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L’Homme étant dans le Monde, le portrait que l'on peut en peindre dépend de l’ontologie sous-jacente à l'entreprise anthropologique que l'on prétend mener. Nôtre ontologie est pluraliste et permet des considérer l'Homme en continuité avec la pluralité de l'Univers qui l'entoure. Il s'ensuit que que la fermeture individuelle d'un esprit dans un corps proposée par la philosophie classique dualiste paraît inappropriée.    

Le corps et l'esprit constituent-ils un couple utile pour l'anthropologie philosophique ? Rien n'est moins sûr. Il existe une conception bien plus intéressante, celle pluraliste des niveaux d'organisation. Grace à elle, on peut penser les capacités intellectuelles humaines en dehors de toute hypothèse métaphysique, soit par le niveau cognitif et représentationnel, soit par le niveau neurophysiologique.

Entre les deux niveaux candidats, neurobiologique et cognitif, susceptibles de générer les faits cognitifs, plusieurs arguments plaident en faveur du second. Les caractéristiques connues du neurobiologique ne semblent pas propres à expliquer les faits considérés. De plus, les propositions réductionnistes biologisantes, pour justifier leurs thèses, appauvrissent trop la réalité humaine pour être crédibles. L'argument de simultanéité entre activité neurobiologique et activité cognitive ne vaut pas démonstration de détermination de l'un par l'autre, mais seulement de dépendance.

Les conduites intelligentes et de représentation ayant une singularité et une autonomie, il est logique de supposer qu'elles soient produites par un niveau autonome qui échappe au déterminisme biologique. On affirme ainsi l'existence des schèmes, des structures, des processus, et de leur dynamique, supposées être à l'origine de l'intelligence et de la pensée humaine.

L’hypothèse ontologique d’un niveau d’organisation de complexité supérieure à celle du niveau neurobiologique n'est pas certaine, mais elle est plausible. Cette proposition évite les deux positions antagonistes prises eu égard aux capacités intellectuelles humaines : soit leur surélévation transcendante (métaphysique), soit leur réduction matérialiste au fonctionnement du cerveau. 

Avec l'hypothèse du niveau cognitif, on évite d'avoir à supposer l'existence de l'esprit comme substance autonome ou sa survenance sur la matière. On débouche sur un problème qui peut trouver une solution, celui de l'émergence du niveau d'organisation produisant la cognition et la représentation à partir du niveau neurobiologique. Il s'ensuit une conséquence négative pour la philosophie, c'est que le problème lui échappe et ne peut être résolu que par des recherches scientifiques alliant les sciences humaines et la neurobiologie.

Accepter le niveau cognitif en association avec les autres, c'est changer de paradigme concernant l'Homme, c'est aller vers une anthropologie pluraliste. La question pertinente n'est plus celle des ses rapports entre le corps et l'esprit, mais celle de l'émergence (ou pas si on la conteste), d'un mode d'organisation spécifique qui explique les capacités de connaître, penser, vouloir, se représenter, agir, parler, de l'Homme.

Voir : Un Homme sans corps ni esprit