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Pour illustrer les deux attitudes, comparons deux ouvrages de philosophie politique. Le premier, Histoire des idées politiques dessine une fresque de la pensée politique occidentale de l’Antiquité à nos jours. Il a pour auteur Olivier Nay, professeur de science politique à l’Université Paris I. Il s’agit de la seconde édition d’un manuel paru originellement en 2007 chez le même éditeur. Le second est un ouvrage collectif, The Bloomsbury Companion to Political Philosophy, dirigé par Andrew Fiala, professeur de philosophie à la California State University.

L’ouvrage français, comme son titre l’indique, est celui d’un historien. Massif, organisé en chapitres chronologiques, il présente les « grands débats philosophiques et historiques qui ont contribué à la formation de la pensée occidentale ». La fresque ainsi dressée, qui part des philosophes grecs pour aboutir aux philosophes anglo-américains contemporains (Michael Walzer ou Charles Taylor par exemple), inscrit chaque auteur ou groupe d’auteurs abordés dans leur contexte politique, économique et social. Il n’y a pas pour O. Nay d’énonciation d’une idée en dehors d’un contexte qui lui donne, sinon son sens définitif, tout au moins son sens premier.

L’ouvrage anglais, assez bref, part d’un autre principe. Même si l’histoire de la philosophie politique fait l’objet d’une réflexion en elle-même (voir James Alexander, « The History of Political Philosophy », p. 19-31), il s’agit d’initier le lecteur aux arguments pérennes de la philosophie politique en tant qu’ils peuvent déterminer ou non le devoir-être des sociétés humaines. Les idées sont exposées et évaluées pour elles-mêmes. Organisé par chapitres thématiques sous la plume chaque fois d’un auteur différent, l’ouvrage entend donc proposer un état du débat philosophique dans le monde anglo-américain. Le principe est celui d'une autonomie de l'argumentation qui peut être considérée par elle même.

Les deux méthodes, souvent opposées, sont en vérité complémentaires. La relativisation au contexte, indispensable pour bien comprendre les idées des auteurs, n'implique pas un relativisme sceptique et n'empêche pas de réfléchir à la rationalité et au bien fondé d'une doctrine. Les deux abords se complètent utilement.