Une philosophie pour les sciences humaines et sociales désigne une réflexion qui tient compte de leurs avancées et, en même temps, fait des propositions philosophiques qui peuvent leur être utiles. C’est la tentative d'une relation interactive entre philosophie et sciences.

Les sciences humaines et sociales sont des savoirs liés à des conceptions de l’Homme et de la Société, qui dépendent de présupposés ontologiques. Actuellement, le dualisme corps-esprit et sa contestation réductionniste dominent les débats. Il existe une alternative intéressante, offerte par les concepts d'émergence et de niveaux d'organisation. C'est la piste explorée dans l'ouvrage, qui si elle s'avère pérenne, donnera aux sciences humaines et sociales une assise solide.

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Philo SHS

Juignet Patrick, Une philosophie pour les sciences humaines et sociales, Libre Accès Éditions, 2023.

La conception commune de l'Homme suppose une dualité en l’humain. Il serait d’évidence composé d'un corps et d'un esprit. Depuis sa mise en forme philosophique par René Descartes, l'opposition entre le corps et l’esprit (ou l’âme) a donné lieu à des controverses sans fin. Ces controverses ont touché, dès leur début, les sciences voulant s’occuper des affaires humaines, dites à ce moment « sciences de l’esprit ». Cela s’est traduit par la Methodenstreit, la querelle des méthodes qui a opposé, à la fin du XIXe siècle, les partisans d'un abord de type explicatif identique à celui des sciences de la nature, à ceux partisans d'un abord compréhensif, propre aux sciences de l’esprit.

Vers les années 1890, la distinction entre comprendre et expliquer érige un clivage des connaissances qui fera date, celui entre sciences de la nature et sciences de la culture. En arrière-plan se situe le problème ontologique fondamental : l’esprit a-t-il une existence réelle ou faut-il le ramener à la matière et au concret ?

Le problème a été a été mis en lumière en 1883 par Wilhelm Dilthey dans son Introduction aux sciences de l'esprit. En 1874, Wundt avait avancé l’idée d’une psychologie expérimentale dans les Éléments de psychologie physiologique, et il a fondé l'Institut de psychologie expérimentale en 1879. Vers les années 1890, Heinrich Rickert et Wilhelm Windelband, à partir de la distinction entre comprendre et expliquer, érigent un clivage des connaissances entre sciences de la nature et sciences de la culture.

L’une des préoccupations de Ludwig Wittgenstein a été de délivrer la philosophie de son mauvais penchant à spéculer sur des questions sans réponses. Bien avant lui, la critique kantienne visait déjà à affranchir la raison d’avoir à traiter de problèmes insolubles. Il est probable que la relation entre le corps et l’âme (le cerveau et l’esprit) fasse partie de ce type de questionnement. Le problème est fondé sur une catégorisation-opposition utilisée par le sens commun, repensée philosophiquement selon une opposition substantielle. Il en résulte une querelle métaphysique et anthropologique dont la pertinence peut être interrogée. C’est à partir de cette interrogation que l’on peut repenser philosophiquement les sciences humaines et sociales.

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