Le livre La fin de la mégamachine retrace les origines et le développement d’un système à la fois technique, économique et politique que Fabian Scheidler appelle la « mégamachine ».

À l’origine de la mégamachine, l’auteur place la volonté de domination. Cette volonté porte sur l’Homme, sur la matière, et plus généralement sur la nature. On la trouve présente depuis l’Antiquité jusqu'à la période moderne. Elle s’appuie sur le pouvoir physique fondé sur de la violence, le pouvoir socio-économique qui enrôle et dompte (en particulier au moyen de la dette) et le pouvoir idéologique qui légitime l’asservissement. Ces contraintes engendrent une quatrième tyrannie, la tyrannie de la pensée linéaire, c’est-à-dire l’idée d’une relation entre une cause et un effet unique et prévisible, à la manière d’un ordre donné. Ces quatre tyrannies forment les briques de base de la mégamachine.

Ce système produit une accumulation de marchandises au prix de la destruction de l’environnement. Des richesses inouïes côtoient la grande pauvreté, des salariés accablés de travail sont face à des désœuvrés misérables. C’est la conséquence de la gigantesque machinerie économique qui entraîne hommes, matières et animaux dans une course productiviste sans finalité établie.

Le livre de Fabian Scheidler montre comment ce ne sont pas la quête du savoir, l’amour du prochain, la joie de la découverte qui façonnent la trajectoire historique que nous suivons, mais la recherche du profit, l’attrait du pouvoir, la volonté d’asservir. Il fait ressortir la barbarie de la modernité, pour les humains comme pour la nature.

La Mégamachine semble tantôt construite selon un plan, tantôt apparaît comme la propriété émergente du réseau des interactions en cours. Le caractère implacable de son développement absurde est bien mis en évidence. L’auteur met en évidence la puissance d’expansion de la mégamachine, sa capacité à se réinventer et à persévérer, quelles que soient les crises qu’elle traverse. Il néglige dans son constat les rivalités étatiques. Pour pouvoir envahir son voisin, il faut être au cœur de la mégamachine, mais pour pouvoir y résister aussi ; comme le montre l’exemple du Tibet dont la Chine n’a fait qu’une bouchée, alors qu’elle hésite à attaquer Taïwan. Les États sont poussés à participer à la mégamachine et à l'augmenter.

Nous avons là un récit socio-anthropologique intéressant.

Scheidler Fabian, La fin de la Mégamachine, Sur les traces d’une civilisation en voie d’effondrement, Paris, éditions du Seuil, 2020.