Présent au Forum de Davos, en Suisse, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a dénoncé ce mercredi "le grand mensonge" sur le réchauffement climatique des géants pétroliers. "Certains producteurs d'énergies fossiles étaient parfaitement conscients dans les années 1970 que leur produit phare allait faire brûler la planète. Mais comme l'industrie du tabac, ils ont fait peu de cas de leur propre science. Certains géants pétroliers ont colporté le grand mensonge", a-t-il déclaré, lors d'une conférence. Ces déclarations font suite à la publication d'une étude dans la revue Science de janvier 2023. Elle démontre ainsi que le groupe américain ExxonMobil avait connaissance de ce risque depuis au moins quarante ans.

Selon ces recherches, le géant pétrolier disposait dès les années 1980 de prédictions sur le réchauffement climatique d'une justesse remarquable. Les inquiétudes soulevées par sa propre équipe de scientifiques se sont révélées être précisément ce qui s'est produit plusieurs décennies plus tard. Or, l'entreprise a pendant des années publiquement semé le doute sur l'état des connaissances scientifiques en la matière, utilisant même parfois la science contre elle-même à des fins commerciales et financières. 

"Aujourd'hui, les producteurs de combustibles fossiles et ceux qui les soutiennent continuent de se battre pour accroître la production, tout en sachant pertinemment que leur modèle économique est incompatible avec la survie de l'humanité", déplore le représentant des Nations unies. "Cette folie relève de la science-fiction, alors que nous savons que l'effondrement de l'écosystème est un fait scientifique pur et dur", a martelé le dirigeant estimant que "nous flirtons avec le désastre climatique". La semaine dernière, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a confirmé que les huit dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées.

Informer sert-il à quelque chose, face aux intérêts concordants de l'industrie pétrolière et des États, ainsi qu'à l'indifférence des citoyens ? Oui, probablement, si un seuil de peur suffisant est atteint dans les opinions publiques, pour faire pièce à la puissance de l'alliance entre finance, politique, industrie et volonté de puissance.