêt de la Cours Constitutionnelle Allemande du 5 mai 2020 est une illustration pratique d’un cas de philosophie politique. En pleine pandémie, au moment où certains gouvernants promettent que « rien ne sera comme avant » et qu’il y aura « un monde d’après », la Cour Constitutionnelle Allemande condamne la politique monétaire de la BCE qui aide les États en rachetant leurs dettes publiques (la BCE a lancé en mars un énorme « plan pandémie » de 750 milliards d’euros d’achats de titres).

Cette décision de la Cours est une conséquence du dogme allemand sur la monnaie. La « doctrine monétariste » allemande est stricte. On la nomme « ordolibéralisme ». Elle est attachée à l’indépendance de la Banque centrale tout comme n’importe quelle autre variante du monétarisme, mais elle vise la stabilité des prix dans le cadre d’une doctrine purement anti-inflationniste et rejette toute forme d’intervention monétaire dans les affaires économiques. Cette idée de séparer monnaie et économie est critiquée, entre autre, par l’école keynésienne. La Cours défend cette conception, qui est la conception allemande depuis le début de la création de l'Union Européenne.

Mais, cette décision est aussi l’effet d'une tendance à défendre les intérêts nationaux sans cesse résurgente, car l’Allemagne n'a pas intérêt, dans l'immédiat, à une telle politique. Deux visions s'opposent sans cesse en Europe : l’une selon laquelle, face à la globalisation, l’union (européenne) fait la force et, l’autre, qui suppose que des États, isolés et concurrents, peuvent s’en tirer seuls plus facilement (exemple le Brexit).

Au final, c’est une question de philosophie politique : l'union et l’entraide, dans une situation difficile, valent-elles plus politiquement que l’intérêt de tel ou tel pays qui est momentanément perdant ? L'enjeu est d'importance, car la puissance d’une institution commune comme la BCE est décisive pour l'économie.

 

En savoir plus : Épidémide de Covid-19 : savoir et politique (3)

 

Une rétrospective en vidéo qui montre la tendance à la minimisation de la gravité et les errances politico-administratives dans la gestion du début de l'épidémie. Toutefois, il convient de noter que la critique a posteriori a tendance à inverser la temporalité : sachant maintenant ce qu’on ignorait auparavant, on se demande pourquoi on n'a pas fait ce qu'il fallait plus tôt.

 

 

Source : Dans le cadre du séminaire Politiques des Sciences, un collectif interdisciplinaire de chercheurs appartenant à RogueESR (collectif critique de la politique scientifique actuelle) analyse l’errance politique et admnistrative du gouvernement en établissant les fait scientifiques et en les confrontant à la réaction des acteurs politiques. 

Pour plus d'info sur l'épidémie : Épidémie de Covid-19 : savoir et politique (2)

Certains envisagent déjà l'avenir, l'après de la crise que nous traversons. Les uns y voient l'occasion d’un changement radical, d’un nouveau départ comme Joseph Confavreux :

«Je le dis en tant qu’historien et avec une franchise qui peut paraître brutale : l’ampleur du choc économique et social, mais aussi politique et moral, me paraît nous mener vers une période tout autre.»

Pour d’autres, rien ne change ! Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef a déclaré le 13/4 sur BFM TV qu’il :

« faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire ... l'important, c'est de remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse ».

Le propos a été relayé par des membres de la majorité politique. Pour ceux-là, aucune leçon à tirer, rien à apprendre, rien à changer sur le modèle de développement productiviste néolibéral. Il y a une volonté de ne rien savoir, pour ne rien changer.

Le Président de la République dans son discours parle lui aussi de « préparer l'après » et avance l'idée de changer, de « se réinventer » :

E Macron

« Notre pays aujourd'hui tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Les distinctions sociales ne peuvent être justifiées que sur l'utilité commune*  ... Sachons sortir des sentiers battus, des idéologies et nous réinventer. Moi le premier. »

Peut-être Emmanuel Macron a-t-il appris de cette crise et est-il disposé à modifier son orientation politique ? Peut-être a-t-il pris conscience des limites de son idéologie ?

L'article 1er de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen

Pour en savoir plus sur l'épidémie de Covid-19

"Science ouverte ! Ce devrait donc être un pléonasme, mais cela fait des décennies que cela ne l’est plus. Comment en est-on arrivé là alors que pendant des siècles la communauté scientifique avait réussi à échanger, à s’organiser à travers de multiples réseaux ? " écrit Bruno DAVID (La science ouverte : refaire circuler le savoir librement).

