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Notre Univers mathématique, sous-titré Enquête de la nature ultime du Réel, qui date de 2014, commence par la question : qu’est-ce que la Réalité ? Entre réel et réalité il n’y aurait pas de différence pour Max Tegmark, il n’existerait que la réalité empirique. La distinction d'un Monde en soi, tel qu’il est hors de toute connaissance, n’est pas faite ou récusée (l’idée d’une chose en soi avancée par Emmanuel Kant serait dépourvue de sens).

Pour donner une idée de la conception avancée nous allons donner ci-dessous un tableau récapitulatif de l’auteur.

MaxTegmark

Cette réalité dont Tegmark veut nous parler est qualifiée de physique. La Réalité physique est tout ce qui existe et s’identifie au Monde (qui est tout ce qui existe). Le propos est d’emblée réductionniste. Le ton est donné par l’exemple de l’introduction qui concerne une personne dont la décision dans la manière de conduire est ramenée à « un seul atome de calcium et à son entrée dans une jonction synaptique du cortex préfrontal » .

Mais aucun scientifique n’a jamais démontré une telle assertion ni même envisagé de le faire. Max Tegmark nous assène d’emblée une fiction sans fondement. Ramener un épisode humain au problème de l’incertitude de la localisation des particules est de la science fiction et la fiction n’est pas la réalité.

Nous n’avons pas d’accès empirique à tout mais seulement à ce que nous pouvons observer, ce que Max Tegmark nomme « Notre Univers ». Autrement dit, le terme Univers désigne la part de la réalité physique à laquelle nous avons accès. Hors de notre accès empirique il y a l’inobservable actuellement ou à jamais (Multivers I et II), mais il s’agit seulement de la réalité physique à laquelle nous n’accédons pas (elle nous est caché ou trop lointaine).

Enfin, il y a l’ensemble des structures mathématiques et des lois fondamentales. Là il y a un changement de registre, il ne s'agit plus de la réalité observable mais d'autre chose. Mais Quoi ?

Max Tegmark affirme que derrière la réalité empirique il a autre chose et que ce sont des lois mathématiques. Ces lois se déclineraient en divers types, avec des solutions particulières ou encore avec des constantes particulières donnant diverses formes d’existence empiriques observables ou pas. Finalement, implicitement, l'auteur différencie ce qui existe en soi et ce à quoi nous avons accès empiriquement. Il développe une ontologie affirmant que ce qui fonde l’Univers est mathématique et détermine l’Univers observable.

Des remarques s’imposent :

- La connaissance scientifique à laquelle il se réfère est de type mathématique-physique qui n’est pas la seule existante et il n’est pas certain qu’elle s’applique à tout. La généralisation au-delà du domaine de validité de la physique présente un risque.

- Les mathématiques sont à coup sûr et sans conteste une forme de pensée, une connaissance humaine. Il est certain que Max Tegmark pense et écrit et transmet à la communauté savante des des lois mathématiques, des équations mathématiques, des solutions aux équations, etc. Déclarer que les mathématiques sont au fondement de l’Univers voire du Monde (tout ce qui existe) c’est effectuer un saut (périlleux) dans la métaphysique.

Ce positionnement suppose que l’on pense mathématiquement correspond à ce qui est véritablement et constitue le Monde. L’auteur écrit explicitement « à mon sens les mathématiques sont plus qu’une fenêtre sur le Monde extérieur [….] notre monde physique est non seulement décrit par les mathématiques, il est mathématique ».

Max Tegmark est en droit de poser une hypothèse sur ce qui est en soi, à partir de son expérience en cosmologie (hypothèse ontologique), mais passer de l’hypothèse à une affirmation péremptoire constitue une imprudente métaphysique. Affirme que sa carte provisoire de l’Univers constitue le fondement du Monde manque de prudence et de modestie.

Le niveau physique n’est qu’une forme d’existence présent dans l’Univers et, même si il est le plus engobant, il ne constitue pas toutes les formes d’existence.

Tegmark M., Notre Univers mathématique - Enquête de la nature ultime du Réel, Paris, Dunod, 2018.