Je le cite à nouveau :

"Après avoir demandé aux scientifiques, la plupart du temps payés par les pouvoirs publics, d’écrire leurs articles, de les éditer, de valider gratuitement ceux de leurs pairs, puis de payer pour les lire, les éditeurs ont aussi souhaité faire payer pour publier, simplement en proposant des accès facilités et accélérés à la publication contre rétribution. Bref, une forme d’asservissement consenti s’est installée, où il fallait passer trois fois à la caisse.

Ministere ES R I

À trop vouloir gagner, un vent contraire s’est levé, celui de la science ouverte."

Un comité de pilotage pour la science ouverte a été mis en place par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

 

Pour en savoir plus, visitez le site Ouvrirlascience.fr

 

 

Covid 19

« C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus »,

a écrit sur tweeter Emmanuel Macron, le 24 mars, découvrant tardivement la vertu de ces disciplines malmenées par son gouvernement, mais aussi par les précédents, ne l'oublions pas. C'est une conséquence de l'idéologie ambiante.

Après les difficultés du système de santé, maintenant qu’on en est au stade de la recherche de remèdes (médicaments, vaccins contre le Covid-19), les difficultés de l’institution scientifique apparaissent. La recherche fondamentale de long terme mobilisable et utile dans cette crise est en pénurie, elle-aussi, depuis longtemps.

La science pâtit d’une incompréhension sociale et politique de son statut. Depuis bien des années, il y a un déficit de formation des citoyens, du personnel politique et d’une partie des intellectuels au sujet de la science. Elle est assimilée à l’opinion des savants, à laquelle on pourra opposer l’opinion commune ou celle des politiques (par exemple, le climatoscepticisme).

La science n’a pas d’opinion, c’est une forme de connaissance qui a des exigences de méthode pour s'adapter au mieux à la réalité. Le qualificatif de "scientifique" a trait à la qualité de la connaissance. Pour le mériter, une connaissance doit répondre à des critères de rigueur, d'objectivité, de véracité et d'universalité. La science vise à constituer un savoir efficace et, pour atteindre ce but, elle se soumet à des contraintes spéciales, difficiles à mettre en œuvre.

La recherche scientifique a une temporalité et un déroulement qui sont assez peu maîtrisables. Ce qu’il faut, pour trouver dans le domaine scientifique, c’est une intensification des moyens d’ensemble à long terme, car les découvertes sont le fruit d’une avancée collective globale qui permet, à certains, d'inventer du nouveau ou de produire une connaissance appliquée répondant à une demande sociale.

Le projet de loi en cours (fourni le 23 septembre 2019) veut imposer « le déploiement d’une […] culture du management et de l’évaluation », une concurrence et une évaluation sur des critères de productivité, façon de faire qui a peu de chances d'être efficace et qui répond, comme la plupart des décisions politiques contemporaines, aux principes de l'idéologie néolibérale.

Depuis que l’épidémie de Covid-19 a provoqué une crise sanitaire, Emmanuel Macron a répété à plusieurs reprises qu’il veillerait dorénavant à donner les moyens adaptés à l'action de l’État. Une conversion surprenante : dans le passé, il a toujours défendu des positions néolibérales, très critiques, à l’encontre de l’État-providence. Mais, il assure qu’il ne sera pas prisonnier de ces croyances idéologiques.

« Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, [pour] notre État-providence, ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe […]. Il est des biens et des services qui doivent être placés en-dehors des lois du marché. » (Allocution au pays le 12 mars 2020)

Oui, en effet, il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Sur le plan civilisationnel, cela correspond au caractère sacré de certains aspects de la vie humaine et sociale. Pour une vie humaine décente, ils doivent être respectés sans conditions (financières ou autres). La protestation récurrente des soignants ces dernières années ne concerne pas seulement le manque de moyen, mais aussi la perte de sens de leur action, poussés qu'ils ont été à faire du chiffre. On peut l'interpréter comme la dégradation du sacré présent dans le domaine de la santé, qui concerne la vie et la mort, le lien humain ; ce dont ne tient aucun compte l'idéologie managériale. Et, plus prosaïquement, le lier à la perte du pouvoir de décision des médecins et soignants, au profit d'une administration sans contact avec les nécessités du soin.

Nous sommes là dans des faits de circonstance, mais qui correspondent à une préoccupation permanente de Philosophie, science et société, qui est de repérer le poids de l’idéologie dans la culture et dans la politique. Depuis les années 1980, l’idéologie néolibérale domine largement la plupart des décisions politiques.

Pour en savoir plus sur l'épidémie de Covid-19

 

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